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Où se trouvent exactement Charitra, Devikota et Himavat ? Une controverse sur la géographie sacrée et le développement des sites de pèlerinages du bouddhisme tantrique au Tibet / Toni Huber 23/03/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Et ben. Il était touffu celui-là ! Je m’attendais à un mal de crâne carabiné parce que je trouve les articles qui parlent des mythes indiens souvent indigestes, mais finalement c’est passé assez bien. Ceci dit je ne me suis pas attardé outre mesure sur les subtilités théologiques et j’ai carrément sauté les nombreuses citations d’auteurs tibétains. M. Huber nous explique ici comment les Tibétains ayant fait leurs classes en Inde ont associé certains lieux saints de leur pays à des sites sacrés indiens. Le processus ne s’est pas fait naturellement et a pu rencontrer une forte opposition. L’article est également consultable ici.

En bleu les sites Devikota, en rouge les sites Charitra, en mauve les sites associés aux deux.

Tout d’abord, les sites indiens dont il est question, les sites pitha, sont liés au cycle de Chakrasamvara, vainqueur de Shiva dont j’ai déjà parlé ici, et encore là. À l’origine, ces sites étaient des lieux de rassemblement pour les tantristes tant bouddhistes qu’hindous. Ces pratiquants avancés recouraient à des signes secrets pour s’isoler du « grand public » et pratiquer des rites ésotériques. À compter du XIe siècle, celles-ci sont introduites de manière systématique au Tibet, où elles deviennent très populaires (première différence par rapport à leur patrie d’origine). Les futurs lamas tibétains, pour la plupart des fondateurs de l’école Kagyü, les avaient étudiées dans les derniers grands domaines bouddhistes de l’Inde (Bihar, Bengale, Népal) qui disparaîtront avec la domination musulmane. Ce qui est sûr, c’est qu’au XIIe siècle les grands pèlerinages sont déjà organisés, les sites tibétains étant considérés comme étant eux-même des sites pitha. Pour l’auteur, cette transposition de lieux saints répond peut-être au déclin du bouddhisme en Inde.

Comme l’explique l’auteur, on constate que deux forces s’opposent au sein du bouddhisme, encore de nos jours. D’un coté, certains maîtres ont cherché à implanter les pratiques indiennes en les plaquant par-dessus des sites connus et fréquentés. De l’autre, on préfère établir un bouddhisme répondant à des critères rationnels. C’est le cas de Sakya Pandita, qui rédigera un texte polémique critiquant vivement cette importation religieuse. Pour lui, il est nécessaire d’examiner rigoureusement les pratiques et d’en expurger les éléments douteux. Il attaque donc sur deux fronts : d’abord sur le plan doctrinal, en critiquant l’interprétation qui est faite des textes tantriques, ensuite en tentant de démontrer que les associations géographiques sont fausses. Il s’agit peut-être d’une attaque sectaire contre l’école Kagyü, mais c’est surtout une réaction épidermique face à ce qu’il considérait contre une entorse aux principes bouddhistes (pour lui, les sites tibétains n’étant pas des sites pitha, on ne peut tirer de bénéfices à y faire un pèlerinage). Il est également possible qu’il se soit inquiété de la transmission de pratiques tantriques de l’élite à la masse des croyants.

En effet, les lieux visités aux Tibet étaient occupés depuis longtemps par les sous-écoles kagyüpa qui en tiraient d’abondants revenus, et ont contribué à les populariser par la diffusion des guides de pèlerinages, largement diffusés au Tibet. Les pro-pèlerinages ont donc veillé à développer des pèlerinages bouddhistes ouverts aux non-tantristes. Alors que les tantristes y viennent méditer et s’imprégner du pouvoir de leurs prédécesseurs, la masse des pèlerins pratique la circumambulation. On a là la fusion de deux pratiques différentes en une pratique aujourd’hui typiquement tibétaine : les sites recherchés pour leur pouvoir et les perspectives ésotériques finissent par constituer des circuits religieux. Alors que les sites indiens étaient le domaine réservé de spécialistes, ceux du Tibet les voient se mêler aux simples croyants, lesquels contribuent à l’effort des premiers par des offrandes. Comme le conclut M. Huber, dans la course opposant la tradition « érudite » à la tradition de bouddhaïsation, c’est la première qui a perdu sur le long terme. Mais en dépit de la multiplication de sites pitha au Tibet, les critiques de Sakya Pandita n’ont pas disparu puisque ses héritiers ne fréquentent pas les pèlerinages.

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