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Une histoire de l’Inde : les Indiens face à leur passé / Éric Paul Meyer 22/01/2009

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Petite pause dans mes lecture montagnardes puisque je viens de lire Une histoire de l’Inde : les Indiens face à leur passé d’Éric Paul Meyer parue chez Albin Michel en 2007.

Une histoire de l'Inde : les Indiens face à leur passé / Éric Paul Meyer

Une histoire de l'Inde : les Indiens face à leur passé / Éric Paul Meyer

Voilà un ouvrage très intéressant rédigé par un professeur de l’INALCO (Institut NAtional des Langues et Civilisation Orientales). L’ouvrage est très court (moins de 300 pages si on enlève les chronologies, notes et bibliographie) et résolument destiné au grand public. Il est pourtant très sérieux, mais heureusement très accessible au public néophyte. Bien que très intéressé par l’histoire de l’Asie en général, je n’avais jamais rien lu sur l’Inde auparavant, ce qui constituait quand même une lacune importante.

D’emblée, l’auteur nous présente l’histoire de l’Inde comme étant LE sujet sensible pour les populations concernées. En effet, depuis le XIXe siècle le domaine a été investi d’une aura éminemment politique tant chez les Indiens que chez les Pakistanais, essentiellement pour savoir qui était là le premier (populations aryennes ? dravidiennes ? tribales ?), qui a le plus contribué à la civilisation locale (musulmans ou hindous ?) et surtout qui a la plus longue histoire et est donc le plus indien (Indiens ou Pakistanais ?). Les événements sanglants de la partition ont naturellement exacerbé ces questions qui revêtent encore aujourd’hui un caractère passionnel. Cette perception est d’ailleurs une réaction très nette à l’idée diffusée par les Européens selon laquelle l’Inde était une région sans histoire et sans dynamisme. On apprend d’ailleurs que ce n’est qu’au contact des envahisseurs musulmans que les hindous se mettront à conserver des archives écrites, les brahmanes ayant pendant longtemps méprisé l’écriture, préoccupation de vulgaires commerçants (seule la parole prononcée ayant une valeur).

La civilisation de l'Indus (2500-1500 avant JC) © Alain Houot

La civilisation de l'Indus (2500-1500 avant JC) © Alain Houot

L’auteur rejette la vision nationaliste distinguant une période hindoue et une période musulmane auxquelles succéda la période moderne, et préfère voir une antiquité et un moyen-âge suivis d’une histoire moderne (qu’il ne traite que jusqu’en 1947). Les origines de l’Inde posent un double problème. Alors que les pays méditerranéen ont laissé écriture et vestiges archéologiques pouvant se recouper et donc se vérifier, l’Inde n’a pas eu cette « chance ». La vallée de l’Indus a en effet vu se développer une civilisation extrêmement prospère qui a laissé de nombreux vestiges archéologiques (comme les cités de Mohenjo-Daro ou Harappa), mais a ensuite totalement disparu. Aucun texte, aucune mention postérieure, même mythifiée ne l’évoquent. Après un vide de quelques siècles surviennent les Aryens (l’auteur préfèrent utiliser le terme Aryas pour éviter les amalgames malheureux). Ceux-ci sont un peuple nomade et guerrier qui va léguer sa culture et sa religion au pays, mais ne laissera aucune trace archéologique. Ceci suscitera de nombreuses polémiques sur l’ancienneté des uns et des autres, leur apport à la civilisation, la responsabilité supposée des uns dans la disparition de la civilisation des autres… C’est au cours de cette antiquité que le védisme évolue progressivement en brahmanisme. Le premier est une religion collective dépourvue de temple et de représentations, où les prêtres doivent s’assurer du soutien des dieux par divers rituels et formules magiques afin de légitimer les actes des rois. Le second voit l’essor de cultes locaux ouverts à tous le long des routes marchandes : des temples sont bâtis aux carrefours commerciaux et offrent la contemplation de divinités qui se passent désormais de sacrifices animaux. Pour ne pas perdre leurs monopoles religieux, les brahmanes ont donc intégré (avec plus ou moins de succès) ces cultes parfois très différents à leurs propres pratiques. C’est l’époque de la naissance des cultes shramaniques comme le bouddhisme et le jaïnisme, et de la diffusion de la culture indienne à l’Asie du Sud-Est.

L'empire moghol (XVIe-XVIIe siècles) © Alain Houot

L'empire moghol (XVIe-XVIIe siècles) © Alain Houot

La deuxième période, toute aussi polémique, est celle qui voit l’apparition de l’islam en Inde et la création de sultanats, culminant avec l’empire des Moghols. Bien que souvent dirigés par des souverains musulmans détachés de la masse polythéiste, la période coïncide aussi avec un essor commercial indien sans précédent. Qui plus est, l’auteur relativise nettement la vision nationaliste selon laquelle ces souverains étrangers ont affaibli la civilisation indienne en la pillant. S’il ne manque pas de noter les dégâts et violence, il note aussi que les dirigeants successifs n’ont eu aucun problème à nouer des alliances et à intégrer les grandes familles hindoues dans leurs entourage. Pour lui, les répressions et destructions qui ont pu avoir lieu tenaient plus à une volonté d’écrasement des oppositions qu’à de réelles persécutions religieuses. La période vit aussi l’émergence de pouvoirs purement hindous rivalisant en richesse et en puissance avec les envahisseurs, tel le royaume de Vijayanagar au sud. En parallèle, le brahmanisme devient hindouisme en abandonnant le sanskrit, langue aristocratique, pour se traduire dans les multiples langues locales et prendre ainsi un essor massif en autorisant enfin les croyants à avoir accès aux dieux. Cet essor se manifeste par un foisonnement de sectes et de courants.

La rivalité franco-anglaise en Inde (1763-1799) © Alain Houot L'Inde britannique en 1805 © Alain Houot L'Inde britannique en 1858 © Alain Houot

L'expansion britannique en Inde aux XVIIIe et XIXe siècles © Alain Houot

Enfin, la période moderne commence avec l’arrivée des Européens. Ceux-ci sont d’abord là pour le commerce, et doivent composer avec les richissimes hommes d’affaires indiens qui dominent déjà et depuis longtemps le commerce entre l’Afrique orientale et la Chine. Ce n’est que progressivement que les Britanniques réussissent à doubler leurs associés. En utilisant la main d’œuvre indienne très qualifiée et très peu chère pour réaliser les produits destinés à l’Europe (déjà à l’époque), ceux-ci réussissent à priver l’Inde de ses marchés extérieurs. Paradoxalement, c’est une compagnie commerciale privée qui va amorcer sans l’avoir prévu le début de la colonisation. Possessionnés à Calcutta, les Britanniques étendront leur domaines face à la concurrence des autres Européens, notamment au moment des guerres napoléoniennes. En même temps, ils utilisent leur force militaire pour obliger des princes à payer leurs dettes à leurs partenaires indiens. L’engrenage se met alors en place : pour s’imposer il faut plus de troupes, pour payer ces troupes il faut plus de terres et le grignotage commence. L’immensité du pays obligera la compagnie privée à laisser la place à l’État, qui finira par annexer les principautés ou leur imposer un protectorat.

Vous trouverez de nombreuses autres cartes de l’histoire de l’Inde sur cette page de l’excellent site d’Alain Houot.

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