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Un guide du mandala de Lachi : histoire, paysage et rituels dans le Tibet du Sud-Ouest / Toni Huber 05/01/2009

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Encore un chapitre qui nous parle de la région de Lachi et Chuwar, important centre de pèlerinage du bouddhisme tibétain, et du mythe qui y est associé. J’avais un peu peur de ce que j’allais y trouver car il était particulièrement long, mais en fait toute la fin est constitué de la traduction d’une partie du Lachi Neyig. Celui-ci est un guide de pèlerinage rédigé en 1901 par le 34e Drigung Denrab (détenteur du trône drigung, sous-école de l’école Kagyüpa) de l’époque, à savoir Tenzin Chökyi Lodrö. Quoi qu’il en soit, le chapitre a l’immense avantage de fournir deux cartes claires de la région. C’est pas trop tôt ! En plus, elles confirment les localisations que j’avais utilisées. Yes !

Comme expliqué précédemment, Lachi est un des grands lieux saints du Tibet, et fait partie de deux grands circuits de pèlerinage visitant les lieux évoqués dans le cycle de Chakrasamvara pour l’un, et ceux visités par le grand maître Milarepa pour l’autre. Le nom complet du bled est Drok Lachi Gangkyi Rawa, « l’enclave enneigée du Lachi nomade ». Du point de vue tibétain, Lachi se trouve de l’autre coté de la chaîne de l’Himalaya et est donc une terre étrangère. En effet, les routes d’accès passent soit par des cols enneigés, soit par des gorges étroites au sud et à l’est. Lachi n’est donc accessible (difficilement) qu’à certaines périodes et est un environnement très différent des plateaux tibétains car il reçoit la mousson et jouit donc d’une végétation luxuriante. Cette région est donc utilisée depuis des siècles comme pâture d’été par les éleveurs de yaks. Son herbe abondante et riche permet la production toute aussi abondante de fromage et de beurre (du beurre de yak, c’est-à-dire du beurk ^__^). Trop humide pour la culture de l’orge qui fournit les indispensables tsampa et chang aux Tibétains, les terres sont utilisées pour cultiver la pomme de terre.

La popularité de Lachi repose pour beaucoup sur les populaires guides de pèlerinages qui indiquent aux croyants les lieux à visiter et leurs importance religieuse. Ceux-ci leurs étaient souvent lus par les moines et gardiens de temple. Ils mettent en avant le pouvoir résiduel qu’ont laissé derrière eux les grands maîtres qui sont passés dans la vallée depuis des siècles. De plus, ces guides font de la géographie religieuse une pièce de théâtre à destination des simples croyants qui suivent les étapes comme autant d’actes. En parcourant ces lieux, les pèlerins deviennent les successeurs des grands maîtres en ce qu’ils contribuent à ancrer le bouddhisme dans le territoire. On distingue une réalité extérieure inanimée (la montagne) et une réalité divine cachée (le palais-mandala). Si cette dernière n’est visible que par les pratiquants de haut niveau, les simples pèlerins compensent en associant le relief à la silhouette des divinités (les sommets sont des têtes, les affleurements des épaules, les rivières de l’urine divine…)

Lachi Chuwar : en rouge Lachi et les sites liés aux Drigung, en bleu Chuwar et les sites Phagmodru

La première communauté religieuse fut fondée en 1215 par les Drigungpa mais elle n’a aucune autorité sur la région. Le roi de Lho (ou Latö du Sud) lui cède le territoire de Lachi et Chuwar au moment où Drigungpa et Phagmodrupa unissent leurs affaires temporelles et spirituelles (fin XIVe siècle). La cohabitation cesse à cause d’un conflit sur l’approvisionnement en eau : le roi de Lho est obligé d’intervenir. Désormais Lachi et ses terres, où restent les Drigungpa, seront sous l’autorité de Nyanang (plus à l’ouest) ; les Rechen (une lignée des Phagmodru) déménagent à Chuwar qui dépendra de Khumbu à l’est. Le monastère Rechen tombe aux mains des Karmapa puis des Gelugpa qui annexent la région suite à leur prise de pouvoir. Après la séparation des communauté, la région a produit de nombreux titres de la littérature tibétaine, résultat de la grande activité culturelle qui règne sur la frontière.

Pendant les deux siècles qui suivent la prise de pouvoir gelugpa, les Drigungpa déclinent et leurs fidèles sont déplacés à Nyanang, majoritairement kagyüpa. Un édit de Lhassa de 1793 confirme que le monastère de Lachi dépend de celui de Nyanang, preuve que les relations « administratives » entre eux n’ont jamais cessées. Au début du XIXe arrive Zhabkar Dorjechang, religieux attiré par le style yogi des grands noms comme Milarepa et qui fait un pèlerinage aux lieux liés à celui-ci et Chakrasamvara. Il réside trois ans à Lachi où il fait renaître la vie spirituelle. Lachi continue à être très fréquenté jusqu’au début du XXe siècle : les Britanniques évoquent un site parcouru par de nombreux pèlerins et capable de financer la création d’un autre monastère à Bigu et d’en fournir les moines. À la fin des années 1960, l’activité religieuse a presque cessé : moines et objets du culte sont partis s’abriter au sud (ils sont pourtant tous en territoire népalais, mais…). Quand l’auteur visite la région en 1987, il constate un renouveau culturel : moines et reliques sont revenus s’installer à Lachi où des pèlerins recommencent à revenir, fruit du récent relâchement chinois. Bien que négligé pendant longtemps, le site est encore intact, à la différence de Chuwar qui a subi la révolution culturelle de plein fouet.

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