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Réflexions sur les pèlerinages aux montages, lacs et grottes sacrées / Katia Buffetrille 30/12/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Voilà un article très sympa que j’ai lu avec beaucoup plus de facilité que le précédent. Ici, Mme Buffetrille nous présente quelques lieux de pèlerinages au Tibet, leur évolution et leur importance politico-religieuse. Il est plus particulièrement questions des régions du Kailash, de l’Amnye Machen, du Tsibri et des grottes de Maratika.

Monts neri et yülha : les pèlerinages de montagnes

Tout d’abord, les Tibétains considèrent le groupe montagne-lac-grotte comme un ensemble indissociable (la première est souvent flanquée du deuxième, et la troisième est creusée dans la première). Le lieu de pèlerinage par excellence est la montagne. Les premières mentions remontent au XIIIe siècle, mais on peut penser que les pèlerinages étaient fréquentés bien avant et ont dû connaitre un essor à partir de la seconde diffusion du bouddhisme (Xe-XIe). On sait toutefois que la circumambulation (tour d’un site dans le sens des aiguilles d’une montre) était déjà pratiquée autour des temples à l’époque impériale. On distingue les sites yülha, où résident des dieux protecteurs, et les sites neri où le bouddhisme est plus ancré, même si une montagne peut être les deux à la fois.

Pèlerinage © Greg Walters

Pèlerinage © Greg Walters

Les premiers, plus anciens, sont de véritables dieux représentés comme tels, et entretiennent des relations entre eux (mariage, filiation, cocufiage, antagonisme). Les pèlerins célébraient des rituels sur leur flanc afin d’obtenir les faveurs de la divinité locale (bonne récolte, bonne santé…). Il y a pourtant eu un changement progressif puisque les seconds sont vus comme des mandalas physiques où trônent des divinités bouddhiques ou soumises au bouddhistes, et dont les pèlerins font le tour. En fait, les pouvoirs locaux ou « nationaux » (monastères, administrations religieuses) ne pouvaient tolérer la subsistance de sites non-soumis au bouddhisme et potentiellement indépendants. Car les montagnes sont d’importants lieux de rassemblement : on y livre des compétitions sportives, on y désigne des chefs sous le patronage du dieu local, on y célèbre des rituels de vie. Quiconque contrôle ces rituels contrôle donc le pouvoir local. Les autorités ne pouvant supprimer les cultes anciens sans susciter d’opposition virulente, il ne leur reste plus qu’à les récupérer. Mais comment ?

Pour s’approprier une divinité-montagne, on rédige un texte décrivant sa soumission au bouddhisme. Une fois soumise, la divinité est dépersonnalisée : on passe d’une représentation anthropomorphique à une représentation symbolique (stupa ou simple montagne). La montagne n’est plus un lieu physique où réside un dieu mais la projection mentale d’un lieu spirituel hors de ce monde. Ces données sont ensuite prêchées aux pèlerins par les monastères qu’on aura bâtis dans la région. De même, de nouvelles règles sont imposées : il est strictement interdit de chasser sous peine de s’attirer la colère de la divinité locale et on marque l’importance du lieu dans le temps : le pèlerinage aura encore plus d’efficacité s’il est accompli à la bonne date. Le changement est considérable : on passe d’un site purement local et répondant à des attentes très terre-à-terres où le pèlerin s’adresse directement au dieu, à un site ouvert à tous mais détaché du monde et où monastères jouent les intermédiaires.

L'Amnye Machen

L'Amnye Machen

La comparaison de trois pèlerinages différents permets de mieux comprendre ceci : l’Amnye Machen, loin au nord-est du Tibet est à la fois yülha et neri. Bien que le mandala de Chakrasamvara ait été installé, le dieu Machen Pomra reste la figure importante. S’ils sont très respectueux des divinités bouddhistes présentes, c’est à lui seul que les nomades de la région (seuls pèlerins à y venir) viennent présenter leurs demandes. De fait, la conversion du site n’est pas achevée : il y a encore peu de sites bouddhistes et leurs noms n’ont aucune connotation bouddhiste. Les nomades y chassent, jouent, portent des armes et font le tour de la montagne à cheval. Il y a conflit entre les normes écrites (mais mal intégrées) du bouddhisme et les traditions fortement ancrées.

Par contraste, la région du Kailash apparait comme un véritable Disneyland du pèlerinage. La montagne est strictement neri (un protecteur du territoire est tout juste mentionné dans certains textes) et est parcourue depuis longtemps de religieux célèbres, nombreux jusque dans les années 1960. La « mandalisation » est totale : au centre la montagne, entourée de quatre monastères et de quatre sites de prosternation. Tous les sommets et roches portent des nom de divinités bouddhistes ou soumises. Il y a trois circuits dont la longueur varie en fonction du niveau spirituel. Les pèlerins affluent de tout le Tibet (et même d’Inde et du Népal) et sont très disciplinés : pas d’agitation, des vêtements simples, une attitude humble et respectueuse.

Parcours des pèlerinages autour du Kailash © Tibettravel.org

Parcours des pèlerinages autour du Kailash © Tibettravel.org

Dans le sud du Tibet, le pèlerinage du Tsibri et son organisation (tous deux obligatoires) concernent plusieurs villages proches qui consacrent tous un champ destiné à fournir assez de vivres pour que tous les villageois puissent faire le tour de la montagne. Il semble que la montagne était à l’origine un yülha que les bouddhistes ont combattu en lui donnant l’image d’un lac nauséabond qu’une montagne volante a comblé en atterrissant dessus.

Le pèlerinage est si important pour l’identité tibétaine que l’exil pousse les bouddhistes à développer des sites jusqu’alors peu fréquentés, comme les grottes de Maratika, près d’Halase au Népal oriental. Bien que connu depuis le XIIe siècle, le lieu était surtout fréquenté par les hindous, mais aujourd’hui les Sherpas et les Tibétains ont repris le dessus et repris le processus de conversion au bouddhisme en y multipliant les événements religieux : intronisation de chefs de lignée, accomplissement de rituels ou de retraites, danses monastiques sont les moyens utilisés pour conserver la mémoire et la culture tibétaine intacte.

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Commentaires»

1. kimilseung - 17/02/2009

I am pleased to see you are using one of my images on your blog (http://carldwyer.com/personal/photoGroups/groups/m/amnye_machen/images/25156903_b8f4319f72.jpg)
However it is considered a courtesy to credit images. If you continue to use my image on your blog a small link to my site at http://www.carldwyer.com would be appreciated.

dwyer.carl@gmail.com

2. Rincevent - 17/02/2009

Indeed. You are now credited, with all my apologizes.


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