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Réflexions sur le mythe de subjugation de Maheshvara : documents indiens, apologétique sakyapa et la naissance d’Heruka / Ronald M. Davidson 28/12/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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C’était chiant. Longuement et massivement chiant. Mais je me suis accroché autant que je pouvais, en essayant d’y comprendre quelque chose alors que c’était pas du tout évident. Pour faire simple, l’article de M. Davidson étudie un mythe d’origine indienne « converti » au bouddhisme puis exporté au Tibet où il a par la suite été intégré au corpus de l’école Sakya. L’auteur nous explique ensuite pourquoi et comment ce mythe est devenu aussi important pour cette école. Le mythe en lui-même a subi de nombreux changements, mais le principe est le suivant : on a un héros du bouddhisme qui s’introduit chez Mahesvara et le subjugue afin de le recycler en fervent bouddhiste (Mahesvara est une manifestation de Shiva).

Heruka, vainqueur de Mahesvara dans une des versions du mythe © Bouddhisme.wikibis.com

Heruka, vainqueur de Mahesvara dans une des versions du mythe © Bouddhisme.wikibis.com

Au départ l’histoire évoque incontestablement des tensions entre bouddhistes et shivaïtes. En effet, les monastères bouddhistes indiens de l’époque sont très riches et puissants, mais aussi plus coupés de la base populaire, à la différence des shivaïtes, certes moins riches et structurés mais bien plus présents au quotidien. Le bouddhisme tantrique (ou vajrayana), lui, n’a pas ce problème car il prospère au niveau du village, avec de nombreux ermitages disséminés dans la cambrousse. Malheureusement, la proximité physique (et aussi religieuse) avec les sadhus fait que la population ne distingue plus vraiment les uns des autres. Le mythe serait donc né dans ce contexte défavorable aux bouddhistes afin de rééquilibrer les choses. Pour cela, le vajrayana est obligé de réutiliser les modèles hindous, et donc de passer d’abord par la transmission orale, seule réellement accessible à la masse villageoise. Le mythe est lui-même assez simple puisqu’il montre que tous peuvent espérer se libérer du cycle des réincarnations pour peu qu’ils suivent les enseignements du bouddhisme.

Jetsun Rinpoche Drakpa Gyeltsen (1167-1216) © Rigpawiki.org

Jetsun Rinpoche Drakpa Gyeltsen (1167-1216) © Rigpawiki.org

La version qui arrive au Tibet vers le XIe siècle, contrairement à l’Inde, reste assez confidentielle : elle est arrivée plus tard que d’autres textes maintenant populaires. Elle va pourtant devenir un sujet de préoccupation de Drakpa Gyeltsen (1167-1216), héritier de l’école Sakya et compilateur de ses textes qui l’utilise plus pour expliquer le mythe du mandala que pour le texte en lui-même. Celui-ci veut combler les trous dans la lignée et dans ses enseignements en recherchant des antécédents indiens, même si ceux-ci sont a priori incompatibles entre eux ou avec les enseignements bouddhistes. Il faut dire que la situation n’est pas facile : à l’ouest l’Inde subi l’avancée de l’islam qui inquiète beaucoup ; et au Tibet même, l’école est prise dans la compétition politico-religieuse. La validité d’une lignée dépend de son utilisation du mythe : pour que son exégèse soit acceptée il faut qu’elle soit liée au contenu du mythe (qui est à la base un acte de réforme du monde puisqu’on convertit les dieux qui le dirigent à une autre religion). Le but final est d’apparaitre comme héritiers du renouveau cosmique. La question est d’autant plus importante que de nombreux escrocs indiens ou népalais se sont fait passer pour de véritables maîtres et que les Tibétains eux-mêmes se sont fait surprendre à comprendre de travers certains enseignements. Est-ce que le mythe du voisin est plus pur que le mien ?

Ngorchen Kunga Zangpo (1382-1456) © Himalayanart.com

Ngorchen Kunga Zangpo (1382-1456) © Himalayanart.com

Quelques siècles plus tard, c’est un autre Sakyapa qui se colle au texte, avec un autre objectif. Ngorchen Kunga Zangpo (1382-1456) rédige en 1405 un texte cherchant à harmoniser les différentes sources du mythe disponible, n’écartant que celles qui sont au-delà de l’acceptable (c’est-à-dire ce qui n’a pas été utilisé par les maîtres des premiers Sakyapa). Son texte n’étudie que les circonstances dans lesquelles la version sakyapa du mythe a été enseignée, sa collecte et la transmission de son exégèse au Tibet. En fait, Ngorchen est uniquement occupé à défendre le travail de ses prédécesseurs et ne se préoccupe pas du tout du mythe lui-même. En effet, au Tibet les Sakyapa sont aux abois. Les Mongols avaient fait d’eux les seigneurs du Tibet, mais après la chute de ces derniers, les autres lignées (notamment les Gelugpa) les critiquent pour leurs attachement au pouvoir et leur richesse.

Le mythe originellement conté oralement dans les villages par les moines-bardes itinérant sur un mode très vivant (il s’agit quand même de marquer les esprits de populations voyageant peu et dépourvues d’instruction) s’est donc finalement transformé en texte cosmologique pour la méditation destiné aux élites monastiques soucieuses avant tout de légitimité.

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