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Remarques sur la manipulation du pouvoir et de l’autorité dans le Haut Himalaya / A. W. Macdonald 22/12/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Voilà un article assez touffu qui se penche sur le processus de formation des États de l’Himalaya, sujet peu abordé aux dires de l’auteur qui déplore l’absence d’analyses comparées, les chercheurs ne travaillant généralement que sur une région particulière. Ceux-ci se sont longtemps contentés de ne voir que trois couches religieuses, à savoir le bouddhisme, l’hindouisme et l’animisme, termes pourtant vagues et mal définis. Au mieux on considère que l’animisme est la religion des collines, les deux autres étant des religions des riches vallées qui étendront leur pouvoir sur les hauteurs. Il est vrai que les États d’importance se sont étendus à partir de vallées dont la richesse venait de leur agriculture (vallée de Kathmandou au Népal, vallée de Lhassa au Tibet…). Le bouddhisme est passé du Népal central au Tibet central entre le VIIe et le VIIIe siècle, avant de toucher le Tibet occidental et oriental et de revenir vers la chaîne himalayenne.

Ces États sont nés entre le VIIe et le IXe siècle grâce à la mainmise du pouvoir sur la terre qui était ensuite redistribuée à la population (tenures pour les gens du commun, domaines nobiliaires loués au pouvoir, puis domaines monastiques souvent exemptés de taxes). Le roi proclame et impose son monopole sur la terre. Il est la source de tous les privilèges accordés à ses sujets qui le payent en nature ou en corvées. Au Népal, l’autorité repose des concepts hindous : le roi est une incarnation de Vishnu qui augmente son prestige par ses succès militaires. En plus de posséder la terre du royaume, il a le pouvoir de changer ses sujets de caste. Au Tibet, Songtsen Gampo est avant tout un soldat qui a su fédérer des tribus pour se constituer un empire, mais ses successeurs en feront un héraut du bouddhisme.

Le recours aux deux grandes religions civilisatrices et pacificatrices n’est pourtant pas obligé. Dans l’ouest du Népal, les Limbus considéraient que la force vitale d’une Maison ne pouvait s’exprimer qu’au détriment d’une autre, l’important étant de faire perdre la face à l’autre. Celui qui refusait le conflit finissait par disparaitre. Mais si la violence est à l’origine de la prospérité, il arrive un moment où le puissant doit se plier à l’autorité des traditions et reconnaitre les tords qu’il a infligés pour fonder une alliance. Le conflit ne sert qu’à tisser des relations, car ce sont les puissants qui ont le plus besoin de stabilité. Ces périodes de violence ont aussi touché les pays voisins, le bouddhisme et l’hindouisme ne servant qu’à légitimer l’accession au pouvoir.

L’expansion de l’hindouisme au Népal et a servi avant tout à réduire les foyers d’opposition en imposant le modèle brahmanique (avant la prise du pouvoir par les Gurkhas, le pays comptait 80 royaumes et principautés). Pour l’auteur, ce processus passait par une colonisation des terres adverses par des basses-castes, et était achevé en envoyant un brahmane y fonder un centre sacrificiel avec l’espoir d’intégrer les élites locales au système officiel. Les dirigeants font reposer leur doctrine sur le Muluki Ain, un texte agressif rédigé alors que les dirigeants luttent contre les Newars bouddhistes et la pression britannique au sud. Le Tibet, quant à lui, est un pays peu agricole où l’irrigation est le fait d’initiatives individuelles ne dépassant le cadre de la vallée. Par conséquent, le pays ne dispose pas de centre incontesté : c’est un ensemble de petites vallées agricoles séparées par des régions pastorales parcourues par des nomades indépendants. Le mythe fondateur de l’État est l’hagiographie de Songtsen Gampo ou encore l’épopée de Gesar.

Enfin, l’affirmation de l’État passe par sa théâtralisation : grandes cérémonies et commémorations lui permettent de mettre en avant ses élites et sa puissance. Le festival de la Grande Prière de Lhassa (Mönlam Chenmo) est précédé de rituels chassant les démons de l’année écoulée, la commémoration des miracles du Bouddha à Sravasti est l’occasion de parades militaires rappelant l’aide apportée par le Mongol Gushri Khan au Ve Dalaï-lama. Pour le Nouvel An, le Dalaï-lama reçoit les représentants du clergé et les chefs de famille reçoivent la visite de leurs dépendants. Au Népal, on a Dasain, symbolisant la victoire de la déesse Durga sur le démon-buffle Mahisasura et celle du héros Rama sur le démon Ravana. On s’installe dans l’ancien palais des rois Neward et le roi passe les troupes en revue en présence de l’élite du pays et des ambassadeurs.

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