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La tour de Marpa : notes sur les hégémons locaux au Tibet / Turell Wylie 15/12/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Voilà un article très intéressant signé par le créateur de la cauchemardesque méthode de translittération du tibétain en alphabet latin. Ça reste la meilleure plaisanterie qu’on ait jamais faite, jusqu’à ce qu’on comprenne qu’en fait c’en est pas une… Quelquefois je l’imagine vivant dans la clandestinité pour échapper aux hordes d’étudiants en histoire du Tibet.

Enfin bref, dans ce chapitre, Turrell Wylie se penche sur la période ayant suivi la chute de l’empire, période obscure car les historiens tibétains ne traitaient de politique qu’à la condition qu’elle se doublait de bouddhisme. La mémoire de l’empire ne fut conservée que parce que ses souverains soutenaient la religion indienne. Ses protecteurs ayant disparu, la période est un silence politique pour les historiens qui ne parlent que de la seconde diffusion du bouddhisme sous les enseignements de maîtres comme Atisha ou Marpa. Pourtant le pouvoir politique n’a pas disparu, il s’est seulement fractionné : les familles influentes suffisamment riches revendiquent le pouvoir local. C’est une période de luttes entre principautés identique à celle qui vit Songtsen Gampo unifier ces dernières pour former le Tibet. La période connait un essor du bouddhisme que les seigneurs utilisent à leur profit, soit en prenant eux-même la robe, soit en devenant protecteurs du clergé. Le développement des différentes écoles du bouddhisme tibétain sert donc les aspirations politiques : le monastère qu’on fait construire est très souvent une véritable forteresse économique et militaire.

Marpa (notez la fameuse tour à gauche de l'image) © Dollsofindia.com

Marpa (notez la fameuse tour à gauche de l'image) © Dollsofindia.com

L’article traite plus particulièrement de Marpa de Lhodrak (1012-1097). Traducteur qui sera à l’origine de l’école kagyüpa, Marpa réside avec sa famille (il a 9 femmes) et son disciple Milarepa à Drowolung. Bien que les annales n’évoque que ses activités religieuses, quelques informations concernent sa vie quotidienne : on apprend qu’il tire d’importants revenus des rituels qu’il exerce et des consécrations qu’il confère ; qu’il possède un troupeau de 70 yacks ; et enfin un auteur bouddhiste rapporte que les gens du peuple ne voient en lui qu’un père de famille qui se dispute avec eux et s’occupe d’agriculture et de construction. Les annales racontent que quand Milarepa est arrivé à Drowolung, son maître lui ordonna de bâtir un château pour son fils. L’idée était de purger Milarepa du mauvais karma qu’il avait accumulé en pratiquant la magie noire. Mais le château n’était qu’à moitié construit quand Marpa ordonna sa destruction pour le reconstruire ailleurs. Trois châteaux furent ainsi démolis par le pauvre Milarepa dont le dos était couvert de plaies à force de porter des paniers de terre et de roches. Ce n’est qu’après avoir fini le quatrième château que ses plaies guérissent et que Milarepa peut recevoir l’initiation de Marpa après avoir compensé son mauvais karma.

Le château construit, Sekhar Guthok, possède neuf étages et est situé au bord de la rivière Se. En fait de château, il s’agit plutôt d’une tour de guet fortifiée.

La tour de Marpa, Sekhar Guthok, aujourd'hui monastère © Himalayanart.org

La tour de Marpa, Sekhar Guthok, aujourd'hui monastère © Himalayanart.org

L’histoire de ce château cache une réalité plus terre-à-terre, à savoir que Marpa était un seigneur local. Comme l’explique M. Wylie, Marpa tire ses revenus de ses activités religieuses et les utilise pour diriger ses domaines. Il possède donc troupeau et bergers à son service. Quand son disciple arrive, Marpa a suffisamment renforcé son pouvoir et souhaite étendre son domaine à la gorge où coule la Se en y bâtissant une tour fortifiée. Cette gorge est un point de passage stratégique important au point que tous les seigneurs environnant ont prêté serment de ne rien y construire afin d’éviter toute mainmise. Tous sauf Marpa.

Le Lhodrak. Au nord les lacs Yamdrok Yumtso et Puma Yutso, au sud Drowolung et Sekhar Guthok

Marpa est malin : il sait que toute tentative de construction directe n’a aucune chance d’aboutir car ses voisins se coaliseraient immédiatement contre lui. Il lui faut donc ruser en utilisant Milarepa. En lui faisant construire puis démolir des tours à divers endroits, Marpa passe sciemment pour un cinglé qui fait faire n’importe quoi à son disciple. De fait, quand Milarepa entame la quatrième tour, il est physiquement et nerveusement exténué, et les seigneurs voisins n’y voient plus qu’un énième délire. Ils comprennent qu’ils ont été bernés lorsque le septième étage est construit, mais la tour est maintenant suffisamment solide pour résister aux agressions. Qui plus est, Marpa fait courir le bruit qu’il a pratiqué certains rituels et rempli la tour de guerriers en armures. En fait de magie, Marpa a utilisé les ressources à sa disposition pour se constituer une place forte et armer les hommes de son domaine. Placés devant le fait accompli et incapables de le battre, ses voisins n’ont plus qu’à se soumettre et deviennent ses tributaires.

© Asianart.com

© Asianart.com

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