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Les tribus tibétaines Ho-Hsi et le bouddhisme pendant la période des Song du Nord / Iwasaki Tsutomu 30/11/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Après avoir découvert les royaumes de l’ouest du Tibet qui émergèrent après l’éclatement de l’empire, ce chapitre nous emmène dans la direction opposée. Cap au nord-est, où nous découvrons le royaume de Xi-Xia et la région vassale du Tsongkha.

Lorsque l’empire tibétain éclata, les nomades Tangoutes se taillèrent un empire intégrant ses anciens domaines du nord. Le royaume s’opposa constamment aux dynasties chinoises, d’abord les Tang, puis les Song. Comprenant des territoires très différents, le Xi-Xia était très cosmopolite : outre les Tangoutes, on y trouvait leurs cousins Tibétains, des Chinois, des Ouïghours, et bien d’autres ethnies. Le chapitre traite de la situation politico-religieuse du Tsongkha, région vassale du Xi-Xia située à l’est du lac Kokonor où se dérouleront les luttes d’influence des deux puissances voisines.

En bleu : le Xi-Xia, en rouge : le Tsongkha. Figurent également le lac Kokonor (Tso Ngönpo en tibétain) et la ville de Xining, melting-pot de la Haute Asie. Toute à l'ouest, la fameuse ville de Dunhuang où seront retrouvés d'importants dépôts d'archives au début du XXe siècle.

Le Tsongkha, région où vivaient les tribus Ho-Hsi est en effet le théâtre d’affrontements opposant ses diverses tribus inféodées à l’une ou l’autre des puissances. La période voit un important essor du bouddhisme, et c’est justement cet aspect que M. Iwasaki met en lumière ici. Le début du XIe siècle connait en effet une effervescence religieuse dans tout le Tibet. Malgré la disparition de toute autorité centrale, les contacts subsistent entre les différentes régions de l’ancien empire. C’est l’époque de l’arrivée dans l’ouest du maître bengali Atisha. Cette effervescence n’échappe a personne dans la région et est au centre de préoccupations très terre-à-terres. Ainsi, les Chinois avancent leurs pions en soutenant largement le bouddhisme au sein des tribus, finançant constructions de monastères et de temples, accordant titres et biens aux religieux. Cette attitude n’est bien entendu pas gratuite : soutenir le bouddhisme, c’est s’assurer le respect ou au moins la docilité des tribus présentes et surtout celle de leurs élites. Le Xi-Xia procède de même de son coté, mais il faut également prendre en compte l’apparition de petits pouvoirs autonomes qui tentent également de tirer profit de la situation.

Porte du monastère de Kumbum / Ta'er si © Ian Riley

Porte du monastère de Kumbum / Ta'er Si © Ian Riley

L’auteur illustre bien ceci en nous présentant le cas de Ku-ssu-lo. Ce dernier est un religieux qu’un chef tribal nommé Li-Tsun installe au pouvoir. Ku-ssu-lo est la déformation tangoute du tibétain gyelse, qui est à la fois un titre héréditaire issu de l’ancienne famille impériale, et un titre religieux (« Fils de Bouddha »). Li-Tsun prend quant à lui les titres de lönpo (ministre d’État) et de desi rinpoche (régent religieux) afin d’exercer les pouvoirs politiques et religieux au nom de Ku-ssu-lo. La combinaison de ces titres et pouvoirs doit faciliter la soumission et l’unification des tribus. Instaurant un pouvoir personnel très dur, il tente d’affirmer son prestige religieux mais utilise la violence pour s’imposer aux tribus voisines. Hélas pour lui, il se heurte au général chinois Tsao Wei qui pousse ces mêmes tribus à lui résister (avec succès) en soutenant également un pouvoir monastique. Face à l’échec du volet religieux de sa politique, Ku-ssu-lo l’abandonne purement et simplement en revenant à la vie laïque. Après s’être débarrassé de son comparse, il doit en venir aux mains avec deux de ses fils qui adopteront la même politique que lui. Sa mort voit la multiplication de petits centres de pouvoirs religieux soutenus par la Chine qui cherche avant tout à entraver l’avance du Xi-Xia.

Cette histoire nous présente des religieux combattant et politiquement très actif. En fait, la situation religieuse n’est pas la même que celle que nous connaissons aujourd’hui. Chaque chef de tribu jour un rôle religieux et de protecteur du bouddhisme. L’étape suivante consiste donc à prendre la tonsure et à porter la robe monastique tout en conservant l’autorité politique sur sa tribu. Il faut dire que rentrer dans les ordres à l’époque est quelque chose d’assez peu contraignant : on peut être marié, avoir des enfants, consommer de la viande et l’alcool. À bien des égards, c’est uniquement l’habit qui fait le moine.

Le monastère de Kumbum / Ta'er Si près de Xining © Paul Ark

Le monastère de Kumbum / Ta'er Si près de Xining © Paul Ark

Mais alors pourquoi se donner tout ce mal s’il suffit de porter une robe ? Parce que le statut de moine apporte un prestige sans commune mesure avec celui de chef tribal. De plus, la condition de moine offre de véritables garanties : le moine est protégé par la loi et sa personne inviolable, ce qui lui permet de voyager en toute sécurité ; qui plus est il jouit des dons des croyants. Prendre le contrôle des monastères devient donc un enjeu considérable pour les élites : parce qu’ils en sont d’importants protecteurs, les chefs tribaux sont les mieux placés pour devenir abbés de monastères (un moine issu du peuple ne disposera pas des revenus et du pouvoir suffisant pour cela). Notons que l’inverse est également vrai : un monastère tire du prestige du statut de ses membre, un chef tribal ou un de ses parents lui apporte donc beaucoup. Une fois parvenu à la tête du monastère, le chef ou le membre de sa famille dirige l’activité économique de ce dernier : le pouvoir séculier repose d’ailleurs sur la puissance économique de son monastère. Un monastère étant toujours placé à un lieu stratégique (généralement protégé par les montagnes environnantes), il constitue une place forte à la disposition de sa tribu. Enfin, les revenus de l’abbé sont distincts de ceux du monastère : à sa mort, ses biens ne reviennent à son successeur ou à la communauté religieuse. Les familles ont donc tout intérêt à remplacer l’abbé défunt par un membre de la famille, souvent un de ses neveux, et peut ainsi constituer une lignée monastique familiale qui doublera et renforcera la lignée laïque.

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