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La guerre du Rif : Maroc 1921-1926 / Vincent Courcelle-Labrousse, Nicolas Marmié 19/11/2008

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Allez, on va continuer à parler d’orient, mais cette fois-ci on va prendre l’extrême nord-ouest de l’Orient, puisqu’on va parler de la guerre du Rif qui se déroula au Maroc jusqu’en 1926.

Mes grands-parents étant passés nous voir il y a peu, j’avais ramené pour mon pépé La guerre du Rif : Maroc 1921-1926 de Vincent Courcelle-Labrousse et Nicolas Marmié des éditions Tallandier car je savait que son propre père avait bossé pour le sultan du Maroc vers cette époque. J’ai donc attaqué le bouquin après son départ.

La guerre du Rif : Maroc 1921-1926 / Vincent Courcelle-Labrousse, Nicolas Marmié

La guerre du Rif : Maroc 1921-1926 / Vincent Courcelle-Labrousse, Nicolas Marmié

Alors situons l’action. Au tout début du XXe siècle, l’Allemagne et la France se disputent les derniers territoires non colonisés et l’opposition se cristallise sur le sultanat du Maroc. Ce dernier est au bord de la faillite à cause d’un gouvernement archaïque et inefficace. Après avoir frôlé de peu la guerre, la France remporte le morceau. Hélas, le Royaume-Uni ne souhaitant surtout pas voir des Français en face du rocher de Gibraltar, intervint et réussit à obtenir que le nord du pays revienne à l’Espagne. Hors, l’Espagne de l’époque, si elle fait toujours partie du club européen, est un de ses membres les plus pauvres. Pensez-donc, il y a moins de dix ans les États-Unis lui ont arraché par la guerre ses dernières possessions d’importance (Cuba et les Philippines). Et voilà qu’on la somme d’occuper l’autre coté du détroit. Il aurait été plus simple de refuser, mais justement à cause de ces circonstances, le gouvernement espagnol ne peut qu’accepter pour une question de prestige.

En vert : le Maroc sous protectorat français, en rouge : la zone internationale de Tanger, en jaune : le Maroc sous protectorat espagnol © Worldstatesmen.org

En vert : le Maroc sous protectorat français, en rouge : la zone internationale de Tanger, en jaune : le Maroc sous protectorat espagnol © Worldstatesmen.org

Malheureusement pour ces pauvres Espagnols, les Français ont bien veillé à leur refiler le morceau le plus difficile. En effet, mis à part les presides de Ceuta et Mellila (qui sont sur les deux cornes au nord), tout le reste du pays est laissé à lui-même. Et pour cause. Les Rifains sont essentiellement des Berbères jaloux de leur indépendance et qui ne reconnaissait que très vaguement l’autorité du sultan.

Le Maroc ethnique © University of Austin - Texas

Le Maroc ethnique © University of Austin - Texas

Pendant plusieurs années, l’Espagne privilégie une approche douce et tente de séduire les habitants et casser les solidarités traditionnelles en graissant la patte des élites, ce qui semble donner des résultats prometteurs. En effet, les tribus du Rif ont des relations basées sur l’amende : en cas de meurtre, on payait une amende et tout était réglé, mais avec les subsides espagnols, la tentation de ne pas payer devient plus forte et les conflits dégénèrent facilement. Grâce à cette politique, les Espagnols réussissent à s’attirer les grâces du cadi (juge) Abdelkrim dont les fils deviendront des modèles d’intégration : l’un sera juge, enseignant et même journaliste ; l’autre ira faire des études d’ingénieur en Espagne. Le plan se déroule sans trop d’accroc, si ce n’est le mépris constant de la part des voisins français.

Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi (1882-1963) - Wikicommons

Mohamed ben Abdelkrim El Khattabi (1882-1963) - Wikicommons

Tout bascule en 1914 quand le maroc est parcouru d’agents pro-allemands poussant à la révolte contre les Français. Les Espagnols, neutres, laissent faire, bien contents de pouvoir emmerder les Francos. L’un de ces agents finit par prendre contact avec Abdelkrim fils, qui serait très motivé pour fomenter des troubles au sud. Mais celui-ci commet l’erreur de réclamer des armes afin d’assurer la défense et l’autonomie du Rif. Arrêté, Abdelkrim affirme aux Espagnols sa haine des Français et son souhait qu’après-guerre le Rif devienne indépendant. Camouflet pour les Espagnols qui comprennent qu’ils n’ont pas réussi à s’attacher la crème des Rifains. La situation leur est d’autant plus difficile qu’ils ne contrôlent que quelques kilomètres carrés au-delà de leurs bases, que la guerre est très impopulaire, et que l’armée même se divise entre combattants coloniaux et militaires de métropole exigeant le rétablissement de l’avancement à l’ancienneté au détriment des promotions pour mérites de guerre…

Face aux critiques de plus en plus virulentes des français, l’Espagne se décide donc à occuper militairement le terrain à partir 1919. Elle doit très vite faire face à Abdelkrim qui s’est imposé comme leader de la résistance et fédère les différentes tribus. L’Espagne se rend compte que ses fortins sont isolés, indéfendables et tombent les uns après les autres. Du 21 au 22 juillet 1921, 6500 hommes se font encercler au fort dAnoual et tentent de fuir. C’est une débandade généralisée jusqu’à la ville de Melilla qui se fait bombarder. Le choc est tel que l’Espagne frôle la guerre civile : pour éviter qu’une commission d’enquête ne mette en cause les responsabilités (au risque d’atteindre le roi), le gouvernement est renversé et rempacé par un directoire militaire dirigé par Primo de Rivera.

Miguel Primo de Rivera y Orbaneja (1870-1930) - Wikicommons

Miguel Primo de Rivera y Orbaneja (1870-1930) - Wikicommons

En 1924, les Français jusque là spectateurs narquois se rendent comptent qu’Abdelkrim commence à avancer ses pions vers leur zone. On se sonde d’un coté et de l’autre, mais les Français menés par le résident-général Hubert Lyautey considèrent qu’il n’y a pas à négocier des terres qui leur reviennent par traité international. Les Espagnols s’étant finalement retranchés derrière un réseau de forts plus solides et mieux reliés et utilisant maintenant le gaz moutarde, Abdelkrim se lance au sud. Comme leurs voisins du nord, les Français sont submergés par une armée maintenant bien entraînée et dotée d’armes espagnoles. Et un Rifain qui sait utiliser l’artillerie ça fait mal. À chaque avancée rifaine, de nouvelles tribus le rejoignent. La situation est tendue au point qu’on craint sérieusement de perdre Fez où Abdelkrim a promis qu’il se rendrait pour le début du ramadan.

Louis Hubert Gonzalve Lyautey (1854-1934) - Wikicommons

Louis Hubert Gonzalve Lyautey (1854-1934) - Wikicommons

Les difficultés croissantes et les combats de plus en plus violents ont deux conséquences : Lyautey est sur la sellette, et on envisage maintenant sérieusement une coopération avec l’Espagne. Laissant progressivement la place à Pétain, Lyautey part. Après un semi-échec dû à sa conception trop rigide de la guerre, à sa méconnaissance du terrain et au manque de soutien espagnol, Pétain réussit à reprendre le dessus. Fin mai 1925, Abdelkrim se rend donc aux Français plutôt qu’aux Espagnols (ces derniers apprécieront qu’on ne les avertisse qu’après-coup. Exilé à la Réunion pendant 20 ans, ce dernier profite que son bateau pour la France passe en Égypte pour s’y arrêter. Auréolé de son prestige, il y finira ses jours, méprisant le parti nationaliste marocain Istiqlal (dont il appelle les dirigeants les « femmes à barbes »).

Un bouquin très intéressant sur un pan de l’histoire très méconnu. Il est intéressant de voir l’œuvre « civilisatrice » européenne aux prises avec la réalité et les relations « cordiales » qui les caractérisent. Le Rif des années 1920 marque le début de la fin des empires coloniaux. Après tout, Abdelkrim a tenu tête à deux puissances, et a retourné leurs technologie contre eux en reprenant leur armement et en installant des lignes téléphoniques au travers du territoire. Ce conflit verra émerger ou se renforcer des grands noms comme Pétain ou Franco qui exportera en Espagne ses troupes (partiellement marocaines, d’ailleurs) aux habitudes violentes.

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