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Le Viêtnam ancien / Anne-Valérie Schweyer 14/09/2008

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Bien. Continuons notre visite de l’Asie du Sud-Est. J’en profite d’ailleurs pour conseiller à ceux qui ne le connaitraient pas l’excellent blog Bibliothèques d’Asie du Sud-Est (d’Asie tout court en fait). C’est très intéressant de voir comment les collègues de là-bas travaillent et dans quelles conditions.

Enfin bref. Aujourd’hui, je vais évoquer le livre Le Viêtnam ancien d’Anne-Valérie Schweyer, toujours édité dans la collection Guides des Civilisation des éditions Les Belles Lettres.

Le Viêtnam ancien / Anne-Valérie Schweyer

Le Viêtnam ancien / Anne-Valérie Schweyer

Comme les autres ouvrages de la collection, celui-ci est extrêmement intéressant. Et même doublement, ce qui a contribué à ralentir ma lecture car le livre est un deux-en-un. Car on a affaire non pas à un pays mais deux : avant les XVe-XVIe siècles, le territoire de l’actuel Viêtnam était en effet partagé entre deux puissances. Au nord, centré sur le Fleuve Rouge, nous avons le royaume Viêt. Immédiatement au sud, c’était le royaume du Champa, l’éternel ennemi. Pour mieux visualiser la géographie et l’histoire mouvementée de la région, je vous recommande fortement cette carte animée (si ça vous gonfle, en voilà une autre où le Champa apparait en vert et jaune, en rouge le nom de quelques royaumes chams).

L'expansion du Vietnam au fil des siècles - Wikicommons

L'expansion du Vietnam au fil des siècles - Wikicommons

Présentons donc les protagonistes. Commençons par les Chams, très mal connus car noyés dans la masse viêt depuis longtemps, et surtout parce qu’ils n’ont laissé que peu de traces écrites (la faute aux innombrables guerres et au climat tropical qui détériore à peu près tout à ces latitudes). Ceux-ci sont un peuple de marins venus d’outre-mer, parlant et écrivant une langue austronésienne (cousine de l’indonésien). Leur territoire n’est pas un royaume unifié (sauf à quelques moments) mais un ensemble de petits royaumes basés sur les vallées morcelées du sud du pays. Très tôt, les Chams ont adopté religions et principes politiques venus d’Inde afin de se doter d’un cadre culturel (notons toutefois qu’ils maîtrisaient moins bien le sanskrit que leurs voisins khmers). Très commerçants, ils profiteront des perturbations générées par les Tibétains sur la route de la Soie en captant le commerce maritime.

Les Viêts, quant à eux, ont commencé par faire partie de la Chine pendant mille ans avant de s’en émanciper au Xe siècle. Parlant une langue môn-khmère (ce sont donc des cousins des Cambodgiens, au moins du point de vue linguistique) mais écrivant en chinois jusqu’à l’arrivée du jésuite Alexandre de Rhodes (qui adapta l’alphabet latin au viêt), les Viêt n’ont cessé de s’inspirer largement de la civilisation de leur puissant voisin du nord. Pourtant, ils n’ont jamais cessé de préserver leur propre culture et de s’opposer violemment à toutes les tentatives d’invasion et d’occupation chinoises. Ce contexte favorisa l’apparition d’un pays fortement centralisé et prompt à s’en prendre à ses voisins à la moindre menace (fut-elle supposée). De fait, les Viêt ont petit à petit grignoté et annexé le Champa tout en gardant constamment à l’œil Chinois, Khmers et même Mongols. Il ne leur fallut que cinq siècles pour submerger le Champa en implantant systématiquement des colonies sur les territoires nouvellement acquis. Contrairement aux Chams, les Viêts ne prirent jamais vraiment la mer et ne se sont soucié de commerce qu’assez tard.

Dans un cas comme dans l’autre, on constate une grande liberté de la femme. Celle-ci joue un rôle prépondérant au Champa puisqu’elle transmet le pouvoir. Les rois cèdent ainsi la place au fils de leur sœur et fondent une partie de leur prestige sur la généalogie de leur épouse. Dans le peuple c’est d’ailleurs l’époux qui vient s’installer chez sa femme et qui dépend d’elle. En cas de divorce, il ne garde que ce qu’il avait en arrivant, les enfants restent donc avec celle-ci. Du coté Viêt, la femme est légèrement moins libre dans la mesure où elle ne peut jouer de rôle religieux et que le couple est défini par la nécessité d’avoir des enfants (infertiles, passez votre chemin). Mais à part ça et à la différence de la Chine, elle n’est pas confinée à la maison, hérite à égalité de ses frères (y compris si ces enfants sont nés d’épouses secondaires), détient les cordons de la bourse, commande et exerce l’autorité à la mort de son époux.

La religion est extrêmement diverse dans la région. Au Champa, l’hindouisme (essentiellement shivaïte malgré quelques traces de vishnouisme) côtoie le bouddhisme mahayana ou vajrayana (qui ne subsiste plus aujourd’hui qu’au Tibet et au Japon avec l’école shingon) ainsi que les génies locaux. L’hindouisme évolua de manière originale : au départ étaient vénérés Shiva et sa compagne Bhagavati, rebaptisés Bhadreshavra (entre autres) et Po Nagar, chacun dans un sanctuaire différent. Ceux-ci perdirent leurs lien originel pour devenir dieu personnel des rois pour l’un, et déesse du pays pour l’autre. La popularité de Po Nagar était telle que les Viêt l’intégrèrent à leur culture (marque de leur respect pour les croyances des Chams qu’ils venaient de conquérir autant que sagesse politique de qui ne souhaite pas avoir des émeutes sur les bras). L’expression religieuse chame la plus particulière réside dans les lingas. Pierre dressée représentant le pénis de Shiva, le linga est la résidence du dieu où les rois viennent afin que ce dernier puisse s’incarner en eux. Symbole des anciens rois divinisés, les lingas chams sont finement travaillés et accompagnés de kosha, enveloppes en or ou en argent portant le visage du dieu.

À coté du très ancien culte des esprits, les Viêt connaissaient aussi le bouddhisme depuis très lontemps, et ont également intégré le confucianisme suite à une occupation chinoise. Vénéré au sein de chaque village, l’esprit local est le protecteur de la communauté et réside dans la nature. Puissant, l’esprit est invoqué pour défendre le pays quand il est menacé. Avec le temps les esprits seront nationalisés et intégrés dans un culte national et impérial associant l’empereur à son pays. Ainsi les grands du pays doivent prêter serment de fidélité à l’empereur tous les ans en absorbant le sang d’un animal immolé à l’esprit du mont Dong Co. Le bouddhisme est arrivé dans le pays par la Chine et par la mer en venant d’Inde. Trois grandes écoles sont donc apparues avant d’être « harmonisées » afin de mieux coller aux enseignement de la nouvelle école dominante : la populaire école Vinitaruci, mélange d’ascétisme et de magie se rapprochant du vajrayana, l’école Vo Ngon Thong préconisant la connaissance de la vérité sans recours à l’écriture et au langage et l’école Thao Duong, influente à la cour et teintée de brahmanisme. Ces trois écoles seront absorbées par le bouddhisme thiên issu du chan chinois (zen au Japon) selon laquelle tout un chacun peut subitement atteindre l’illumination sans devoir en passer par les bonnes actions. Ce mouvement connaitra un ralentissement lors de l’occupation chinoise où les confucéens accusèrent les bouddhistes de superstition (peu surprenant vu l’imbrication du bouddhisme et du pouvoir et l’énorme puissance économique des pagodes).

Plus anecdotique, les Viêt se laquaient les dents afin de les protéger (ce qui leur donnait un beau sourire noir…). Cette pratique n’existait que chez eux, aucun autre peuple voisin ne l’ayant pratiqué. Cette pratique vient de la mastication de chiques de bétel (noix d’arec + feuilles de bétel + chaux). Les bonbons mentos de l’époque, connus dans toute l’Asie, déchaussaient les dents et coloriaient la bouche en rouge.

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