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Épidémie, pouvoir et raison : la conversion royale au bouddhisme réexaminée / Matthew Kapstein 11/05/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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*S’étire un peu et fait craquer ses doigts*
Bon allez, ça fait plus d’une semaine que j’ai rien foutu. Au boulot ! Dans ce nouveau chapitre, Matthew Kapstein réexamine les mythes concernant la conversion des premiers souverains du Tibet et, par extension, celle du pays entier.

Le puzzle de la conversion tibétaine
L’auteur s’oppose à l’idée selon laquelle le bouddhisme a apporté la civilisation à un peuple jusque-là barbare. Pour lui, il est vrai que ce sont les croyances antérieures qui ont fourni l’élan nécessaire à la conquête de nouveaux territoires et à la fondation d’un empire. Il est vrai aussi que ce dernier s’est effondré suite à cette conversion, notamment à cause de factions rivales de la noblesse. Pourtant le bouddhisme et l’opposition qu’il a rencontrée ne lui semblent pas être à l’origine de cette situation, mais plutôt le résultat, la religion étant devenue un moyen d’affirmer son opposition politique. De plus, si l’empire a pu s’agrandir grâce à la corvée, au pillage et à la conscription forcée, ces pratiques ont dû déstabiliser un État dont les conquêtes se sont ralenties (bref, quand il restait plus rien à piller, les soldats et leurs seigneurs ont commencé à se demander ce qu’ils foutaient là).

Le pouvoir de l’épidémie
Les sources anciennes semblent confirmer que la conversion a reposé en partie sur la terreur engendrée par les épidémies. Le bouddhisme a probablement semblé plus « rationnel » que les croyances antérieure, les concepts de karma et d’illumination fournissant un semblant d’explication et permettant de comprendre pourquoi certains rituels fonctionnaient et d’autres non.

Le charisme de la raison
L’apparition d’un clergé d’État permit aux souverains de s’approprier ce savoir « rationnel » et d’en tirer une légitimité supérieure à l’ancien charisme personnel. Pour autant, ils n’abandonnèrent pas leur statut puisqu’ils conservèrent leur nature divine via leur titre (tsenpo). Ainsi, le bouddhisme et son clergé apportait au moins un élément indispensabl à un empire conquérant : l’écriture permettant de garder la trace des impôts et des faits et gestes des officiels. Celle-ci permit l’apparition d’une nouvelle classe dirigeante caractérisée par la maîtrise ou non de la lecture (soit par elle-même, soit grâce à des scribes à son service). De fait, le nouveau clergé offrait aussi une meilleure organisation et transmission du savoir : la discipline monastique, la capacité de traduction, les bibliothèques et catalogues. Autant d’outils prestigieux à destination du pouvoir.

Bouddhisme et législation
La tradition attribue la création des lois à Songtsen Gampo et à sa conversion au bouddhisme, pourtant on ne trouve pas de référence à celui-ci dans les fragments les plus anciens. Les bouddhistes récupérèrent les lois et s’en approprièrent la paternité en les faisant dériver de leur morale religieuse et des tradition indiennes. En mettant en avant l’harmonie entre la religion et les lois, le clergé put progressivement imposer le bouddhisme comme étant leur source réelle.

Cosmopolitisme impérial
L’introduction de l’écriture par les bouddhistes permit paradoxalement de diffuser plus largement les cultures étrangères : christianisme nestorien, manichéisme, culture chinoise, médecine grecque, cultures turques et iraniennes… De fait, le bouddhisme était le modèle culturel dominant de l’Asie, ce qui permit au clergé de jouer un rôle de médiateur et d’informateur auprès de la cour. Le bouddhisme facilita l’expression du pouvoir impérial au Tibet et en dehors, notamment en associant ses souverains au bouddha cosmique Vairocana, présent dans toute l’Asie.

Convertir la conversion
Pour l’auteur, la conversion du Tibet a été une transformation graduelle des conceptions cosmologique et des pratiques du pouvoir. De plus il distingue deux conversions : celle du cercle impérial dans un premier temps, soutenant l’expansion de l’empire et créant une classe d’administrateurs sachant lire et écrire ; puis une deuxième conversion où l’histoire elle-même fut réécrite dans une optique bouddhiste.

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