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Sangha et État dans le Tibet impérial / Eva K. Dargyay 11/05/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Ici l’auteur étudie la manière dont la première communauté bouddhiste du Tibet a trouvé des moyens de subsistance, notamment en s’attachant le soutien du souverain.

Au début, les moines et nonnes devaient vivre comme des mendiants et dépendre des dons des laïcs pour leur survie, la pauvreté étant nécessaire pour qui cherchait à atteindre l’illumination. Une autre règle exigeait que les moines ne devaient entretenir aucune relation que ce soit avec le pouvoir : pas le droit d’entrer dans un palais si le roi ou les ministres y étaient, de regarder une parade militaire, d’enseigner à un détenteur de pouvoir… Pourtant cette règle a été systématiquement violée, quel que soit le pays. La sangha, la communauté monastique, est même bien souvent devenue tellement proche des dirigeants qu’elle a fini par détenir des pouvoirs judiciaires et politiques. Dans les premiers temps, la sangha dépendait des dons des riches laïcs, ceux-ci allant des vivres aux bâtiments et propriétés entières.

Le patronage de la sangha à l’ère impériale (VIIe – IXe siècle après JC)
Les premiers souverains ont manifesté un intérêt pour le bouddhisme, mais on ne peut certifier un authentique soutien. On peut supposer que le Tibet a découvert avec ses premières ambassades comment les souverains étrangers protégeaient les communautés locales et en tiraient du prestige ainsi que des bénéfices grâce aux compétences et au savoir du clergé.

Songten gampo (~618-641 et 646-649)
Bien que la tradition lui attribue l’érection de temples et de chapelles, aucune communauté ne se trouvait alors au Tibet. Aucune source ancienne n’en parle.

Tride Tsugtsen (712-755)
Bien qu’il ait invité des maîtres à venir au Tibet et fait construire des chapelles à leur destination, aucun ne fit le déplacement.

Trisong Detsen (756-797)
Il fonda le premier monastère tibétain à Samye vers 774. Celui-ci fut inauguré et dirigé par les savants indiens Shantarakshita, Kamalashila et Padmasamhava, qui sélectionnèrent les sept premiers novices tibétains. Le souverain souhaitait que les impératrices non impliquées dans le pouvoir et les enfants des ministres rentrent dans les ordres. Ses ministres arguant qu’ils seraient dépourvus de moyen de subsistance, il répondit que le palais y veillerait pour eux. Comme ils avançaient qu’ils risquaient d’être punis s’ils ne payaient pas de taxe et ne servaient pas dans l’armée, le souverain exempta de ces devoirs.
La cour finançait déjà les érudits indiens invités au Tibet. lorsque ceux-ci ordonnèrent les premiers moines, on appliqua à ces derniers le même traitement en les libérant des obligations pesant sur les autres sujets. Le souverain manifesta une volonté particulière de créer un ordre de nonnes en souhaitant libérer certaines épouses du mariage si elles n’étaient pas impliquées dans la politique. Les ministres lui rappelèrent que les nouveaux membres du clergé perdraient les revenus de leurs familles, ce qui l’amena à élargir encore le financement par la cour. Ce système annonçait une charge de plus en plus lourde au fur et à mesure que les effectifs religieux allaient croître. De fait, il fallut réformer le système quelques années plus tard.
Lorsque le moine indien Shantarakshita mourut, Trisong Detsen nomma à sa place le Tibétain Yeshe Wangpo à la tête de la communauté. Le souverain souhaita que chaque moine soit entretenu par sept familles, mais Yeshe objecta que cela créerait du ressentiment parmi la population et que cela poserait problème en temps de guerre ou en cas de difficulté. Il suggéra de diminuer le nombre de familles afin de ne pas entraver le futur essor de la religion. Le souverain acquiesça et donna 200 familles à l’ordre, trois pour chacun de ses membres. Dès lors, le palais ne finançait plus qu’une partie de la communauté, celle-ci étant devenue grâce à son don l’égale d’un seigneur terrien percevant ses revenus des occupants du sol. L’auteur estime que la sangha devait comprendre environ 150 moines, 25 yogis, 13 enseignants, 25 étudiants et un nombre indéterminé de moines en retraite spirituelle.

Mune Tsenpo, fils de Trisong Detsen (797-799)
Mune confirma les décisions de son père et établit les quatre festivals religieux se déroulant à Dragmar et Samye. Il déclara que tous ses sujets devrait faire des donations à la sangha et aux temples, à l’exception de la noblesse et de l’armée. Constatant des disparités dans les dons, il pensa que cela reflétait la foi. Apprenant que certains étaient pauvres au point de ne posséder que des haillons, il tenta de redistribuer également les ressources avant de comprendre que l’inégalité était due au karma de ses sujets (ouf, il a failli virer communiste, quel soulagement). Cette tradition reflète une volonté de justifier les privilèges du clergé et de la noblesse. Qui plus est, Mune Tsenpo n’aurait régné que 17 mois avant de mourir sur l’ordre de sa grand-mère.

Tride Songten (799-815)
Avant de monter sur le trône on lui colla un groupe de ministres-régents à cause de son jeune âge. Son soutien envers le bouddhisme révèle plus son immaturité qu’une véritable politique. Il continua à conférer privilèges et pouvoir aux moines comme ses prédecesseurs.

Ralpachen (815-836)
Il nomma vraisemblablement un moine de haut rang au poste de ministre des affaires religieuses, préfigurant le futur système qui associera un aristocrate et un membre du clergé. il souhaita bâtir plusieurs temples et fit appel aux meilleurs artistes d’Inde, de Chine, du Népal, du Cachemire, de Khotan et du Tibet. Il offrit à la sangha le contrôle d’une partie de la basse assemblée, se prosternant devant les moines. Ralpache ordonna que chaque moine soit entretenu par sept familles de sujets et fit punir les familles dont le moine avait une robe rapiécée. Lorsque quelqu’un parlait des moines comme étant source de problèmes, il le faisait mutiler. Un tel comportement suscita une forte opposition au sein de la noblesse dont la position et les privilèges étaient mis en danger. Leur réaction fut d’assassiner le souverain.

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