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Songtsen Gampo du Tibet : bodhisattva et roi / Eva K. Dargyay 24/03/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Mme Dargyay parle de Songtsen Gampo et du rapport qu’on attribue à ce personnage avec l’introduction du bouddhisme au Tibet. On l’a vu précédemment, si la tradition voit en lui le premier souverain tibétain à avoir établi un contact avec le bouddhisme et le reconnait comme une incarnation du bodhisattva Avalokiteshvara*, ce n’est pas le cas des universitaires occidentaux pour qui c’est historiquement impossible, le bouddhisme étant marginal au Tibet à son époque. L’objectif de l’article est donc de comprendre quand cette association est apparue et quelles en sont les implications quant à la biographie de cet empereur et à la royauté en général.

*Avalokiteshvara (Chenrezig en tibétain) est le bodhisattva de la compassion, dont les Dalaï-lamas sont censés être les réincarnations. Un bodhisattva est un être qui a atteint l’illumination mais a décidé de ne pas quitter ce monde tant que tous les êtres qui le peuplent ne s’en sont pas libérés définitivement et il les aide en conséquence. Il y en a une multitude, la plupart manifestant un aspect particulier du bouddhisme (compassion, savoir, vertu, etc.).

Pour les occidentaux, donc, c’est une reconstruction ultérieure, Giuseppe Tucci y voyant par exemple une légende créée lorsque la domination mongole sur le Tibet pris fin, manière de célébrer son indépendance retrouvée. Les sources contemporaines sont vagues et n’évoquent pas le bouddhisme, ce qui fait penser que les bouddhistes les ont réinterprétées à leur profit. Pour l’auteur, il y a pourtant un témoignage prouvant que Songtsen Gampo était déjà considéré comme une incarnation à l’ère impériale. Il s’agit d’une lettre que le maître indien Buddhaguhya aurait écrite à son successeur Trisong Detsen. Buddhaguhya était un maître tantrique qui n’avait pas de bol. Alors qu’il était parti avec son disciple sur le mont Potala (résidence mythique d’Avalokiteshvara), il n’y trouva qu’une pierre gravée à l’image du bodhisattva. Plus grave, alors qu’il espérait en tirer des pouvoirs, c’est son disciple qui toucha le pactole. Calamitas ! (nan mais ça se comprend aussi, déjà qu’il lui payait l’hôtel et le restau, voilà que ce ptit con se fout de sa gueule…) C’est en redescendant qu’il rencontra un messager envoyé par Trisong Detsen, nommé Manjushri (c’est aussi le nom d’un bodhisattva). Le souverain l’invitait au Tibet, mais il refusa de se déplacer et préféra envoyer des instructions manuscrites. Dans la lettre en question il loue Trisong Detsen, héritier d’une famille de bodhisattva, et son aïeul Songtsen Gampo, incarnation d’Avalokiteshvara (déjà à l’époque il fallait faire plaisir aux sponsors).

Pour Eva Dargyay, Buddhaguhya sortait alors d’une grande déception. Le fait de croiser un homme portant le même nom que sa divinité protectrice (Manjushri, bodhisattva de la sagesse) dut être important pour lui. Buddhaguhya a pu interpréter une situation historique à la lumière de son expérience malheureuse. Son échec à voir le bodhisattva le poussa probablement à redoubler d’ardeur et à considérer la réalité conventionnelle comme un paravent masquant la réalité sacrée. La lignée royale était une lignée sainte, son ancêtre une incarnation divine. De telles conceptions étaient d’ailleurs communes dans l’Inde médiévale. De leur coté, les Tibétains ne maîtrisaient pas encore assez bien les subtilités du panthéon bouddhiste, mais ne pouvaient que se réjouir de voir leur souverains assimilé aux dieux. Ce nouveau concept fut très favorablement accueilli par les Tibétains, qui l’adaptèrent. Ils firent donc d’Avalokiteshvara un singe qui s’accouplant avec une démone, devint le père des Tibétains et leur transmit la civilisation. Plus tard, le souverain législateur fut assimilé à la divinité propageant la loi bouddhique.

L’hagiographie de Songtsen Gampo comporte plusieurs ressemblance avec un sutra apocryphe retrouvé à Dunhuang, ce qui semble dire que les Tibétains s’en sont servi comme modèle. Toutefois ce sutra décrit des Tibétains agressant un pays bouddhiste protégé par un roi-bodhisattva alors qu’au même moment Songtsen Gampo est déjà un roi bouddhiste. Qu’en penser ?

On peut supposer que l’association roi-bodhisattva clamée par Buddhaguhya plut certainement au souverain qui en tira un prestige considérable. Il devait néanmoins la reformuler pour qu’elle soit acceptée par la masse de la population non-bouddhiste. D’où le flou des textes de l’époque. Les soldats ne manifestant aucun signe de foi bouddhiste, les habitants de Khotan (Turkestan oriental) les virent comme des profanateurs de leur religion et le notèrent dans leur sutra. Les Tibétains durent ramener une copie de ce sutra parmi leur butin. Plus tard, quand le souverain souhaita que l’histoire de sa lignée soit mise par écrit, un religieux de la cour s’inspira du sutra volé.

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