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Le caractère sacré des rois du Tibet ancien / Giuseppe Tucci 24/02/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Bon, enchaînons, enchaînons. Voilà un autre chapitre hyper intéressant. Ici, M. Tucci nous dresse un descriptif précis du statut des empereurs du Tibet et des implications religieuses et sociales que cela entraîne.

Le jeune prince accède au pouvoir à l’âge de 13 ans (âge de la « maturité sacrée »). Il est l’incarnation de son ancêtre qui revient sur Terre via ses descendants, jusqu’à ce que ceux-ci s’épuisent et laissent la place au nouveau souverain dès ses 13 ans. Le souverain est l’ancêtre présent parmi les vivants parce que son essence est perpétuellement renouvelée. Il est à la fois au ciel et sur Terre, et sa présence ici-bas le renforce aussi sur un plan idéal, ce qui évite à son esprit de disparaître. Le tsenpo a quatre pouvoirs : le chö (loi religieuse) qu’il délègue à la classe des prêtres, le chabsi ou pouvoir terrestre qu’il transmet au gouvernement, le ngathang ou majesté, et enfin l’umog (casque). Les deux derniers doivent être expliqués. Le ngathang est l’inaction et l’immobilité divine, qui ne tolère ni contamination ni défaut. Le souverain ne peut donc éloigner les épidémies / faire pleuvoir /assurer la fertilité / maintenir l’ordre cosmique et social / trouver les numéros du loto dans l’ordre (biffer la mention inutile) que s’il est lui-même indemne et en parfaite santé. L’umog (casque) est un symbole visible du pouvoir magique et héréditaire du souverain. Il est porté quand ce dernier exerce les fonction sacrées dont il est investit. Le casque protège la tête royale d’où part la corde sacrée la reliant au ciel (aujourd’hui les dirigeants actuels l’ont remplacé par un Blackberry). Muni de ces qualités, le souverain est pugyel (idée de pouvoir magique), tsenpo (terme lié aux divinités terrestres) et desa (fils de dieux).

La conception religieuse de la monarchie a évoluée avec le temps. Au départ n’existait qu’un principe indifférencié, le potentiel inerte des éléments d’où sortirent deux œufs. Un œuf blanc, représentant le bien, la lumière et d’où sortit un père positif ; et un œuf noir représentant le mal, l’obscurité et d’où sortit un père négatif armé d’une lance. Il n’est pas question d’une descente de l’ancêtre sur Terre depuis le ciel : celui-ci est l’incarnation terrestre du père bienveillant, manière d’intégrer une éthique aux croyance. Il y a donc le pugyel, le bon roi, par opposition au mauvais roi (comme les chasseurs du Bouchenois). Mais des changements apparaissent. Les souverains célestes descendent sur terre puis repartent une fois leur règne terminé. Mais cette descente ne se produit pas directement sur Terre, mais entre celle-ci et le ciel : sur la montagne dont le rôle se renforce. Elle devient le centre et le lieu de pèlerinage du clan et du territoire qu’il occupe. Le territoire est une entité sociale et sacrée, centré sur cette montagne ancestrale. La cohésion et l’identité du groupe est donc liée au sol où ancêtre, dieu et montagne ne font plus qu’un. En plus de devenir l’ancêtre cosmique, la montagne est aussi la tente cosmique au-dessus de laquelle se trouvent les plaines sacrées. Cela se retrouve dans le rite d’enterrement du souverain qu’on ensevelit sous un tumulus.

On a un changement né de la rencontre entre deux cultures : d’une part on voue un culte au ciel (Nam) tout comme les Turco-mongols le font avec le Tengri (ciel aussi), d’autre part on vénère la montagne sacrée. Ces différentes conceptions sont l’écho de la migration d’une classe noble d’origine nomade venue du nord-est qui a fait face aux habitants sédentaires du centre du pays. Rien n’indique qu’une conception a chassé l’autre, elles ont plutôt dû se croiser et se fondre l’une dans l’autre. Quand l’ancêtre descend sur Terre, il y a déjà une société organisée aux origines différentes. Alors que le peuple est issu de divinités terrestres, des conquérants issus du ciel ont peu à peu intégré leurs croyance aux autres et pris le dessus. Le compromis est apparut progressivement, la montagne devenant l’étape intermédiaire entre le sol et le ciel, ce dernier ayant une prééminence jusqu’à l’arrivée du bouddhisme. Le souverain perd sa caractéristique céleste issue de l’aristocratie conquérante pour s’identifier aux divinités terrestres, mais conserve ses prérogatives antérieures (fertilité, pluie, ordre cosmique…)

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