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Les Tibétains dans l’Ordos et le nord de la Chine : considérations sur le rôle de l’Empire tibétain dans l’histoire mondiale / Christopher I. Beckwith 24/02/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Article publié dans le Journal of the Tibet Society et disponible en ligne

Avant de commencer à parler de cet article, une petite note pédagogique. L’Ordos est un plateau désertique situé en Chine, et plus précisément dans la région autonome de Mongolie intérieure (la Mongolie extérieure étant la république de Mongolie, indépendante).

Si vous remontez le cours du Fleuve Jaune ou Huang He (sur une carte hein, pas la peine de partir pour ça, encore que ça ferait un très joli voyage), vous remarquerez qu’au milieu de son parcours il forme une gigantesque boucle. C’est cette boucle qui abrite le plateau de l’Ordos.

Le plateau des Ordos - Wikicommons

Le plateau des Ordos - Wikicommons

Voilà. Donc M. Beckwith a pour objectif de nous expliquer que, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, le Tibet, bien qu’enclavé et aujourd’hui dominé par la Chine, a eu une influence sur l’histoire générale du monde, et pas seulement une influence locale et temporaire.

Alors que la dynastie Tang se remettait tout juste de la révolte d’An Lushan (officier impérial envoyé au Xinjiang / Turkestan oriental et qui a failli faire chuter la dynastie), les Tibétains en profitèrent pour récupérer des territoires occupés par la Chine depuis quelques décennies, et s’aventurèrent au-delà de leurs anciennes frontières jusqu’à prendre brièvement la capitale Chang’an (actuelle Xi’an) en 763. Les Chinois, connaissant les intéressés, ne manquèrent de s’inquiéter de les voir installés si près. De fait, le Tibet contrôlait le nord et le nord-ouest de Chang’an, les marges des steppes nomades et le pays chinois au sud de la Grande Muraille. Cette domination dura plus d’un siècle et eut des conséquences durables.

L’irruption tibétaine signifiait que la Chine perdait le contrôle des routes vers l’Asie centrale : le gros de la soie chinoise passait du nord de la Chine à l’Ordos, puis à la capitale ouïghoure sur l’Orkhon et enfin au Califat Abbasside. Ce mouvement eut également un grand impact sur le destin de l’empire ouïghour et posa les bases de l’empire tangoute qui lui succédera.

Au départ, il ne s’agissait que d’élargir le périmètre des campagnes ciblant Chang’an et la route de la soie. Les raids touchèrent d’abord les préfectures longeant la Grande Muraille, et comprenaient des contingents allogènes (Tangoutes, Tuyühun). C’est lorsque la Chine refusa de payer le Tibet pour son aide militaire contre un rebelle allié aux Ouïghour que la guerre commença vraiment, permettant au Tibet de prendre plusieurs préfectures. Profitant de négociations, les Tibétains capturèrent de nombreux officiers chinois et leurs suites en 787, et détruisirent les forteresses de l’Ordos dont les garnisons se dispersèrent.

Les Ouïghours battirent alors les Tibétains et les repoussèrent vers le sud avant d’être eux-même refoulés. Les Tibétains se rapprochèrent ainsi de plus en plus de la capitale ouïghoure. Celle-ci ne dut sa survie qu’aux traités de paix entre Chine, Tibet et Ouïghours de 821-822 qui mirent fin aux raids. À ce moment, l’influence tibétaine couvrait le sud de l’Ordos et la région au sud de la Grande Muraille, le Gansu entier et Ho-hsi au sud-ouest, Hami et Qocho (Tourfan) à l’ouest. Les traités limitèrent la présence militaire tibétaine aux régions réellement administrées par le Tibet en 821. Entre 849 et 863, la majorité des territoires peuplés de non-tibétains furent perdus.

La présence tibétaine eut pour conséquence d’importants mouvements de populations. Certaines, fuyant les Tibétains, furent installées par les Chinois afin de les en tenir éloignées. Les Tuyühun et certains Turcs furent installés à l’est du Fleuve Jaune et devinrent des négociateurs au service de la politique chinoise. Les Tangoutes gardèrent de bonnes relations avec le Tibet, beaucoup ayant fait partie de ses armées, et s’établirent comme bandits ou rebelles. À la chute de la dynastie Tang, ils étaient déjà indépendants de fait et fondèrent leur empire (lui donnant le nom chinois de Xi-xia) sur l’ancienne zone d’influence tibétaine.

Le plateau des Ordos

Ces empires eurent bel et bien un effet sur l’échiquier international : ils perturbèrent le commerce en obligeant les caravanes allant ou revenant de Chine à rentrer en territoire tibétain ou à faire un long détour par le territoire ouïghour. La présence militaire tibétaine contribua à séparer la Mongolie de la Dzoungarie, et donc provoqua la scission des Ouïghours en deux ailes. L’aile orientale fut détruite par les Kirghizes en 840, et le manichéisme et le nestorianisme furent annihilés, laissant la place libre au bouddhisme tibétain.

De plus, tous ces empires étaient fortement bouddhistes et suffisamment puissants pour résister à l’Islam. Des liens inter-bouddhistes se tissèrent et continuèrent après leurs disparitions, profitant d’un terreau fortement favorable. Les moines étaient actifs jusqu’à la cour chinoise elle-même où ils contribuèrent à la traduction de nombreux textes bouddhistes en chinois. Les Mongols, suivant les Tangoutes, furent de fervents soutiens et établirent une alliance culturelle avec les Tibétains.

La culture tibétaine s’est donc propagée sans interruption au cours des siècles au point qu’elle finit par devenir la culture des élites successives d’Asie au détriment de la culture chinoise. Les Occidentaux ne s’y trompèrent pas quand ils comparèrent le tibétain au latin. Le chinois n’était qu’une langue littéraire locale quand le tibétain était la langue commune aux savants d’Asie. Tout ceci ne fut possible que parce que l’empire tibétains et ses successeurs avait créé un rempart puissant contre l’Islam se propageant au détriment du bouddhisme.

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Commentaires»

1. goaustralie - 26/05/2011

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