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L’esprit de la montagne : mythe et État dans le Tibet pré-bouddhiste / J. Russel Kirkland 23/02/2008

Posted by Rincevent in History of Tibet / Alex McKay.
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Alors nous avons là un chapitre extrêmement intéressant qui nous décrit les croyances religieuses tibétaines avant l’arrivée du bouddhisme. C’est un chapitre surprenant car on y découvre le lien fort et ancien qui lie les Tibétains à leurs montagnes.

Les inscriptions laissées par les empereurs tibétains les disent fils des dieux. Les textes tant chinois que tibétains nomment le premier souverain Öde Pugyel. Mais ce n’est pas si simple dans la mesure où cette place d’ancêtre lui est disputée par Nyatri Tsenpo. De plus, les chroniques tardives font plutôt de l’ancêtre un prince venu d’Inde et arrivé au Tibet en descendant une montagne. Une fois arrivé dans la vallée et ne parlant pas la langue locale, il aurait montré du doigt la montagne. Les locaux croyant qu’il désignait le ciel, ils le prirent pour un envoyé du ciel et le portèrent sur leurs épaules, d’où son nom (« l’empereur intronisé par les épaules »). Cette version semble être une tentative bouddhiste de remplacer la tradition plus ancienne voulant que le roi païen était fils de dieux. Pourquoi ces deux noms ?

Les Chinois connaissaient les Tibétains depuis le IIe siècle, mais jusqu’au VIIe siècle tout l’ouest du pays était dominé par le Zhangzhung, de culture différente. Un chef de tribu, Songtsen, apparut dans la vallée du Yarlung et s’allia à d’autres pour soumettre ses voisins. Son pouvoir s’étendant, lui et son frère cadet furent considérés comme des dieux et il reçut un nouveau nom : « Son gouvernement étant plus haut que les cieux (Nam), son casque sacré étant plus solide que les montagne (Ri), ils [les nobles] le renommèrent Namri Songtsen ». Son royaume étant le Pu, on lui donna le titre de Pugyel (roi de Pu).

Son fils Songtsen Gampo déplacera la capitale du Yarlung à Rasa (la « ville murée ») devenue plus tard Lhassa (la « ville des dieux »), conquerra le Zhangzhung et établira un empire suffisamment puissant pour inquiéter suffisamment les Tang (Tiens, y a le bouseux qui essaie encore de démolir la muraille ouest avec son baton… On va disserter sur le légisme ?).
D’un point de vue historique, Namri Songtsen est le premier souverain attesté du Tibet, les quatre précédents étant probablement réels bien que n’étant que des chefs du Yarlung. Drigum Tsenpo correspond à cette description. D’après les textes, son fils Shakyi devint tsenpo au Yarlung, tandis que Nyakhyi resté au Kongpo y vénérait deux esprits (une nymphe des montagnes et la version masculine de la déesse Demo) incarnant les montagnes sacrées. Cette généalogie du Kongpo fut plus tard intégrée à la généalogie impériale en raison de l’alliance entre les deux principautés.

Drigum Tsenpo régna donc sur le Kongpo, où se trouve une montagne sacrée nommée… Öde Gungyel ! À l’époque, les croyances n’étaient pas homogènes malgré des points communs comme la montagne ancestrale. Il était ainsi possible à un groupe d’emporter sa montagne d’un lieu à un autre en réutilisant son nom. Les groupes se croisant, un brassage culturel s’établissait et les noms voyageaient. Imaginons donc un groupe du Kongpo vénérant une montagne appelée Öde Gungyel, à la fois ancêtre et divinité. Au fil du temps, cette montagne s’est personnifiée et a pris les traits d’une divinité/ancêtre. Ce groupe dut fuir face à un groupe adverse, certains restant en arrière. Les fugitifs arrivèrent au pays de Pu qui deviendra le Yarlung. Le nouveau roi conserva l’association avec l’ancienne montagne qui, influencée par le titre de ce dernier, devint Öde Pugyel jusqu’à ce qu’un nouveau leader apparaissent. La montagne sacrée devint alors celle de la vallée, Yarlha Shampo.

Au Kongpo, les choses se passèrent différemment. Nyakhyi maintint le culte de la montagne mais le réforma en remplaçant Öde Gungyel par Lhari Gyangto, lieu où il avait reçu la royauté. En redescendant la montagne, il ramenait la divinité avec lui. Le roi était désormais la divinité. Ses successeurs le considérèrent donc comme l’origine de leur pouvoir. Au départ simple ancêtre, Nyakhyi est devenu divinité descendue du ciel.

Quand le Yarlung prit le contrôle du Tibet, le Kongpo était toujours dirigé par la branche sœur. Mais les deux traditions ne furent jamais harmonisées, l’ancêtre impérial étant soit l’un soit l’autre, voire les deux en même temps. La tradition du Kongpo répondait au besoin de développer un sentiment d’identité commun via le culte à la montagne locale (celle-là c’est la nôtre !). Identifier l’ancêtre avec cette montagne permettait de se souvenir des racines du groupe et de renforcer le sentiment d’origine commune.

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