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	<description>Histoire du Tibet et notes de lecture</description>
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		<title>La dernière frontière impériale chinoise : l&#8217;expansion dans les marches tibétaines du Sichuan à la fin des Qing / Xiuyu Wang</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Jan 2012 13:03:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà une lecture très intéressante. <em>China&#8217;s last imperial frontier : late Qing expansion in Sichuan&#8217;s Tibetan borderlands</em> de Xiuyu Wang est paru cette année chez Lexington Books, et nous présente les relations du XIXe et du tout début du XXe siècle entre les marches sino-tibétaines, la province du Sichuan et la cour impériale à Pékin en se focalisant sur les perceptions qu&#8217;avaient les uns des autres et sur les politiques mises en œuvre alliant intégration à l&#8217;empire / régularisation administrative (<em>gaitu guiliu</em> 改土归流) et modernisation / réforme de la société locale (<em>xinzheng</em> 新政).<span id="more-3202"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 324px"><img alt="China's last imperial frontier : late Qing expansion in Sichuan's Tibetan borderlands / Xiuyu Wang" src="http://cd.pbsstatic.com/xl/97/8097/9780739168097.jpg" title="China's last imperial frontier : late Qing expansion in Sichuan's Tibetan borderlands / Xiuyu Wang" width="314" height="500" /><p class="wp-caption-text">China's last imperial frontier : late Qing expansion in Sichuan's Tibetan borderlands / Xiuyu Wang</p></div>
<p>L&#8217;auteur commence d&#8217;abord par rappeler que si le Tibet est, aux yeux des Chinois des XVIIe et XIXe siècles, une terre barbare qui effraie par sa différence, ce n&#8217;est pas systématique ni absolu. En effet, dans la majorité des récits qu&#8217;on laissé les Chinois de leurs voyages au Tibet, l&#8217;admiration et l&#8217;engouement apparaissent toujours à un moment ou un autre, et le barbare devient exotique. Depuis le XVIIIe siècle, l&#8217;empire chinois dirigé par la dynastie Qing d&#8217;origine mandchoue s&#8217;assure un contrôle lâche mais réel du Tibet central, à la fois pour des raisons politiques (influence du clergé tibétain sur les turbulents Mongols) que religieuses (les Mandchous pratiquant le bouddhisme tibétain). Les dirigeants de Lhassa tirent globalement parti du flou de la relation entre les deux souverains : en ne remettant pas en cause la domination Qing, ils s&#8217;assurent une protection militaire en cas de besoin et bénéficient du prestige d&#8217;être les tuteurs des empereurs de Pékin. Au Tibet oriental toutefois, la situation est différente puisque la région est morcelée en une myriade de principautés peu enclines à reconnaitre quelque domination que ce soit. Officiellement, la plupart de ces principautés est soumise à Pékin. Mais dans la réalité, la situation est beaucoup plus complexe tant l&#8217;autorité de l&#8217;empire est peu perceptible : contrairement au Xinjiang ou à la Mongolie voisine qui abritent plusieurs régiments, le Tibet et plusieurs provinces occidentales de la Chine dépendent de la seule garnison du Sichuan. Ses effectifs ne lui permettent généralement que de mener des attaques fortes et rapides avant de se replier, faute de pouvoir tenir sur la durée. En dépit de leur supériorité technique et de leurs effectifs plus importants, les troupes chinoises ne sont donc pas souvent certaines de pouvoir vaincre et doivent parfois se retirer parce que tel ou tel chef s&#8217;est réfugié en montagne ou refuse de lui fournir la corvée de transport. Du reste, la qualité de ces troupes, déjà peu élevée, se dégradera au fil du temps malgré les renforts presque constants. Les troupes chinoises sont donc de deux natures : les troupes de l&#8217;armée de l&#8217;étendard vert, majoritairement composées de Chinois Han et servant souvent de gendarmerie ; les clans mongols installés au Tibet central et intégrés à l&#8217;armée des huit bannières constituée de Mongols et de Mandchous ; quelques détachements gardant des dépôts de ravitaillement. À ceci s&#8217;ajoutent les troupes tibétaines menée par des fonctionnaires civils nommés et qui, avec le temps, finissent par ne même plus participer aux entrainements. Mal payées, mal ravitaillées, mal équipées, éparpillées en de nombreux points isolés les uns des autres par le relief et la population tibétaine, les troupes chinoises sont donc globalement démoralisées. Pourtant, leur présence justifiée par l&#8217;importance politique et stratégique du Tibet stimule l&#8217;économie sichuanaise : pour répondre à cette importance, la province gagne un statut privilégié et voit affluer les fonctionnaires de haut rang, dont la présence développe particulièrement le commerce. Pékin ne se décidant pas sur la politique à appliquer au Tibet, c&#8217;est au Sichuan qu&#8217;il revient de gérer le sujet, ce qui lui donne un avantage lors des crises pour mettre en avant ses propositions allant toujours en faveur d&#8217;un renforcement du pouvoir impérial, donc l&#8217;expansion à l&#8217;ouest.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 512px"><img alt="Le roi de Derge entouré de ses épouses et de servantes © National geographic" src="http://www.nationalgeographicstock.com/comp/IR3/996/604550.jpg" title="Le roi de Derge entouré de ses épouses et de servantes © National geographic" width="502" height="328" /><p class="wp-caption-text">Le roi de Derge entouré de ses épouses et de servantes © National geographic</p></div>
<p>La région est, avant même l&#8217;arrivée au pouvoir des Qing, un puzzle de principautés (plus d&#8217;une centaine recensée au XVIIIe siècle). En effet le Kham est morcelé en petits centres de pouvoir. L&#8217;expression n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas vraiment adéquate puisque les chefs installés dans les vallées pouvaient ne pas être en mesure d&#8217;étendre leur autorité aux villages de montagne, ni même à d&#8217;autres principautés enclavées à l&#8217;intérieur de leurs terres. Comme l&#8217;explique l&#8217;auteur, les Khampas s&#8217;assuraient ainsi des lieux de refuge pour éviter les fréquentes périodes de guerre. Contrairement à ce qu&#8217;on pourrait penser, et même si les Qing ont pu y avoir recours, ce n&#8217;est pas parce que la Chine a divisé pour régné. Au contraire, Pékin a globalement cherché à renforcer certaines principautés pour mieux les contrôler. De leur coté, les chefs khampas ont largement utilisé les attentes chinoises de stabilité et de coopération pour obtenir une reconnaissance impériale de leur statut, sans que Pékin ne cherche à rester à jour des évolutions locales par la suite. L&#8217;auteur prend en exemple les quatre plus grosses principautés de la région, à savoir celles du Chagla (autour de la ville de Dartsedo / Tatsienlu), de Lithang, de Bathang, et de Derge pour illustrer la diversité des situations. Certaines d&#8217;entre elles sont en effet presque intégrées à l&#8217;empire (cas du Chagla) quand d&#8217;autres sont foncièrement incontrôlables du fait de leur morcellement politique. Une principauté en particulier sèmera la discorde entre l&#8217;empire de Chine et le Tibet central : le Nyarong. Cette région aura à plusieurs reprises des chefs avides d&#8217;expansion que Pékin devra soumettre par la force. Dans les années 1860, le gouvernement de Lhassa doit même envoyer une armée pour punir le prince car la Chine est occupée par la révolte des Taiping et ne peut y accorder suffisamment de troupes. En remerciement, et pour que Lhassa puisse se rembourser de sa coûteuse participation, Pékin lui accorde l&#8217;administration de la principauté. À la fin du siècle, un conflit oppose le gouverneur du Sichuan au représentant de Lhassa au sujet de villages du Nyarong que ce dernier tenta de reprendre au roi du Chagla. Le Nyarong fut occupé sans coup férir par les troupes chinoises, les représentants du Dalaï-lama se retirant. Mais Lu Chuanlin, le gouverneur, considère que la Chine devrait régler la situation en prenant le contrôle direct du Nyarong sans tenir compte des réactions du jeune XIIIe Dalaï-lama. La cour hésite mais ne l&#8217;y autorise finalement pas pour ne pas irriter Lhassa à un moment où le contexte international est très défavorable. L&#8217;empereur ne veut surtout pas donner au Dalaï-lama de prétextes pour chercher assistance auprès de la Russie ou de l&#8217;Inde britannique qui se livrent alors une compétition acharnée pour la domination de l&#8217;Asie. Une autre raison pour laquelle la position de Lu a été repoussée a été l&#8217;impossibilité et le manque de motivation du nouvel amban de se rendre à Lhassa pour défendre une politique qu&#8217;il ne pourrait de toute façon pas imposer, notamment du fait de son escorte réduite. Mais le Dalaï-lama répond de manière forte en écrivant une lettre convoyée par messager spécial à l&#8217;empereur lui-même, et dans laquelle il accuse le roi du Chagla d&#8217;avoir désinformé Lu Chuanlin pour pouvoir faire main basse sur les villages en question. De plus, il met en avant le fait que les demandes de la cour ont été satisfaites alors que son envoyé chargé d&#8217;éclaircir la situation n&#8217;a pas eu le droit de se rendre au Nyarong. À cette réaction inattendue conjuguée à la tension internationale s&#8217;ajoute l&#8217;action de Lu Chuanlin à Derge. Profitant de sa prise de contrôle du Nyarong, le gouverneur du Sichuan avait en effet &#8220;invité&#8221; la famille du roi de Derge à Dartsedo en raison de troubles dynastiques opposant deux héritiers nés de deux femmes différentes. Lu avait neutralisé le pouvoir local dans l&#8217;espoir de pouvoir annexer aussi le royaume de Derge, persuadé que sa stratégie serait approuvée par Pékin. Hors il s&#8217;avère que son action unilatérale a braqué inutilement les autres chefs khampas. Lu est donc désavoué par le commandant des troupes chinoises ainsi que par le nouvel amban se rendant à Lhassa, et sa stratégie est momentanément abandonnée de peur qu&#8217;elle ne pousse le XIIIe Dalaï-lama dans les bras des étrangers, ce qui ne sera d&#8217;actualité que dix ans plus tard.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 499px"><img alt="Un lama de Bathang et ses serviteurs © National geographic" src="http://www.nationalgeographicstock.com/comp/IR3/996/604549.jpg" title="Un lama de Bathang et ses serviteurs © National geographic" width="489" height="502" /><p class="wp-caption-text">Un lama de Bathang et ses serviteurs © National geographic</p></div>
<p>Pendant quelques années, l&#8217;administration chinoise revient donc à la situation antérieure, jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un nouveau bouleversement survienne. Irritée par la mauvaise volonté des ambans désignés qui rechignent à se rendre à Lhassa, Pékin nomme successivement plusieurs officiels favorables une politique d&#8217;expansion dans les marches sino-tibétaines. L&#8217;un d&#8217;entre eux, le nouveau vice-amban Fengquan (ou Feng Quan, mais l&#8217;auteur ne l&#8217;écrit pas comme ça), eut pour mission d&#8217;implanter des colonies militaires agricoles dans la région pour accélérer son intégration à l&#8217;empire. Parmi ses décisions, il en est une qui mit particulièrement en colère les Khampas : l&#8217;interdiction aux monastères d&#8217;avoir plus de 300 moines, en particulier s&#8217;ils avaient moins de douze ans, et l&#8217;obligation de rendre ceux en trop à la vie civile. Feng Quan recourant à des troupes entrainées et habillées à l&#8217;européenne et tolérant la présence de missionnaires catholiques (ce dernier point est tout juste évoqué, lire <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2009/05/03/tibet-1846-1952-missionnaires-impossible-laurent-deshayes/">ici</a>, <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2009/07/18/john-bray-missions-catholiques-francaises-tibet-1846-1865/">là</a> et <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/06/12/john-bray-mission-chretiennes-politique-tibet-1850-1950/">là</a> pour plus de détails), les habitants en conclurent qu&#8217;eux et les institutions bouddhistes qui structuraient leur société étaient menacés par des étrangers. La situation dégénéra en mars 1905, quand des Khampas attaquèrent et incendièrent une colonie agricole chinoise (où se trouvait une église) en coinçant Feng Quan dans un bâtiment. Encerclé, celui-ci partit le lendemain non sans promettre de revenir pour exterminer les habitants. Mais il fut tué non loin. Le flou des circonstances et les informations contradictoires provoquèrent une onde de choc sans précédent. Pour les cercles officiels chinois, on avait affaire à une révolte contre l&#8217;autorité impériale, qu&#8217;il fallait réduire au plus vite. Pour les Khampas, on l&#8217;a vu, il s&#8217;agissait uniquement d&#8217;un acte de défense anticipant une menace réelle et arbitraire. Pour l&#8217;amban de Lhassa accoutumé au clergé facilement irritable et enclin à la violence quand il s&#8217;agit de défendre ses intérêts, Feng Quan avait menacé des habitants non hostiles et par ailleurs excédés par sa politique religieuse et en a payé le prix. Ceux-ci communiquent d&#8217;ailleurs leur position dans une pétition où ils affirment leur souhait de vivre en paix et en répondant dans la mesure du possible aux demandes de l&#8217;administration Feng Quan, à condition que les monastères soient épargnés. De leur point de vue, ils se sont défendus en position de légitime défense et résisteront à toute expédition punitive qu&#8217;on leur enverrait. La cour, qui se serait très bien passé de cette affaire, est contrainte de réagir sous peine de perdre le contrôle du Tibet central. Hélas, elle ne peut le faire directement et dépend totalement des autorités du Sichuan qui sont certes son bras armé, mais aussi très intéressées par la situation et des bénéfices personnels qui peuvent en découler. Les autorités provinciales vont d&#8217;ailleurs sciemment utiliser le fait que la répression leur échoit pour pousser l&#8217;empire à réduire sa pression fiscale (qui ne touche d&#8217;ailleurs pas les membres de l&#8217;élite) et éviter ainsi un important déficit aggravé par une succession de catastrophes naturelles. Quoi qu&#8217;il en soit les personnalités réformistes se sont déjà attaquées à l&#8217;armée qui est refondue : les troupes sont regroupées, réduites (de près de 80% pour certaines unités), réorganisées et formées à l&#8217;européenne. Les bataillons nouvellement formés sont postés sur les grandes étapes entre le Kham et le Tibet central, et <a href="http://lecatablog.wordpress.com/tag/zhao-erfeng/">Zhao Erfeng</a> agrandit et modernise considérablement l&#8217;arsenal de Chengdu. Mais ces réformes ne doivent pas masquer le fait que les troupes chinoises sont totalement dépendantes de la main d&#8217;œuvre khampa pour assurer son transport. Il leur faut même renoncer à leurs velléités de recourir à la corvée pour embaucher les habitants sous peine d&#8217;être cloués du coté chinois.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><iframe width="740" height="450" frameborder="0" scrolling="no" marginheight="0" marginwidth="0" src="http://maps.google.fr/maps/ms?msa=0&amp;msid=208507027718372437301.0004b6a3cde9970095be1&amp;hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;t=h&amp;vpsrc=0&amp;ll=30.401307,101.271973&amp;spn=4.083275,8.129883&amp;z=7&amp;output=embed"></iframe><br /><small><a href="http://maps.google.fr/maps/ms?msa=0&amp;msid=208507027718372437301.0004b6a3cde9970095be1&amp;hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;t=h&amp;vpsrc=0&amp;ll=30.401307,101.271973&amp;spn=4.083275,8.129883&amp;z=7&amp;source=embed" style="text-align:left">View Larger Map</a></small><p class="wp-caption-text">Répressions et expansion dans le Kham</p></div>
<p>La campagne elle-même fut très dure et une union plus importante des Khampas révoltés aurait réellement posé problème à l&#8217;empire selon l&#8217;auteur. Le monastère de Bathang est assiégé et pris, mais d&#8217;autres révoltes éclatent ailleurs, obligeant les Chinois à y intervenir avant de se concentrer sur Bathang. Une fois l&#8217;élite monastique et laïque de la ville décimée, la troupe chinoise commandée par Zhao Erfeng se rend compte que le voisinage, loin de courber l&#8217;échine, a plutôt tendance à montrer les dents. Ainsi, le prince voisin de Lithang qui avait tenté de ralentir la progression chinoise en ne fournissant pas de corvée de transport est en fait lui-même un fils illégitime de celui de Bathang, et s&#8217;enfuit en s&#8217;alliant avec son ennemi juré, le puissant monastère de Sampheling. Ce dernier est une véritable forteresse de 3 000 moines protégée par un réseau de puissants murs et de multiples tours fortifiées, une rivière et une source intérieure, et des stocks de vivres considérables. Sa situation lui a permis au cours des dernières décennies de repousser des expéditions punitives chinoises sans broncher, et de se payer le luxe d&#8217;écorcher vif un officier chinois après l&#8217;une d&#8217;entre elle pour faire de sa peau un épouvantail sans craindre de représailles. Zhao Erfeng assure à la cour qu&#8217;il est en mesure de venir à bout de sa résistance et qu&#8217;il n&#8217;est pas question de plier devant ses moines sous peine de perdre toute crédibilité. L&#8217;attaque vient donc de deux directions, puis commence un long siège de sept mois. Celui-ci est aggravé par la prise en tenaille exercée par le prince de Lithang arrivé par derrière. Les Chinois, coupés de tout et subissant de nombreuses attaques du monastère subissent vraisemblablement de très lourdes pertes mais finissent par terrasser leur adversaire grâce à la chance et à la ruse. Tout d&#8217;abord ils découvrent et coupent l&#8217;alimentation en eau du monastère pour affaiblir ses défenseurs, puis ils organisent une fausse attaque de Khampas contre leur camp. Croyant voir arriver des renforts, les moines se ruent hors des murs pour boire à la rivière, ce qui permet aux Chinois de prendre le monastère dont il ne reste que bien peu de survivants. Un autre champ de bataille s&#8217;ouvre plus à l&#8217;ouest à Tsakalo avant même la fin du siège. C&#8217;est encore un monastère, celui de Lawok, qui oblige les Chinois (ou leur permet) à intervenir. Ici, la région est riche grâce à ses salines dont les énormes revenus intéressent au plus haut point l&#8217;administration chinoise. C&#8217;est parce que les moines avaient incendié la mission catholique locale à la suite de la révolte de Bathang (dont Tsakalo dépendait) que Zhao décida de prendre le contrôle de la région. Il dépêcha des troupes afin de mettre fin à l&#8217;intense contrebande et percevoir des revenus qui lui assureraient un équilibre financier. Sans surprise, la tension monta très vite alors que les combats faisaient rage à l&#8217;est. En 1907, un contrôle nocturne dégénéra et sonna le début des hostilités. Là-encore, les troupes chinoises se retrouvèrent isolées face à un monastère fortifié, et mirent du temps à le prendre. Et quand il tomba, les Chinois se rendirent compte que ses occupants avaient pu planifier une évacuation presque complète.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Zhao_Erxun.jpg?uselang=en"><img alt="Zhao Erxun - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/96/Zhao_Erxun.jpg" title="Zhao Erxun - Wikicommons" height="370" /></a> <a href="http://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/le_christianisme_au_tibet.asp"><img alt="Les missionnaires catholiques français : le père Mussot, monseigneur Biet, les pères Desgodins et Soulié © Clio.fr" src="http://www.clio.fr/images/vignettes/PHOTOLISTE_20090717114029_tibet_ouro_preto_600_.jpg" title="Les missionnaires catholiques français : le père Mussot, monseigneur Biet, les pères Desgodins et Soulié © Clio.fr" height="370" /></a><p class="wp-caption-text">Zhao Erxun (1844-1927) - Wikicommons<br />
Les missionnaires catholiques français : le père Mussot, monseigneur Biet, les pères Desgodins et Soulié © Clio.fr</p></div>
<p>Bien que les Chinois reconnurent la grande qualité militaire des Khampas qu&#8217;ils avaient dû affronter, cette intervention marqua un changement dans leur perception du clergé bouddhiste. Alors que les premiers Qing se présentaient et agissaient en protecteurs du bouddhisme, les officiels chinois du XXe siècle manifestaient une hostilité de plus en plus ouverte envers ce clergé qui contrariait leur entreprise de développement de la région et d&#8217;intégration à l&#8217;empire. Idem pour les princes locaux qu&#8217;on commença aussi à considérer comme un obstacle à éliminer. Pourtant, le nord de la région connut une évolution légèrement différente. Après la tentative de Lu Chuanlin de renverser la famille royale par ailleurs déchirée entre deux candidats au trône, les troubles ne cessèrent pas et empirèrent. Avant et pendant le gouvernorat de Xi Liang au Sichuan, le fils ainé (légitime pour Pékin) avait déjà dû fuir deux fois à Lhassa parce que son frère cadet s&#8217;était enfui et allié à des tribus nomades du Nyarong pour le renverser. En 1908, Zhao Erfeng est à peine revenu à Chengdu qu&#8217;il demande à la cour l&#8217;autorisation d&#8217;attaquer le Nyarong. Il trouve de puissants soutiens en la personne de son frère Zhao Erxun tout juste nommé gouverneur-général du Sichuan, et de Lu Chuanlin lui-même qui siège au Grand Conseil, le principal organe de gouvernement de la cour. Toutefois la cour n&#8217;est pas pressée de devoir intervenir dans cette région et presse Zhao Erfeng de se rendre à Lhassa pour y prendre son poste d&#8217;amban. Zhao, peu motivé par la diplomatie, traine les pieds et repousse son départ jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un courrier furieux et menaçant provoque son départ précipité. La conjonction des troubles dans le Kham et de l&#8217;opposition ouverte du XIIIe Dalaï-lama à sa venue a donc poussé Zhao a mobiliser des troupes pour son déplacement (il ne mettra jamais les pieds au Tibet central et restera dans le Kham jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un remplaçant soit nommé, notamment à cause de l&#8217;opposition virulente de Lhassa à sa venue). Il passa donc par Derge, qu&#8217;il envahit dans le but de capturer le fils rebelle, non sans avertir les autorités du Nyarong de ne pas intervenir. L&#8217;hiver rallonge une campagne déjà rendue difficile par la maitrise du terrain des Khampas, et ce n&#8217;est qu&#8217;au printemps 1909 que Zhao réussit à se débarrasser de ses adversaires. Ils sont pourtant nombreux à s&#8217;être réfugié dans la province voisine du Qinghaï d&#8217;où ils peuvent continuer à harceler ses troupes. Zhao les poursuit dans demander la permission de la cour et les élimine. Zhao est désormais déterminé à intégrer Derge au Sichuan mais doit assurer sa position : face aux critiques des officiels chinois, il clame qu&#8217;il n&#8217;est intervenu que parce que les habitants lui ont demandé plusieurs fois de les débarrasser de leur roi. Pour éviter tout retour de flamme de sa hiérarchie, Zhao peut compter sur le soutien officieux de Lu Chuanlin, qui lui communique ses propres rapports pour qu&#8217;il sache comment présenter son action, ainsi que sur celui de son frère qui propose à sa place l&#8217;intégration de Derge à l&#8217;empire. La proposition finit par être approuvée par un ministre. Ces hommes sont allés à l&#8217;encontre des instructions de la cour car ils pensaient être les seuls à percevoir la nécessité d&#8217;agir ainsi dans un contexte international tendu : Lhassa risque de tomber sous l&#8217;influence étrangère, le Nyarong dépend de Lhassa, Derge est déstabilisé par un adversaire réfugié au Nyarong&#8230; Un problème purement local prend alors à leurs yeux une importance nationale, et appelle une solution rapide qui ne peut attendre l&#8217;aval de Pékin. L&#8217;année suivante les voit aller plus loin encore. En 1910, ils profitent de problèmes dynastiques dans les principautés Hor pour y intervenir, bien que la Chine ne l&#8217;ait jamais fait par le passé et n&#8217;entretenait pas de relations suivies avec elles. Deux de ces cinq principautés (Trehor, Khangsar, Beri, Driwo et Mazur) ont en effet vu leur lignée s&#8217;éteindre, ce qui suscite les appétits. Lorsque la princesse de Mazur entreprend de se rendre à Lhassa en emportant le sceau et le certificat impérial de feu son mari, Zhao est pris par surprise. Ne sachant comment réagir, il décide d&#8217;utiliser ce voyage comme prétexte pour arrêter la princesse. Dans le même temps, une autre princesse établie plus au nord lui propose sa reddition, tout comme les deux plus importants lamas de Khangsar. L&#8217;arrestation de la princesse de Mazur effraie les principautés voisines qui se soumettent alors. Paradoxalement, le royaume qui a servi de prétexte à cette politique de régularisation de la frontière, le Nyarong, en est totalement resté à l&#8217;écart. Pendant des années, la cour impériale craint qu&#8217;y intervenir déclencherait une réaction en chaine aux résultats trop négatifs pour en valoir le coup. Zhao Erfeng, son frère et leur relai Lu Chuanlin piaffent d&#8217;impatience, mais leur attente est de courte durée. Invisiblement, l&#8217;idée de reprendre le contrôle du Nyarong fait son chemin en haut lieu. On y estime que depuis les années 1860, le Tibet a largement eu le temps de se rembourser de son intervention par les prélèvements qu&#8217;il y a exercé. C&#8217;est le 12 mars 1912 que la cour ordonne la régularisation de toutes les principautés frontalières, ce qui permet enfin à Zhao d&#8217;augmenter la pression sur les représentants tibétains pour qu&#8217;ils quittent la région. Il n&#8217;est que temps car Zhao Erxun est muté en Mandchourie et lui-même est nommé gouverneur-général temporaire du Sichuan. Officiellement il est contraint de céder la place à un autre mais il s&#8217;arrange pour court-circuiter le nouveau venu en intercalant un de ses hommes, histoire d&#8217;être sûr que le travail soit fait. En mai 1911, ses menaces envers les autorités du Nyarong provoquent enfin leur départ longtemps attendu. La situation n&#8217;est pas idéale pour autant : le Sichuan est secoué par des grèves hostiles à la nationalisation du chemin de fer, et le successeur de Zhao Erfeng s&#8217;avère incapable de financer ses réformes dans le Kham, quand il arrive à les faire appliquer. </p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 650px"><a href="http://www.flickr.com/photos/medapt/2756386076/"><img alt="La plaine de Lithang vue depuis le monastère © Wen-Yang King" src="http://farm4.staticflickr.com/3116/2756386076_27da2a1a22_z.jpg?zz=1" title="La plaine de Lithang vue depuis le monastère © Wen-Yang King" width="640" height="427" /></a><p class="wp-caption-text">La plaine de Lithang vue depuis le monastère © Wen-Yang King</p></div>
<p>L&#8217;auteur voit trois points communs aux menées chinoises dans la région : on donne à une question de sécurité locale une importance nationale qu&#8217;elle n&#8217;a pas forcément ; on justifie l&#8217;intervention / répression par l&#8217;obligation morale d&#8217;éliminer des pouvoirs rebelles et nuisibles à leurs populations, bref on défend l&#8217;intérêt de l&#8217;État ; surtout, on agit au départ sans faire très attention au volet économique et aux financements. Sur le plan concret, le renforcement de la présence chinoise est assez relatif et varie selon les domaines mais doit beaucoup aux marchands chinois tibétanisés qui facilitent grandement ces entreprises. En ce qui concerne l&#8217;administration, la politique est d&#8217;éradiquer les monastères et princes qui se sont dressés contre la Chine. Il n&#8217;est pourtant pas question de détruire le clergé, mais seulement ne réduire progressivement son influence sur la société en le privant de ses privilèges fiscaux et de ses pouvoirs judiciaires. Ce sont les notables locaux qui tirent leurs épingles du jeu en étant promus relais du pouvoir provincial, sans avoir à en subir la tutelle trop lourde. Idem au niveau juridique : la Chine entend appliquer au Kham les mêmes lois qu&#8217;ailleurs, mais avec des modalités d&#8217;application différentes. Compte tenu de la géographie difficile, un système est organisé permettant de planifier les déplacements des différentes parties avec des amendes en cas de non présentation au tribunal. Les bénéficiaires des réformes sont ici les femmes de toutes conditions qui sont favorablement protégées des agressions (les peines pour adultère ou viol sont plus sévère qu&#8217;en Chine ou que dans l&#8217;ancien système mais moins qu&#8217;au Tibet central). Enfin, le banditisme, le meurtre et le vol sont sévèrement punis afin de mettre un terme à la violence endémique. Là encore, les résultats ne sont pas forcément au rendez-vous car les Khampas se méfient du système chinois. Étant donnée la très mauvaise passe dans laquelle se trouve le Sichuan au début du XXe siècle, Zhao Erfeng fut contraint de chercher l&#8217;auto-financement en se reposant sur des tentatives de réformes économiques : propriété foncière, corvée de transport, commerce du thé et de sel et collecte d&#8217;impôts. La réforme foncière consista essentiellement en un mouvement de récupération des terres qui fut facilité là où princes et monastères furent écrasés et qui allégea un peu la vie des tenanciers sans pour autant les rendre indépendants. La corvée fut standardisée, payée et très codifiée, permettant ainsi aux Khampas d&#8217;échapper aux abus de leurs maîtres, mais elle suscita une concurrence nouvelle entre eux. Le commerce du thé chinois, lui, perdait depuis des années des parts de marché au profit du thé indien bénéficiant de la mécanisation et de frais de transport moindre. L&#8217;empire poussa donc les compagnies chinoises à se regrouper et à se moderniser dans une société unique, mais elle ne tint pas le choc. Le commerce du sel n&#8217;avait pas les mêmes problèmes et n&#8217;intéressait les autorités qu&#8217;à cause des importants revenus qu&#8217;il leur apporterait. La guerre et des désastres naturels obligèrent Zhao Erfeng à confier les salines de Tsakalo confiée à un entrepreneur chinois. Mais les producteurs ne pouvant plus vendre à titre privé restèrent méfiants envers cette nouveauté qui fut interrompue par la révolution. Enfin, et parallèlement à ces réformes, Zhao Erfeng tenta d&#8217;introduire des nouveautés dans le Kham, là encore avec des résultats mitigés. Pour accompagner le mouvement de récupération des terres, de nombreuses enquêtes furent menées pour déterminer la quantité de terres disponibles en vue de créer des colonies agricoles censées remplacer à terme les convois de ravitaillement du Sichuan. Hélas pour Zhao, ces tentatives eurent peu de succès en raison de l&#8217;environnement hostile repoussant les paysans chinois. Ceux qui acceptèrent de venir étaient pour la plupart des pauvres et marginaux sans aucune connaissance agricole. La deuxième nouveauté fut la tentative de récupération des mines locales. Zhao Erfeng en fut pour ses frais : les Khampas verrouillèrent totalement l&#8217;accès aux mines, souvent de très petites tailles et gérées en famille. Là encore, une source de revenus lui échappa. Une tentative de développement industriel se concrétisa par la création d&#8217;une tannerie destinée à produire sur place l&#8217;équipement militaire qui faisait tant défaut, mais les jeunes Tibétains partis (de mauvaise grâce) au Sichuan pour être formés moururent à cause du climat ou durent être rapatriés pour cause de maladie, si bien que la production était estimée très médiocre. Enfin, la grande innovation de Zhao fut l&#8217;éducation : il s&#8217;agissait d&#8217;étendre l&#8217;influence chinoise en inculquant à grande échelle la langue et l&#8217;écriture chinoise. Le résultat espéré était de constituer une génération de Khampas sinophones grâce à qui les projets chinois pourraient enfin prendre leur plein essor. En 1911, année de la révolution, le budget éducatif couvrait les dépenses de plus de 200 écoles. Leur qualité était toutefois très irrégulière étant donné le manque d&#8217;enseignants disponible, qui obligea d&#8217;ailleurs Zhao à confier les écoles aux Chinois installés dans la région. Pour compléter ce projet, dès 1905 une école de tibétain pour les professionnels appelés à y servir a été créée à Chengdu, mais seule une minorité de ses étudiants se rendirent réellement dans le Kham.</p>
<p>Au final, l&#8217;œuvre chinoise dans le Kham, dont Zhao Erfeng fut le plus zélé promoteur, était pour l&#8217;auteur une entreprise coloniale tout à fait identique à celles que menaient les autres pays. Comme dans les autres provinces frontières, les fonctionnaires agitèrent le spectre de l&#8217;Étranger pour mieux faire prévaloir leurs projets. À la différence des interventions plus anciennes, celle-ci fut plus intense, plus déterminée et a laissé plus de traces en Chine et (mais dans une moindre mesure) au Tibet central : la nécessité de recourir massivement à la force pour contrôler la région, une volonté de contrôle direct reprise par la république, une volonté d&#8217;alignement culturel sur le reste du pays.</p>
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			<media:title type="html">Rincevent</media:title>
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			<media:title type="html">Le roi de Derge entouré de ses épouses et de servantes © National geographic</media:title>
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			<media:title type="html">Zhao Erxun - Wikicommons</media:title>
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			<media:title type="html">Les missionnaires catholiques français : le père Mussot, monseigneur Biet, les pères Desgodins et Soulié © Clio.fr</media:title>
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			<media:title type="html">La plaine de Lithang vue depuis le monastère © Wen-Yang King</media:title>
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		<title>Petites stats annuelles (2007-2011)</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Jan 2012 09:52:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Juste un petit billet comme ça. Je me suis rendu compte que WordPress ne donnait pas de stats par années, donc je les ai fait en cumulant les stats de mon précédent blog avec celles-ci. C&#8217;est rigolo comme les mois de mars, mai et la fin d&#8217;année sont marqués. Ça m&#8217;a quand même fait drôle [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3212&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Juste un petit billet comme ça. Je me suis rendu compte que WordPress ne donnait pas de stats par années, donc je les ai fait en cumulant les stats de mon précédent blog avec celles-ci. C&#8217;est rigolo comme les mois de mars, mai et la fin d&#8217;année sont marqués. Ça m&#8217;a quand même fait drôle de voir que je dépassais les 1000 visites par mois. Je me demande si la purge du blog des vieux billets sur la bibliothèque ou la bd a probablement favorisé le référencement des autres billets. Enfin bref, c&#8217;était juste pour dire rien du tout, vous pouvez vous précipiter sur la bouffe. Bon appétit et bonne année 2012.<span id="more-3212"></span></p>
<div id="attachment_3213" class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://lecatablog.wordpress.com/2012/01/01/petites-stats-annuelles-2007-2011/stats-blog/" rel="attachment wp-att-3213"><img src="http://lecatablog.files.wordpress.com/2012/01/stats-blog.png?w=750&#038;h=313" alt="Stats du blog par année (2007-2011)" title="Stats du blog par année (2007-2011)" width="750" height="313" class="size-full wp-image-3213" /></a><p class="wp-caption-text">Stats du blog par année (2007-2011)</p></div>
<br />Classé dans:<a href='http://lecatablog.wordpress.com/category/le-blog/'>Le blog</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lecatablog.wordpress.com/3212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lecatablog.wordpress.com/3212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lecatablog.wordpress.com/3212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lecatablog.wordpress.com/3212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lecatablog.wordpress.com/3212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lecatablog.wordpress.com/3212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lecatablog.wordpress.com/3212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lecatablog.wordpress.com/3212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lecatablog.wordpress.com/3212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lecatablog.wordpress.com/3212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lecatablog.wordpress.com/3212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lecatablog.wordpress.com/3212/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lecatablog.wordpress.com/3212/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lecatablog.wordpress.com/3212/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3212&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Stats du blog par année (2007-2011)</media:title>
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		<title>Une histoire de Jérusalem (1850-1967) / Catherine Nicault</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Dec 2011 23:02:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Changeons encore une fois d&#8217;horizons pour rejoindre ceux du Levant, et plus particulièrement ceux d&#8217;un petit village qui résiste encore et toujours à l&#8217;athéisme. Une histoire de Jérusalem (1850-1967) de Catherine Nicault est paru en 2008 aux éditions du CNRS. Un défi pour moi qui ai si peu d&#8217;atomes crochus avec la religion. Les dates [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3163&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Changeons encore une fois d&#8217;horizons pour rejoindre ceux du Levant, et plus particulièrement ceux d&#8217;un petit village qui résiste encore et toujours à l&#8217;athéisme. Une histoire de Jérusalem (1850-1967) de Catherine Nicault est paru en 2008 aux éditions du CNRS. Un défi pour moi qui ai si peu d&#8217;atomes crochus avec la religion.<span id="more-3163"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 209px"><img alt="Une histoire de Jérusalem (1850-1967) / Catherine Nicault" src="http://myboox.f6m.fr/images/livres/reference/0001/29/une-histoire-de-jerusalem-1850-1967-catherine-nicault-9782271066572.gif" title="Une histoire de Jérusalem (1850-1967) / Catherine Nicault" width="199" height="307" /><p class="wp-caption-text">Une histoire de Jérusalem (1850-1967) / Catherine Nicault</p></div>
<p>Les dates limites que l&#8217;auteur a retenu sont de sont aveu même, assez arbitraires. 1850 parce qu&#8217;elle ne se considérait pas assez compétente pour les périodes plus lointaines, et 1967 parce que les treize années qui ont suivi la déclaration d&#8217;indépendance sont semble-t-il passablement peu documentées. Mme Nicault nous dresse un portrait intéressant de la ville trois fois sainte. Au XIXe siècle, Jérusalem n&#8217;est qu&#8217;une petite bourgade endormie de l&#8217;empire ottoman de 15 000 habitants, dont le statut de ville trois fois sainte est quelque peu émoussé : elle n&#8217;occupe que la troisième place pour les Musulmans ; les catholiques n&#8217;y viennent plus depuis les croisades même si la fin de la piraterie en Méditerranée et le renouveau chrétien post-révolutionnaire leur permet de s&#8217;y précipiter dans l&#8217;espoir d&#8217;y voir une ville plus fantasmée que réelle, alors que les orthodoxes et autres églises orientales y sont bien ancrées et que les protestants ne s&#8217;y intéressent que tardivement ; les juifs y font leur pèlerinage et certains commencent à s&#8217;y installer définitivement, profitant de la tolérance ottomane et des subsides versés par leurs communautés d&#8217;origine. La ville est soumise à une administration indirecte, l&#8217;empire délégant la collecte des impôts à l&#8217;aristocratie arabe de la ville. Celle-ci, dont le pouvoir repose sur ses propriétés agricoles voisines, domine les minorités chrétiennes et juives. Les diverses communautés tiennent tant bien que mal dans l&#8217;espace réduit de la vieille ville qui se protège encore des menaces extérieures par les murailles que Soliman avait fait dressé. La ville est en effet parfois attaquée par les tribus bédouines ou par des bandes de brigands, et se protège en fermant les quatre portes encore en fonction (une dizaine au total, mais presque toutes sont condamnées). Au sein de la ville, ce sont les chrétiens orthodoxes et arméniens et les juifs séfarades qui dominent les communautés respectives et vivent globalement en bonne entente avec l&#8217;élite musulmane malgré leur statut légal inférieur. Les catholiques ne peuvent que constater que leurs rivaux ne leurs laissent peu ou pas de place en ville. Chez les juifs, c&#8217;est le même phénomène car les askénazes qui viennent progressivement s&#8217;installer refusent de se plier à l&#8217;autorité du grand rabbin séfarade. Jérusalem commence à avoir une importance politique considérable avec le déclin de l&#8217;empire ottoman, qui attise les convoitises occidentales. Ainsi, la Russie se sert d&#8217;un banal conflit entre desservants catholiques et orthodoxes à Bethleem pour exiger d&#8217;Istanbul, entre autres choses, la protection de tous les chrétiens. Hors la France est déjà protectrice des catholiques depuis la signature des Capitulations. Cette affaire provoque la guerre de Crimée, perdue par la Russie, mais accélère aussi un mouvement d&#8217;occupation diplomatique du terrain : depuis les années 1830, Jérusalem se couvre de consulats européens chargés de défendre les intérêts de leurs ressortissants et protégés, dont le nombre augmente en conséquence (traducteurs et assistants divers rejoignant les communautés chrétiennes que se disputent les puissances). Par contrecoup, l&#8217;empire ottoman se voit obligé de suivre le mouvement et nomme des fonctionnaires de haut rang tout en modifiant et renforçant la trame administrative lâche qui prévalait. Jérusalem finit par constituer un district spécial ne relevant que d&#8217;Istanbul. L&#8217;irruption des Européens a diverses conséquences sur la ville : tout d&#8217;abord une extraordinaire flambée immobilière qui les oblige à acheter (via des prête-noms, chrétiens et juifs ne pouvant être propriétaires fonciers) à l&#8217;extérieur des murailles, puis une compétition internationale qui fait pousser comme des champignons les établissements de prestige, qu&#8217;ils soient à usage religieux, diplomatique, ou civil (chaque pays tente de faire bâtir un village pour héberger ses ressortissants). Cela ne va pas sans problème, notamment en raison de l&#8217;alimentation en eau qui ne suit qu&#8217;avec de grandes difficultés, quand elle suit. Il n&#8217;empêche que Jérusalem atteint ainsi les 80 000 habitants avant la Première Guerre mondiale. La mortalité y est pourtant effarante malgré les nombreux établissements médicaux ouverts à tous, ce qui n&#8217;empêche pas les juifs de devenir dominants dès le milieu du siècle. Les autorités y sont d&#8217;autant plus hostiles que les nouveaux venus refusent d&#8217;abandonner leurs citoyennetés d&#8217;origine pour ne pas payer d&#8217;impôts et ne pas être soumis à la conscription. La communauté se fractionne en sous-ensembles ethno-religieux, les <em>kolelim</em>, toujours plus nombreux, parfois définis par la ville d&#8217;origine ! Ces groupes n&#8217;obéissent à aucune autorité supérieure et se livrent parfois des guerres larvées. Les juifs sont aussi ceux qui mettent le plus de temps à s&#8217;installer hors les murs, les plus conservateurs refusant de quitter le vieux quartier communautaire. Pourtant neuf quartiers juifs extramuros existent déjà. L&#8217;aristocratie musulmane suit le mouvement, bénéficiant déjà de ses domaines agricoles voisins et se construisant des quartiers huppés.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 606px"><a href="http://www.bu.edu/mzank/Michael_Zank/Jerusalem/"><img alt="Plan de la vieille ville © Encyclopædia Britannica (Boston University)" src="http://www.bu.edu/mzank/Michael_Zank/Jerusalem/35.gif" title="Plan de la vieille ville © Encyclopædia Britannica (Boston University)" width="596" height="573" /></a><p class="wp-caption-text">Plan de la vieille ville © Encyclopædia Britannica (Boston University)</p></div>
<p>Pour accompagner cet essor démographique, Jérusalem est contrainte de s&#8217;adapter quelque peu : plusieurs portes sont rouvertes (ou créée pour l&#8217;une d&#8217;entre elle), le réseau d&#8217;alimentation en eau connait quelques tentatives de remise en état, on restaure les grands bâtiments, on créée un corps de pompiers ou des transports en commun. La ville reste malgré tout désespérément dense, sale et sujette aux épidémies au point que les Occidentaux sont les premiers à encourager les mesures sanitaires comme l&#8217;éloignement d&#8217;un abattoir laissant ses carcasses à proximité des habitations. De même, le statut officieux de capitale régionale se traduit par la transformation de certains consulats en consulats-généraux (dépendant directement de leur ministère des affaires étrangères, et non de l&#8217;ambassade en titre) et par une expansion de l&#8217;aristocratie arabe qui profite de l&#8217;amélioration des communications et de l&#8217;administration ottomane pour étendre son influence dans le terroir voisin tout en se faisant auxiliaire du pouvoir, en y gagnant une précieuse expérience. La ville est par exemple dotée d&#8217;une municipalité en 1866 qui s&#8217;efforce de redonner un peu de lustre à la ville et fait par exemple installer une horloge sur les murailles de la ville. Les routes sont progressivement améliorée et une petite voie de chemin de fer relie Jérusalem à son port Jaffa, stimulant ainsi le tourisme. Économiquement, la ville est un nain qui ne vit que de la présence des consulats, de l&#8217;activité religieuse ou touristique et de l&#8217;artisanat qui l&#8217;alimente. Cette fragilité provoque de nombreuses banqueroutes, et les établissements financiers sont peu nombreux en raison de la faiblesse du marché local. La situation culturelle est un peu meilleure : à coté des innombrables écoles confessionnelles (par exemple les ashkénazes ne fréquentent pas les écoles sionistes hébraïsantes ni les écoles séfarades et réciproquement, les uns et les autres rejetant les écoles financées par les communautés juives étrangères de langues occidentales), quelques écoles d&#8217;élite réussissent à s&#8217;installer, et plusieurs petits musées et bibliothèques existent, tout comme une activité de presse embryonnaire. </p>
<p>La Première Guerre mondiale vient interrompre tout ceci. Dès le début de la guerre, les ressortissants des pays alliés sont expulsés, en premier lieu les très nombreux askénazes d&#8217;origine russe ou polonaise. L&#8217;activité économique de la ville s&#8217;effondre en conséquence, le seul pays à maintenir un consulat en 1917 en dehors des puissances centrales étant l&#8217;Espagne qui se retrouve à gérer les intérêts de tous les autres. La Grande-Bretagne entre en Palestine en 1917 pour diverses raisons : pour éloigner les Turcs du canal de Suez, pour continuer sur la lancée de la révolte arabe initiée par le colonel Lawrence, bref pour pousser la Turquie à la défaite. Dès le début, les autorités politiques britanniques adoptent une attitude ambivalente sur l&#8217;avenir de la région : certes elles ont publié la déclaration Balfour appelant la création d&#8217;un foyer national juif en Palestine (mais ne devant pas nuire aux droits civils et religieux des communautés locales), certes l&#8217;élite de l&#8217;empire vibre à la mémoire des croisades et d&#8217;une terre sainte fantasmée, mais les services de propagande font très attention de ne pas donner aux populations musulmanes de l&#8217;empire l&#8217;impression qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une guerre sainte contre l&#8217;islam. On préfère mettre en avant l&#8217;idéologie impériale qui respecte toutes les religions. C&#8217;est qu&#8217;il ne faudrait pas que les musulmans des troupes indiennes se révoltent. Qui plus est, la troupe britannique se montre peu ou pas intéressée par le lyrisme chrétien. En face, les troupes turques ont l&#8217;ordre de ne pas défendre Jérusalem tant la ville n&#8217;offre aucun intérêt stratégique et surtout car les Allemands ne veulent pas être jugés responsables si la ville sainte venait à être détruite. Détail surprenant, on apprend que le sinistre Rudolf Höss, futur patron des camps de la mort, fut stationné en ville à cette période. La prise de la ville revêt pourtant une grande importance symbolique, notamment car il ne faudrait que la France laïque puisse l&#8217;administrer (Paris a lourdement insisté pour adjoindre un détachement symbolique, tout comme Rome qui entend ne pas se laisser distancer). En octobre-novembre 1917, l&#8217;armée britannique et l&#8217;armée arabe remontent donc vers Jérusalem le plus vite possible pour ne pas laisser le temps à leurs adversaires de se réorganiser, voire même tenter de les encercler. Cette manœuvre échoue, les Turcs décampant à temps, et le général Allenby se retrouve avec une ville à disposition, qu&#8217;il investit le 11 décembre après que les notables sont venus lui offrir les clés de la ville. Le vainqueur prend particulièrement soin d&#8217;éviter tout ce qui pourrait rappeler les croisades mais ne se prive pas de montrer aux habitants toute la puissance militaire de l&#8217;empire. Allenby ne s&#8217;attarde pas sur place et reprend aussitôt la direction de son campement militaire. La ville s&#8217;accommode très bien de ce changement de pouvoir tant les Turcs étaient devenus de plus en plus obsédés par la peur que l&#8217;une ou l&#8217;autre des communautés n&#8217;espionne pour le compte de l&#8217;ennemi. Allenby ayant fait proclamer en plusieurs langues qu&#8217;il maintient les droits préexistants, c&#8217;est le soulagement qui prévaut.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1850-1860.jpg"><img alt="Jérusalem dans les années 1850 © Martin Gilbert (Boston University)" src="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1850-1860.jpg" title="Jérusalem dans les années 1850 © Martin Gilbert (Boston University)" width="245" /> <a href="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1860-1870.jpg"><img alt="Jérusalem dans les années 1860 © Martin Gilbert (Boston University)" src="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1860-1870.jpg" title="Jérusalem dans les années 1860 © Martin Gilbert (Boston University)" width="245" /></a> <a href="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1880-1890.jpg"><img alt="Jérusalem dans les années 1880 © Martin Gilbert (Boston University)" src="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1880-1890.jpg" title="Jérusalem dans les années 1880 © Martin Gilbert (Boston University)" width="245" /></a><p class="wp-caption-text">Expansion de Jérusalem (1850-1890) © Martin Gilbert (Boston University)</p></div>
<p>Les territoires occupés sont administrés par la Grande-Bretagne qui se défend de vouloir se les accaparer après-guerre. Paris et Rome ne sont pourtant pas dupes comme en témoigne la présence de François Georges-Picot, haut-commissaire français décidé à défendre coûte que coûte les intérêts de son pays. France et Italie en seront pourtant réduits à se battre pour préserver les dernières miettes de privilèges. Avant même la fin de la guerre, la ville est confiée à Ronald Storrs, nouveau gouverneur militaire. Storrs adopte une attitude neutre et s&#8217;installe dans les bâtiments austro-allemands. Il s&#8217;efforce tout d&#8217;abord de ravitailler la ville en faisant réparer ou élargir les voies de communications, tente de remettre en route les services publics, d&#8217;introduire un minimum d&#8217;hygiène en ville. Il adopte aussi un parti-pris orientalisant et antiquisant selon lequel les bâtiments ne doivent pas dépareiller : interdiction est faite de détruire, construire ou rénover quelque bâtiment que ce soit sans l&#8217;accord de son administration. Décision d&#8217;autant plus difficile que les Turcs sont partis en emmenant le cadastre avec eux. Storrs fait quand même réparer les bâtiments historiques, les seuls ayant de la valeur à ses yeux, non sans commettre quelques bourdes : il fait ainsi démanteler l&#8217;horloge d&#8217;Abdul Hamid qui faisait la fierté des habitants parce qu&#8217;elle ne faisait pas assez authentique. Mais ses ambitions sont vite limitées par un problème crucial : Londres ne financera que l&#8217;administration nécessaire au maintien de l&#8217;ordre. Tous les investissements devront être financés par l&#8217;économie locale, ce qui n&#8217;est pas un mince problème. Les années 1920 sont une période de bonne entente et de cohabitation facile entre les communautés et l&#8217;administration britannique, en bonne partie parce ces derniers minimisent les perspectives du foyer national juif censé selon eux mettre la communauté sur un pied d&#8217;égalité avec ses voisins. Pourtant, les sionistes (par ailleurs peu intéressés par cette ville ultra-orthodoxe en raison de leur laïcisme) peuvent désormais compter sur des institutions solides et reconnues par les Britanniques, et jouissant qui plus est d&#8217;un avantage certain en ayant la possibilité de collecter des impôts. Pourtant, les relations avec la puissance coloniale se tendent inexorablement en raison de l&#8217;incompréhension qui est née au sujet de l&#8217;avenir du pays puisque les sionistes entendent bien se rapprocher de plus en plus de l&#8217;indépendance et prennent tout refus pour une manifestation d&#8217;antisémitisme. De leur coté les musulmans marquent leur distance quand ils voient que le royaume arabe qu&#8217;ils appellent de leur vœu ne naîtra pas et que l&#8217;influence sioniste s&#8217;étend de plus en plus. Pour tenter de créer un esprit national commun aux deux parties, Londres avait nommé Herbert Samuel haut-commissaire. Juif et sioniste, Samuel est avant tout un fonctionnaire britannique qui s&#8217;efforce de ménager la chèvre et le chou. Si les institutions juives fonctionnent très bien et sont encouragées, les institutions musulmanes demeurent monopolisées par l&#8217;aristocratie qui n&#8217;a aucune envie de voir ses ouailles goûter à la démocratie. Samuel agace vite les deux camps qui l&#8217;accusent de partialité mais le supportent tant bien que mal tout en se renforçant discrètement. Jérusalem n&#8217;a alors pas retrouvé sa population d&#8217;avant-guerre : les juifs qui l&#8217;ont quitté ne sont pas tous revenus, et ceux qui arrivent dans le pays malgré les limitations s&#8217;installent plutôt à Tel-Aviv, ce qui permet aux chrétiens et musulmans arabes de combler un peu l&#8217;écart. Pendant ces années, Jérusalem connait un boom de la construction : les nouveaux quartiers fleurissent, de nouvelles artères sont tracées, on commence à électrifier, on soigne l&#8217;allure générale de la ville.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1890-1900.jpg"><img alt="Jérusalem dans les années 1890 © Martin Gilbert (Boston University)" src="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1890-1900.jpg" title="Jérusalem dans les années 1890 © Martin Gilbert (Boston University)" width="245" /> <a href="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1900-1914.jpg"><img alt="Jérusalem avant la Première Guerre mondiale © Martin Gilbert (Boston University)" src="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1900-1914.jpg" title="Jérusalem avant la Première Guerre mondiale © Martin Gilbert (Boston University)" width="245" /></a> <a href="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1922-1948.jpg"><img alt="Jérusalem entre 1922 et 1948 © Martin Gilbert (Boston University)" src="http://www.bu.edu/mzank/Jerusalem/mp/periodic/1922-1948.jpg" title="Jérusalem entre 1922 et 1948 © Martin Gilbert (Boston University)" width="245" /></a><p class="wp-caption-text">Expansion de Jérusalem (1890-1948) © Martin Gilbert (Boston University)</p></div>
<p>À partir de 1928, les relations intercommunautaires se tendent inexorablement. Cette année là, un conflit oppose musulmans et juifs au sujet d&#8217;un rideau séparant hommes et femmes devant le mur des lamentations, ce qui viole le statu quo en vigueur. Malgré l&#8217;intervention rapide des Britanniques et les appels au calme de personnalités des deux bords, la tension monte et débouche sur une vague d&#8217;émeutes qui fait plus de 200 morts. Les conclusions de la commission d&#8217;enquête ne satisfont personne : les musulmans parce qu&#8217;on reconnait aux juifs un droit d&#8217;accès au mur, les juifs parce qu&#8217;ils ont connut des arrestations. Le grand mufti de Jérusalem ne cesse alors d&#8217;attiser les cendres dans l&#8217;espoir de prendre la tête d&#8217;une Palestine arabe. Désormais, les deux camps s&#8217;évitent. L&#8217;afflux brutal de juifs allemands ou polonais au début des années 1930 ne fait qu&#8217;envenimer la situation. De nouvelles grèves et émeutes sanglantes secouent le pays, poussant les Britanniques à proposer un plan de paix divisant la Palestine en deux États. Refus absolu des Arabes, le grand mufti s&#8217;exilant au Liban et prenant contact avec les régimes fascistes. La violence et l&#8217;agitation persiste jusqu&#8217;en 1939, la guerre ramenant paradoxalement le calme. Les juifs réclament ardemment de pouvoir combattre aux cotés des alliés, les Arabes restent dans l&#8217;expectative. Dès la fin de la guerre, la violence reprend, encore plus intense qu&#8217;avant. Les juifs ne tolèrent pas les limitations de l&#8217;immigration après la découverte de la shoah, les musulmans sont furieux de ce qu&#8217;ils estiment être un abandon de la part de la Grande-Bretagne. Dès lors les deux camps vont commencer à utiliser le terrorisme contre l&#8217;autre, et surtout contre l&#8217;occupant. Comprenant qu&#8217;ils ne peuvent de toute façon plus rien arrêter, les Britanniques évacuent la Palestine dans l&#8217;espoir que l&#8217;ONU saura y mettre bon terme. Le jour même où les derniers soldats quittent la ville commence la guerre civile. La ville connait d&#8217;intenses combats et de nombreuses atrocités de chaque coté, les quartiers mixtes ou isolés étant progressivement évacués. Les tractations entre Israël et le roi de Jordanie permettent d&#8217;établir un certain nombre de points sur lequel les belligérants peuvent s&#8217;entendre : les Jordaniens n&#8217;ont aucune envie de voir une Palestine arabe indépendante qui les couperaient de terres plus riches et d&#8217;un accès à la mer, Israël saurait s&#8217;accommoder de la perte de Jérusalem est, les deux pays refusent d&#8217;internationaliser le conflit de peur que toute la ville leur échappe. Un accord est passé et la carte, imprécise voire raturée, devient la séparation de facto entre les deux pays jusqu&#8217;en 1967. Si la Jordanie participe à la première guerre israélo-arabe, elle cesse le combat dès qu&#8217;elle s&#8217;est assuré le contrôle de la Cisjordanie. Jérusalem est alors coupée en deux par un no man&#8217;s land qui est d&#8217;ailleurs l&#8217;objet de désaccords et d&#8217;accidents, mais que personne ne remet en cause. Les deux anciens ennemis se sont entendus pour imposer la situation à la communauté internationale et plus particulièrement à leurs voisins. L&#8217;ONU a beau préparer la neutralisation de Jérusalem, les jeux sont faits, quoi qu&#8217;en pensent les pays étrangers qui refusent d&#8217;installer leurs ambassades à Jérusalem et maintiennent même les anciens consulats. Coté jordanien, on cherche à assimiler les Palestiniens et à éliminer toute trace des juifs dont le vieux quartier est rasé, dont les cimetières sont vandalisés et à qui l&#8217;accès au mur des lamentations est interdit. Le roi Abdallah ne semble pas porter particulièrement la ville dans son cœur, et la réciproque est vraie tant les nationalistes palestiniens lui en veulent d&#8217;avoir agrandi son royaume à leurs dépends. Certains collaboreront en pensant qu&#8217;il ne s&#8217;agit que d&#8217;un épisode qui prendra bientôt fin, d&#8217;autres refuseront tout net. La Jordanie s&#8217;efforce d&#8217;entraver le développement économique et politique de Jérusalem afin que ses élites viennent plutôt s&#8217;installer dans sa capitale Amman : à tous les égards, Jérusalem-Est est une ville de pays pauvre quand sa partie ouest vit infiniment mieux alors qu&#8217;elle n&#8217;est même pas la ville israélienne la plus riche. Pour les habitants, l&#8217;intermède 1948-1967 est presque un retour à la torpeur ottomane : Jérusalem est un petit patelin médiéval isolé d&#8217;où les juifs sont absents. De l&#8217;autre coté de la frontière, Israël construit rapidement et de plus en plus à l&#8217;ouest pour pouvoir absorber l&#8217;immigration. Le centre finit par devenir une périphérie désertée et délabrée, et la cohabitation entre orthodoxes et laïcs devient de plus tendue. De plus, Jérusalem dépend économiquement presque exclusivement du secteur public. Le 5 juin 1967, la Jordanie rompt le statu quo en attaquant Israël, ce qui permet à son adversaire de prendre le contrôle de toute la ville alors que tous ses dirigeants pensaient qu&#8217;il ne vaudrait mieux pas garder ce territoire.</p>
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		<title>Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours / Christophe de Voogd</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Dec 2011 15:38:41 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est assez étrange&#8230; Dès que je vois un bouquin sur un pays pas connu j&#8217;ai envie de le lire. Et inversement, l&#8217;histoire de nos voisins m&#8217;a toujours assez peu motivé. Trop proche, peut-être ? Je me suis quand même poussé à prendre Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours de Christophe de Voogd, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3123&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est assez étrange&#8230; Dès que je vois un bouquin sur un pays pas connu j&#8217;ai envie de le lire. Et inversement, l&#8217;histoire de nos voisins m&#8217;a toujours assez peu motivé. Trop proche, peut-être ? Je me suis quand même poussé à prendre <em>Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours</em> de Christophe de Voogd, publié en 2003 chez Fayard. Ce pays que je percevais comme un peu plan-plan allait-il me passionner ?<span id="more-3123"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 185px"><img alt="Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours / Christophe de Voogd" src="http://www.images-chapitre.com/ima0/newbig/043/973043_5147494.jpg" title="Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours / Christophe de Voogd" width="175" height="278" /><p class="wp-caption-text">Histoire des Pays-Bas : des origines à nos jours / Christophe de Voogd</p></div>
<p>La réponse est non. Mais ça veut rien dire, je suis pas très passionnel comme individu. Quoi qu&#8217;il en soit j&#8217;ai assez apprécié ce livre et sa manière de présenter la manière d&#8217;être de ces charmants Bataves qui me plait assez. Si je voulais vraiment pinailler je dirais qu&#8217;il manque un glossaire des termes néerlandais, mais ceux-ci sont finalement assez rares (ou en tous cas très discrets). Par contre, comme dans tous les bouquins qui parlent du XXe siècle, on se perd dans les acronymes des partis politiques. Une petite liste en fin d&#8217;ouvrages aurait pu éviter de devoir rechercher la première apparition des uns et des autres pour savoir de qui on parle. <em>Oost, West, thuis best !</em> disent donc les Néerlandais. Ce proverbe est forgé pour moi ! Il faut dire qu&#8217;à force d&#8217;être envahi par toutes les armées du continent, on finit vite par apprécier son indépendance. Du passé lointain, on n&#8217;apprend pas grand chose en raison de la rareté des sources écrites contemporaines. C&#8217;est que les Romains ne mentionnent la région que par bribes incertaines. Les Bataves que l&#8217;on retient aujourd&#8217;hui ne sont qu&#8217;une des tribus d&#8217;origine germanique peuplant la région, tribu qui s&#8217;allie plus ou moins de bon cœur avec Rome pour contenir ses voisins moins bien disposés. Avec le reflux de l&#8217;empire, la région retourne dans l&#8217;obscurité et n&#8217;en sort que lorsque les Francs puis les Carolingiens reprennent le pays et le christianisent. À la différence de ce qui deviendra la France, la région connait moins de grands seigneurs féodaux en raison de l&#8217;influence du Saint-Empire germanique soutenant les évêques d&#8217;Utrecht. Les villes obtiennent tôt des franchises qui leur garantissent une grande liberté de mouvement. Des seigneurs puissants, et non des moindre, existent pourtant puisque les ducs de Bourgogne mettent vite la main sur la région et tentent d&#8217;uniformiser leurs possessions tout en respectant leurs particularités. L&#8217;exceptionnelle prospérité de ce pays maritime lui assura vite une place de choix parmi les possessions ducales. Si Charles Quint s&#8217;occupa bien de ses terres, sa destinée européenne l&#8217;en éloigna physiquement et moralement puisque ses intérêts dynastiques guerriers passaient avant les intérêts commerciaux des Pays-Bas ayant besoin de paix. Le souverain avait quand même pour lui le fait de calmer les esprits en matière religieuse, ce dont son très catholique successeur, Philippe II, ne put se vanter. Pour faire face à cette menace, les Néerlandais peuvent compter sur le prince d&#8217;Orange, Guillaume de Nassau. Né dans une seigneurie allemande protestante, il se retrouve héritier du dernier prince (catholique) d&#8217;Orange qui lui transmet son fief du sud de la France (<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Principaut%C3%A9_d%27Orange">non sans provoquer une querelle de succession</a>). En raison de son importance nouvelle, Charles Quint le fit éduquer comme un catholique francophone aux Pays-Bas. Devenu adulte, Guillaume prendra la tête de la noblesse des Pays-Bas pour tenir tête à Philippe II et utilisera sa souveraineté sur Orange pour éviter les accusations de révolte (il n&#8217;est pas un noble révolté contre son maître, mais un prince défendant ses biens aux Pays-Bas !). Pendant près de 80 ans, les Pays-Bas vont connaitre une série d&#8217;événements semblables à la guerre de cent ans : l&#8217;Espagne de Philippe tente d&#8217;imposer sa volonté et la contre-réforme, Guillaume mobilise ses troupes, se fait (généralement) battre et doit s&#8217;exiler avant de revenir dès que la situation devient favorable. Les deux ennemis, à bout de souffle, finissent par faire preuve de pragmatisme : que les successeurs de Guillaume d&#8217;Orange gardent les Pays-Bas s&#8217;ils le souhaitent, l&#8217;Espagne n&#8217;a pas les moyens de les leurs reprendre mais ne renonce pas à ses prétentions et conserve la Belgique catholique.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/74/The_Low_Countries.png"><img alt="Les Pays-Bas 1556-1648 - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/74/The_Low_Countries.png" title="Les Pays-Bas 1556-1648 - Wikicommons" width="740" /></a><p class="wp-caption-text">Les Pays-Bas 1556-1648 - Wikicommons</p></div>
<p>Pendant plusieurs siècles, la nouvelle république des Provinces-Unies va briller de tous ses feux. Dépourvue de constitution et malgré sa décentralisation (peu d&#8217;institutions fédérales, celles qui existaient étant très contrôlées), le pays est une puissance économique de premier plan. Sur le plan politique, le pouvoir se partage entre les régents cooptés par les élites provinciales (souvent marchandes) et les <em>stadhouders</em> (&#8220;lieutenant&#8221;). Dans la pratique, le prince d&#8217;Orange se retrouvait <em>stadhouder</em> de plusieurs ou toutes les provinces. L&#8217;entente réelle et durable entre <em>stadhouder</em> et régent de Hollande (province la plus riche et dominant les autres) assura une grande stabilité au pays, ce qui lui permit de se tailler un territoire en Indonésie. À la sortie de la guerre de trente ans, les relations entre les régents et le <em>stadhouder</em> Frédéric-Henri se dégradèrent à causes des tendances monarchiques de ce dernier. À la mort de son successeur s&#8217;ouvrit une période purement républicaine. Les marchands hollandais recherchaient en effet une période de paix favorable à leurs affaires, mais la concurrence avec la Grande-Bretagne s&#8217;envenima et déboucha sur un conflit entre les deux puissances. Vainqueurs, les Provinces-Unies doivent pourtant faire face à Louis XIV qui souhaite profiter du déclin espagnol pour récupérer l&#8217;actuelle Belgique. Peu enthousiasmés à la perspective de voir un royaume puissant et belliqueux à leur frontière, les Néerlandais s&#8217;allient aux Britanniques et aux Suédois. Mal leur en prend, la France occupe le pays, événement qui permet aux Orange de redevenir <em>stadhouder</em>. Les Provinces-Unies deviennent alors le banquier des coalitions anti-françaises. Au début du XVIIIe siècle, le pays se retrouve pourtant relégué au second plan derrière le Royaume-Uni et la Prusse qui s&#8217;affirme comme puissance montante. Pire, les Provinces-Unies sont piégées par leur alliance avec Londres, une concurrente dont elles dépendent financièrement et militairement. Le pays s&#8217;appauvrit progressivement alors que les élites marchandes stagnaient et rendaient leurs charges héréditaires. La fin du siècle vit une importante agitation opposant &#8220;révolutionnaires&#8221; aux idées libérales et orangistes. L&#8217;éclatement de la révolution française stimula les premiers mais l&#8217;occupation du pays par les armées françaises et sa satellisation croissante refroidit les bonnes volontés. La période marqua pourtant un tournant dans l&#8217;histoire néerlandaise dans la mesure où le pays connut pour la première fois une modernisation / centralisation de ses institutions. Napoléon plaça son frère Louis à la tête du royaume de Hollande. Destiné à n&#8217;être qu&#8217;un fantoche, Louis Bonaparte s&#8217;attacha pourtant profondément à son pays et tenta de défendre ses intérêts face aux appétits dévorants de la France. Napoléon s&#8217;en agaça et le vira donc de son trône pour lancer une politique assimilationniste. La débâcle impériale permit au prince d&#8217;Orange de revenir de son exil britannique. Il était pourtant clair pour tout le monde que le pays ne serait jamais plus le même, aussi naquit le royaume des Pays-Bas en 1814. Son souverain Guillaume Ier persuada les coalisés de le laisser &#8220;réunir&#8221; la Belgique à son royaume. Mais les différents historiques et économiques étaient trop anciens et Bruxelles obtint son indépendance après une révolution en 1830 puis les révolutions de 1848 poussèrent le roi Guillaume II a accorder une nouvelle constitution plus libérale pour protéger son trône. Son successeur n&#8217;eut de cesse de garder le plus de marge de manœuvre possible au sein d&#8217;un régime parlementaire. La fin du XIXe siècle fut celle de la question sociale, à défaut d&#8217;être socialiste. Ce sont en effet les partis classiques qui se sont emparés de ce sujet pour pousser à la concertation, ce qui explique la grande faiblesse du parti socialiste. Les partis confessionnels préfèrent en effet s&#8217;allier contre les libéraux aux idées jugées trop révolutionnaires. Malgré les oppositions fondamentales entre les uns et les autres, les partis prirent l&#8217;habitude de rechercher le compromis pour éviter la paralysie des institutions. Jusqu&#8217;à la Première Guerre mondiale les Pays-Bas connurent une période de développement économique renforcée par la rentabilité de l&#8217;Indonésie. Diplomatiquement, on suivait une politique de neutralité. Le conflit épargna de justesse le pays qui dut pourtant donner des gages de bonne volonté aux deux camps.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 510px"><a href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/aa/Coat_of_arms_of_the_Netherlands_-_02.svg"><img alt="Grandes armoiries du royaume des Pays-Bas - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/aa/Coat_of_arms_of_the_Netherlands_-_02.svg" title="Grandes armoiries du royaume des Pays-Bas - Wikicommons" width="490" /></a><p class="wp-caption-text">Grandes armoiries du royaume des Pays-Bas - Wikicommons</p></div>
<p>C&#8217;est en 1917 qu&#8217;est apparu le <em>verzuiling</em> (de <em>zuilen</em>, le pilier) ou cloisonnement qui formata la société néerlandaise jusque dans les années 1960. Son principe, très simple, était la liberté séparée de chaque communauté : chaque groupe gérait ses membres de la naissance à la mort de manière étanche, l&#8217;État laissant à chaque groupe sa liberté d&#8217;agir. Ainsi, on naissait catholique, on adhérait au syndicat catholique, on lisait le journal catholique, on votait pour le parti catholique, etc&#8230; sans se mêler aux autres <em>zuilen</em>. Une forme d&#8217;apartheid volontaire et respectueux des droits individuels, en quelque sorte. Libéralisme et socialisme y perdirent au change. Si les Pays-Bas furent durement touchés par la crise économique des années 1930, ils bénéficièrent d&#8217;une remarquable stabilité politique : trois Premiers ministres en vingt ans contre quarante pour la France&#8230; Le chaos observé à l&#8217;étranger et l&#8217;essor des régimes autoritaires renforça aux Pays-Bas le respect de l&#8217;autorité et la cohésion nationale. Le désir de neutralité qui avait primé sur l&#8217;effort de réarmement permet aux troupes allemandes qui envahissent le pays de le prendre en cinq jours en mai 1940. Si la reine s&#8217;exile à Londres (ou elle et son gouvernement seront relégués au niveau d&#8217;allié de second plan peu ou pas consulté), l&#8217;administration reste en place et adopte une politique d&#8217;accommodation : on poursuit son travail pour aider la population, en s&#8217;efforçant de ne pas aider l&#8217;occupant. Les Néerlandais furent particulièrement secoués par la brutalité nazie qui tranchait avec leur pacifisme viscéral, et ils l&#8217;exprimèrent par de grandes grèves (réprimées) en réaction aux mesures antisémites (les Juifs étant particulièrement intégrés). La résistance fut active mais ne chercha pas la confrontation, préférant entraver l&#8217;action de l&#8217;ennemi en détruisant des registres administratifs, en volant des papiers d&#8217;identité&#8230; Les années 1944-1945 furent particulièrement douloureuses pour le pays qui connut la famine et les combats de la libération. Au sortir de la guerre, il ne put que constater le peu de cas que les Alliés firent de lui en laissant l&#8217;Indonésie proclamer son indépendance. En Occident, les Pays-Bas mettent en avant leur statut de petit pays pour promouvoir l&#8217;égalité internationale. Pragmatiques, ils cherchent d&#8217;abord à neutraliser l&#8217;axe Paris-Bonn en misant sur les États-Unis ou une Europe supranationale, mais constatant leur absence d&#8217;influence sur les uns et leur incapacité à tenir tête aux autres, décident d&#8217;inverser leur position. Les années 1960-1970 virent les cloisons communautaires s&#8217;écrouler progressivement alors que des thèmes comme l&#8217;antimilitarisme, l&#8217;écologie et les droits de l&#8217;homme dominaient et bénéficiaient à des partis non confessionnels. L&#8217;abondance matérielle et l&#8217;essor des moyens de communication favorisa les mutations de la société par ailleurs très chouchoutée par l&#8217;État providence. Les chocs pétroliers mirent progressivement fin à cet période, sans qu&#8217;on le remarque : la population ne modifia pas son mode de vie grâce aux revenus des hydrocarbures produits sur place, alors même que la compétitivité de l&#8217;économie diminuait. Le Premier ministre Ruud Lubbers appliqua donc une longue cure d&#8217;austérité au pays pour mettre fin aux excès de l&#8217;État-providence. La chute de l&#8217;URSS et les nombreux conflits qui suivirent firent déchanter beaucoup de gens persuadés qu&#8217;une pais durable allait s&#8217;instaurer. Succédant à Lubbers, la coalition violette bénéficia de sa politique qui refit partir l&#8217;économie eut à faire face aux critiques croissantes au sujet des trafics de stupéfiants, ainsi qu&#8217;à la montée de l&#8217;insécurité dans le Pays. Pacifistes, les Néerlandais découvraient le revers de la médaille du multiculturalisme : forte immigration, problèmes d&#8217;intégration sociale et scolaire entrainant par contrecoup l&#8217;essor du populisme.</p>
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		<title>Chroniques de la vie des Français sous l&#8217;occupation / Emmanuel Thiébot</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Nov 2011 20:05:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale fleurissent en ce moment. On vient de m&#8217;offrir cet ouvrage tout juste publié dans la collection Les documents de l&#8217;histoire chez Larousse. Nous avons là un livre dont le maître mot est illustration. Tracts, journaux, photographies, plans, objets de la vie quotidienne, cartes de ravitaillement ou laissez-passer, ce [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3116&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale fleurissent en ce moment. On vient de m&#8217;offrir cet ouvrage tout juste publié dans la collection Les documents de l&#8217;histoire chez Larousse.<span id="more-3116"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 185px"><img alt="Chroniques de la vie des Français sous l'occupation / Emmanuel Thiébot" src="http://www.images-chapitre.com/ima2/newbig/698/41335698_9567420.jpg" title="Chroniques de la vie des Français sous l'occupation / Emmanuel Thiébot" width="175" height="219" /><p class="wp-caption-text">Chroniques de la vie des Français sous l'occupation / Emmanuel Thiébot</p></div>
<p>Nous avons là un livre dont le maître mot est illustration. Tracts, journaux, photographies, plans, objets de la vie quotidienne, cartes de ravitaillement ou laissez-passer, ce sont des centaines d&#8217;images et même des fac-similés de documents d&#8217;époque glissés dans des pochettes en papier fin (y a même un pop-up dans le lot !) qui nous font revivre le conflit dans tous ses aspects. Des bombardements alliés au culte de la personnalité de Pétain, des organisation de jeunesse à celles du travail, de la résistance aux mouvement collaborationnistes, six ans d&#8217;images défilent sous nos yeux en une quarantaine de chapitres. Bien heureusement, il y a quand même du texte pour expliciter un minimum tout ce contenu visuel, mais ce n&#8217;est clairement pas un livre d&#8217;histoire classique. Les lecteurs cherchant un ouvrage de fond passeront donc leur chemin.</p>
<p>Bref, nous avons donc là un beau livre d&#8217;illustration qui plaira aux amateurs du genre (ce livre me semble tout indiqué pour les gens qui souhaitent faire découvrir la période à des enfants ou pour les curieux souhaitant se replonger dans cette période). Épais à cause de son matériel d&#8217;accompagnement, le volume est maintenu fermé par un bandeau aimanté prolongeant la quatrième de couverture. Sur le même sujet, on pourra aussi se mettre sous la dent <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/08/02/la-france-pendant-la-seconde-guerre-mondiale-atlas-historique/">l&#8217;atlas historique de la France pendant la Seconde Guerre mondiale</a>.</p>
<br />Classé dans:<a href='http://lecatablog.wordpress.com/category/mes-lectures/'>Mes lectures</a> Tagged: <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/1939-1945/'>1939-1945</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/europe/'>Europe</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/france/'>France</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/histoire-hors-tibet/'>histoire (hors Tibet)</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/seconde-guerre-mondiale/'>seconde guerre mondiale</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lecatablog.wordpress.com/3116/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lecatablog.wordpress.com/3116/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lecatablog.wordpress.com/3116/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lecatablog.wordpress.com/3116/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lecatablog.wordpress.com/3116/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lecatablog.wordpress.com/3116/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lecatablog.wordpress.com/3116/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lecatablog.wordpress.com/3116/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lecatablog.wordpress.com/3116/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lecatablog.wordpress.com/3116/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lecatablog.wordpress.com/3116/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lecatablog.wordpress.com/3116/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lecatablog.wordpress.com/3116/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lecatablog.wordpress.com/3116/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3116&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Voir Lhassa : représentations britanniques de la capitale tibétaine 1936-1947 / Clare Harris, Tsering Shakya</title>
		<link>http://lecatablog.wordpress.com/2011/11/11/voir-lhassa-representations-britanniques-de-la-capitale-tibetaine-1936-1947-clare-harris-tsering-shakya/</link>
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		<pubDate>Fri, 11 Nov 2011 22:05:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voilà une petite lecture vite fait bien fait. Seeing Lhasa: British Depictions of the Tibetan Capital 1936-1947 coécrit par Clare Harris et Tsering Shakya est un livre publié en 2003 par Serindia Publications. Son titre est on ne peut plus clair : nous découvrons ici les photographies et peintures prises par les Britanniques (ou Indiens) [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3105&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà une petite lecture vite fait bien fait. <em>Seeing Lhasa: British Depictions of the Tibetan Capital 1936-1947</em> coécrit par Clare Harris et Tsering Shakya est un livre publié en 2003 par Serindia Publications. Son titre est on ne peut plus clair : nous découvrons ici les photographies et peintures prises par les Britanniques (ou Indiens) amenés à visiter la capitale tibétaine pendant une petite décennie.<span id="more-3105"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 310px"><img alt="Seeing Lhasa: British Depictions of the Tibetan Capital 1936-1947 / Clare Harris, Tsering Shakya" src="http://www.asiafinebooks.com/afb455/images/items/7626.jpg" title="Seeing Lhasa: British Depictions of the Tibetan Capital 1936-1947 / Clare Harris, Tsering Shakya" width="290" /><p class="wp-caption-text">Seeing Lhasa: British Depictions of the Tibetan Capital 1936-1947 / Clare Harris, Tsering Shakya</p></div>
<p>Si les images sont abondantes, elles ne sont pourtant pas dominantes et restent en effet un élément secondaire par rapport au texte. Car nous n&#8217;avons en effet pas affaire à un livre de photos d&#8217;archives, mais à un étude sur les relations entre Tibétains et Britanniques, et surtout sur la façon dont la photographie a pu les influencer / articuler. Ainsi, à la différence de l&#8217;Inde photographiée et peinte sous toutes les coutures par les zélés fonctionnaires de l&#8217;empire, et même à la différence de n&#8217;importe quel pays sous influence occidentale, le Tibet a longtemps suscité les fantasmes en raison de son isolement diplomatique volontaire. Les toutes premières photographies du pays ne datent donc que de l&#8217;expédition Younghusband de 1904. Le XIIIe Dalaï-lama ayant cherché à affirmer l&#8217;indépendance de son pays, c&#8217;est sans surprise qu&#8217;il se tourna vers l&#8217;Inde britannique et que les premières visites officielles purent avoir lieu, notamment en raison de l&#8217;amitié personnelle qui le lia à Sir Charles Bell, officier politique responsable du Tibet, du Bhoutan et du Sikkim. Les années 1920 virent l&#8217;élite tibétaine contaminée par les pratiques occidentales, et la photographie qui apparut timidement. À Lhassa, les Britanniques se font un devoir de documenter leur présence et leur activité, d&#8217;abord à des fins scientifiques (sciences naturelles, &#8220;ethnologie&#8221;), mais aussi à des fins professionnelles et de propagande puisqu&#8217;ils envoyaient chaque semaine un compte-rendu de l&#8217;actualité politique et sociale de Lhassa, et y joignaient des photographies qui permettaient à leurs supérieurs londoniens de pouvoir juger visuellement l&#8217;évolution de leurs travail. Les Britanniques se firent par ailleurs un devoir de traquer les meilleurs points de vue de la région, mais certains éléments leur échappèrent totalement. C&#8217;est notamment le cas du Jokhang, &#8220;cathédrale&#8221; de Lhassa, qu&#8217;ils ne purent jamais photographier de manière satisfaisante car il est enchâssé au milieu de la ville. De même, la poussière et la fumée de Lhassa leur causa bien du souci et gêna leurs tentatives de photographier les rues de Lhassa. Leur liberté de mouvement fut même parfois limitée lors des grandes processions qu&#8217;ils ne purent photographier que d&#8217;un balcon réservé aux invités, les Tibétains refusant qu&#8217;on puisse dominer le Dalaï-lama. Tout ceci n&#8217;empêcha les Britanniques d&#8217;utiliser des kilomètres de pellicule en noir et blanc et en couleur (la pointe de la technologie de l&#8217;époque !). Un accord avec Kodak leur permettait même d&#8217;envoyer leurs films et photographies à Londres pour qu&#8217;ils y soient développés en priorité avant de revenir au bout d&#8217;un mois !</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 410px"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/photo_BMR.86.1.28.1.html"><img alt="La mission britannique à Lhassa en 1936 © Tibet Album" src="http://tibet.prm.ox.ac.uk/photos/opt/400/BMR.86.1.28.1-O.jpg" title="La mission britannique à Lhassa en 1936 © Tibet Album" width="400" height="292" /></a><p class="wp-caption-text">La mission britannique à Lhassa en 1936 © Tibet Album</p></div>
<p>Pour ce faire, la mission britannique basée à Lhassa à partir de 1936 se lança à corps perdu dans la sociabilisation : pour pouvoir photographier l&#8217;élite tibétaine, mieux valait avoir de bonnes relations avec elle. La chose ne fut pas difficile tant les uns et les autres se jugeaient proches. Les Britanniques ne pouvaient s&#8217;empêcher de noter avec fascination les similarités entre leur hiérarchie sociale et impériale et celle de l&#8217;élite aristocratique et religieuse de Lhassa. Très vite, le bâtiment de la mission devint l&#8217;hôte de fréquents pique-niques où le tout-Lhassa se pressait. Et au cas où l&#8217;invitation se fasse attendre, il suffisait de prendre les devants et d&#8217;inviter les membres de la mission à ses propres fêtes privées dans l&#8217;espoir qu&#8217;ils vous rendent la pareille. La mission britannique se paya même le luxe d&#8217;organiser un arbre de noël pour quelques enfants de l&#8217;élite (dont les frères du Dalaï-lama) et fit faire des cartes de vœu par des artistes tibétains qui furent expédiés par la poste jusqu&#8217;à Londres. En effet, les Tibétains étaient particulièrement honorés de recevoir une carte portant le cachet de la poste londonienne. La mission se garantissait un bon accueil par l&#8217;élite en lui apportant deux services inexistants jusque là : un médecin britannique pouvant opérer et soigner efficacement (notamment les maladies vénériennes, très répandues) et surtout plusieurs photographes qui immortalisèrent grandes familles et lamas de haut rang. Très vite, les aristocrates tibétains apprirent la technique et importèrent des appareils pour s&#8217;y mettre eux aussi. Bien que ça ne soit pas l&#8217;objet du livre, on apprend que l&#8217;attitude des Tibétains changeait totalement selon qu&#8217;il se trouvait devant ou derrière l&#8217;appareil photo. Ainsi les photographies prises par les Britanniques sont toutes posées et très figées, et reflètent bien la position sociale des modèles, en totale opposition avec celles, très détendues et naturelles que ces derniers prenaient d&#8217;eux-mêmes. L&#8217;un d&#8217;entre eux, l&#8217;ancien favori Tsarong, réalisa même une carte de vœu pour le nouvel an tibétain intégrant une photographie du Potala qu&#8217;il avait prise lui-même. Outre la photographie, la peinture réaliste occidentale enthousiasme les Tibétains habitués jusque là à des représentations stylisées. Le peintre que tous reçurent furent l&#8217;Indien Kanwal Krishna qui bénéficia du soutien de l&#8217;épouse du vice-roi des Indes pour accompagner Sir Basil Gould à Lhassa en 1940 pour l&#8217;arrivée du jeune XIVe Dalaï-lama. Ses représentations lui valurent un grand succès assuré par sa rapidité d&#8217;exécution (il mettait deux heures à faire un portrait). Parmi ses commanditaires : le jeune régent Reting, l&#8217;oracle de Nechung, les parents du Dalaï-lama et d&#8217;autres membres de l&#8217;élite. Posséder un de ses portraits devint un signe ostentatoire de réussite qu&#8217;on montrait à ses amis et à ses proches.</p>
<p>En plus de tout ceci, on trouve dans le livre un article sur la photographie en tant qu&#8217;objet d&#8217;histoire (m&#8217;a gonflé&#8230; j&#8217;ai zappé) et les biographies de plusieurs photographes ayant officié au Tibet. Et pour ceux qui aiment les images d&#8217;archives, voilà quelques liens d&#8217;<a href="http://delicious.com/rincevent81/Tibet+archives+photos">archives photographiques</a> et d&#8217;autres d&#8217;<a href="http://delicious.com/rincevent81/Tibet+archives+videos">archives vidéos</a>. Vous pouvez aussi utiliser <a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/tibet_places_zoommap.html">cette carte des trajets des différents photographes</a> qui vous permettra d&#8217;afficher les photos par lieu.</p>
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		<title>Une histoire du Tibet moderne : le calme avant la tempête, 1951-1955 / Melvyn C. Goldstein</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Nov 2011 17:56:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Purée ! Deux mois sans rien poster ! Voilà le deuxième tome de l&#8217;histoire moderne du Tibet rédigée par Melvyn Goldstein. Publié en 2007 par University of California Press, A history of modern Tibet : the calm before the storm, 1951-1955 de Melvyn Goldstein nous présente quatre années charnières où l&#8217;aristocratie et le clergé ont [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3006&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Purée ! Deux mois sans rien poster ! Voilà le deuxième tome de l&#8217;histoire moderne du Tibet rédigée par Melvyn Goldstein. Publié en 2007 par University of California Press, <em>A history of modern Tibet : the calm before the storm, 1951-1955</em> de Melvyn Goldstein nous présente quatre années charnières où l&#8217;aristocratie et le clergé ont été confronté à l&#8217;occupation chinoise puis aux premières réformes.<span id="more-3006"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 247px"><img alt="A history of modern Tibet : the calm before the storm, 1951-1955 / Melvyn Goldstein" src="http://www.ucpress.edu/img/covers/isbn13/9780520259959.jpg" title="A history of modern Tibet : the calm before the storm, 1951-1955 / Melvyn Goldstein" width="227" /><p class="wp-caption-text">A history of modern Tibet : the calm before the storm, 1951-1955 / Melvyn Goldstein</p></div>
<p>La première partie de l&#8217;ouvrage reprend les événements de 1949 à 1951 déjà traités à la fin du <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/08/15/une-histoire-du-tibet-moderne-1913-1951-la-fin-de-letat-lamaiste-melvyn-c-goldstein/">tome précédent</a>, avec peu de changement. Pour rappel, dès 1948 le Tibet observe la guerre civile chinoise et comprend que son issue lui sera de toute façon néfaste et entreprend donc de renforcer son armée. Malheureusement, des trois puissances avec qui il a entretenu des relations, aucune ne souhaite lui venir en aide ni même soutenir publiquement ses prétentions à l&#8217;indépendance : l&#8217;Inde accorde d&#8217;emblée la priorité aux bonnes relations avec la Chine, la Grande-Bretagne se lave les mains de ce qui pourra se passer et rejette ses anciennes responsabilités sur l&#8217;Inde (ce qui agace d&#8217;ailleurs beaucoup celle-ci), les États-Unis seraient désireux de venir en aide au Tibet mais ne peuvent intervenir directement sans l&#8217;accord de l&#8217;Inde et continuent à accepter la suzeraineté nominale de la Chine. La victoire communiste en Chine achève de mettre l&#8217;élite tibétaine aux abois et Lhassa tente de repousser l&#8217;inévitable en faisant miroiter à Pékin des négociations, mais les tergiversations tibétaines et l&#8217;hostilité britannique envers toute tractation sur son territoire de Hong Kong obligent Pékin à entamer les hostilités le plus vite possible de peur que l&#8217;hiver n&#8217;isole le Tibet pour encore un an. On apprend du reste que la troupe chinoise désignée, pensant pouvoir se reposer dans la chaude province du Sichuan après des années de guerre, est initialement tellement écœurée d&#8217;être envoyée au Tibet qu&#8217;elle fait tout simplement grève et cesse d&#8217;obéir aux ordres, quand les soldats ne désertent pas. Le Tibet doit quand même faire face à une confrontation militaire à laquelle il n&#8217;est pas préparé ni équipé, mais espère toujours ralentir suffisamment la progression chinoise pour obtenir un soutien diplomatique international. Mais l&#8217;armée tibétaine se fait balayer et les appels à l&#8217;ONU restent lettre morte malgré quelques hésitations américaines et britanniques. Constatant qu&#8217;il est abandonné de tous, le Tibet se résout à envoyer <a href="https://lecatablog.wordpress.com/2010/08/11/tsering-shakya-accord-17-points-tibet-chine-1951/">une délégation négocier directement à Pékin</a> pendant que le Dalaï-lama, émancipé en urgence, et une partie de son gouvernement se réfugient près la frontière. Pendant un an, le Tibet reste sur le qui-vive. La Chine l&#8217;a écrasé militairement, et le choc est tel qu&#8217;aucun officiel n&#8217;a pensé à utiliser les troupes restantes pour harceler les Chinois isolés par l&#8217;hiver. Du reste, ceux-ci ont l&#8217;ordre de ne pas bouger, Mao comptant sur une stratégie gradualiste qui nécessite de séduire l&#8217;élite tibétaine afin de pouvoir introduire progressivement des réformes. Les soldats chinois présents au Tibet sont donc une élite à qui on a spécifiquement ordonné de se comporter avec la plus extrême correction afin de ne pas compromettre ce plan. Il faut cependant plusieurs mois pour que le gouvernement tibétain reconnaisse officiellement l&#8217;accord signé par ses représentants le 23 mai 1951. C&#8217;est chose faite le 24 octobre, date à laquelle un télégramme officiel est envoyé en ce sens. Pendant tout ce temps, les États-Unis multiplient les ouvertures et les propositions pour pousser le Dalaï-lama à répudier l&#8217;accord et à s&#8217;exiler. Mais les Tibétains se rendent vite compte que non seulement Washington refuse de prendre officiellement position en faveur de leur indépendance, mais qu&#8217;en plus ils ne peuvent leur apporter aucune aide concrète en raison du blocage indien. Du reste, s&#8217;il est vrai que le souverain déteste l&#8217;accord et souhaiterait s&#8217;exiler, la pression du clergé et d&#8217;une majorité de fonctionnaires ont raison de sa volonté. Washington persiste, mal renseignée (on pourrait même dire désinformée) par les proches du Dalaï-lama comme ses frères où l&#8217;alpiniste autrichien Heinrich Harrer qui soutiennent mordicus aux Américains qu&#8217;il est quasiment retenu contre son gré par des forces pro-chinoises.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 639px"><a href="http://www.corbisimages.com/stock-photo/rights-managed/BE084145/the-dalai-and-panchen-lamas-together"><img alt="Le Panchen-lama et le Dalaï-lama en 1952 © Bettmann/CORBIS" src="http://www.corbisimages.com/images/BE084145.jpg?size=67&amp;uid=1c83b42f-0f51-4db4-bec7-3ff2ceb66eb1" title="Le Panchen-lama et le Dalaï-lama en 1952 © Bettmann/CORBIS" width="629" height="480" /></a><p class="wp-caption-text">Le Panchen-lama et le Dalaï-lama en 1952 © Bettmann/CORBIS</p></div>
<p>Finalement revenu à Lhassa, le Dalaï-lama n&#8217;est pas au bout de ses surprises. Lui qui est désormais à la tête de l&#8217;État est en fait complètement coupé de sa population et de son gouvernement : il ne peut avoir de contacts avec l&#8217;extérieur que via ses tuteurs religieux et quelques domestiques qui entravent tout ce qui pourrait le détourner de ses études religieuses. Quand bien même ils le laisseraient toucher aux affaires mondaines, il faudrait que les deux Sitsab (premiers ministres nommés par un Dalaï-lama quand il doit s&#8217;exiler) et le Kashag (le gouvernement traditionnel tout juste passé de quatre à huit ministres) souhaitent les lui communiquer, ce qui n&#8217;est pas le cas. Plus grave, au lieu de se concerter et de s&#8217;organiser pour obtenir le plus possible des Chinois, l&#8217;élite gouvernementale du pays est totalement éclatée : les Sitsab qui sont hiérarchiquement au-dessus du Kashag adoptent une attitude d&#8217;opposition frontale à l&#8217;occupation chinoise ; le Kashag dont les membres se méfient les uns des autres, cherche plutôt à se concilier les responsables chinois dans l&#8217;espoir d&#8217;obtenir un allègement des termes de l&#8217;accord. Pour ne rien arranger, la propre famille du Dalaï-lama est en très mauvais termes avec eux en raison de son amitié passée avec Reting, l&#8217;ancien régent déchu et probablement empoisonné en 1947. Le fait que le propre père du Dalaï-lama, véritable trublion incontrôlable, ait apparemment été empoisonné juste avant lui ne fait rien pour rapprocher sa famille du gouvernement. Venant d&#8217;une région frontalière sino-tibétaine où on parle aussi bien le chinois que le dialecte local, et ayant envoyé un de ses fils étudier en Chine où il a épousé la fille d&#8217;un général nationaliste, la famille du Dalaï-lama semble potentiellement dangereuse pour le gouvernement tibétain. Et il y a encore le Xe Panchen-lama, allié aux Chinois tout comme son prédécesseur, et qui ne rêve que de retrouver son statut de grand seigneur autonome du gouvernement tibétain. Les premiers officiels communistes qui arrivent donc à Lhassa ont donc un peu de mal à savoir sur quel pied danser. La retenue dont ils font preuve malgré l&#8217;hostilité générale (la population admire les Sitsab pour leur fermeté et constate l&#8217;absence de réaction en face) est notable. Un contentieux apparait toutefois très vite : l&#8217;arrivée du gros des troupes chinoises, que le gouvernement ne veut absolument pas voir à Lhassa et dont il demande la dispersion en différentes localités. La présence de milliers de soldats au Tibet central pose en effet problème du point de vue du ravitaillement car ils n&#8217;ont plus le moindre stock avec eux. Malgré les demandes chinoises, le gouvernement tibétain fait volontairement la sourde oreille et affirme qu&#8217;il ne dispose pas d&#8217;assez de grain pour tous ces soldats. Les Chinois se rendent pourtant parfaitement compte que les greniers de l&#8217;aristocratie, du clergé et du gouvernement sont pleins, mais qu&#8217;ils n&#8217;obtiendront rien s&#8217;ils ne se dispersent pas dans les districts voisins. De fait, certains aristocrates vendent du grain aux Chinois, mais limitent ces ventes par peur de la réaction des Sitsab. Sans nourriture ni bois de chauffage, les militaires connaissent la faim pendant plusieurs mois, en butte aux chicaneries des soldats tibétains et des dobdob (moines guerriers/policiers au service des grands monastères). Ils peuvent au moins compter sur d&#8217;énormes quantités d&#8217;argent pour payer leurs frais, mais leurs achats de grain sur les marchés provoquent une inflation brutale qui entraine la colère de la population. La situation est très difficile à supporter pour une armée qui a battu les Japonais et les nationalistes et qui est habituée à utiliser la force. Pour résoudre cet épineux problème, les Chinois recourent à diverses solution : ils défrichent et cultivent eux-mêmes des terrains près de Lhassa, ils vont venir du riz chinois par l&#8217;Inde qui en achète une partie pour compenser ses propres carences (le coût de cette opération fait monter le prix de ce riz au niveau du métal argent !).</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 510px"><a href="http://news.xinhuanet.com/english/2009-05/26/content_11436061.htm"><img alt="Fan Ming (1914-2010) © Xinhuanet.com" src="http://news.xinhuanet.com/english/2009-05/26/xinsrc_302050626100231210571.jpg" title="Fan Ming (1914-2010) © Xinhuanet.com" width="300" height="383" /></a> <img alt="Zhang Guohua (1914-1972) - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f7/Zhang_Guohua.jpg" title="Zhang Guohua (1914-1972) - Wikicommons" width="195" /></a><p class="wp-caption-text">Fan Ming (1914-2010) © Xinhuanet.com<br />
Zhang Guohua (1914-1972) - Wikicommons</p></div>
<p>Du coté chinois, les désaccords apparaissent dès 1950 et <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/02/lhistoire-tibetaine-moderne-depasser-les-stereotypes-melvyn-c-goldstein/">voient s&#8217;opposer les bureaux du Nord-Ouest et du Sud-Ouest</a> (BNO et BSO). Ces deux bureaux sont les grandes structures militaro-administratives du moment. La collaboration semblait couler de source, mais le BNO a, dès la prise de contrôle du Qinghai (l&#8217;Amdo des Tibétains), bénéficié des ouvertures du Panchen-lama exilé et de sa cour. Celle-ci se tourne délibérément vers lui dans l&#8217;espoir qu&#8217;il lui permette enfin de <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/05/10/fabienne-jagou-peregrinations-9-6-panchen-lama/">récupérer ses anciens domaines du Tibet central</a>. Pour mieux se faire entendre, les administrateurs du Panchen-lama proposent un plan divisant le Tibet alors gouverné par le seul Dalaï-lama en deux moitiés administrées chacune par un des bureau, Lhassa étant bien entendu perdante. Bien que Mao accepte ces propositions, il prend bien garde à ne rien faire qui pourrait entraver son entreprise de séduction du Dalaï-lama et de son gouvernement. Du reste, le BSO n&#8217;est pas non plus disposé à céder la moitié de son territoire et dénonce les revendications du Panchen-lama. Le cœur du problème est que les Panchen-lama, plus grands propriétaires fonciers après le gouvernement tibétain, ne s&#8217;étaient jamais considérés comme lui étant subordonnés et affirment depuis le début du siècle qu&#8217;ils sont autonomes voire indépendants. Le gouvernement tibétain, s&#8217;il reconnait les domaines et privilèges du Panchen-lama, estime quant à lui qu&#8217;il doit avoir le dernier mot au niveau politique et qu&#8217;il a le droit d&#8217;y lever des taxes. Lhassa ayant fini par accepter l&#8217;envoi d&#8217;une délégation en 1951, Mao décida de ne pas soutenir trop ouvertement le Panchen-lama et de renoncer à diviser le territoire pour ne rien compromettre. S&#8217;il reconnait toujours la jeune incarnation, le conflit qui l&#8217;oppose au Dalaï-lama devra être réglé plus tard. Ce conflit entre les deux bureaux n&#8217;est que le premier d&#8217;une longue série opposant le BNO, à l&#8217;approche dure voire brutale, au BSO suivant la ligne gradualiste. Le Tibet sera la seule région de Chine dont le comité aura un secrétaire et trois vice-secrétaires à cause de ces conflits. Des réformes sont introduites, mais peu sont acceptées par les Tibétains : leur armée continue à utiliser ses drapeaux et uniformes, le gouvernement refuse catégoriquement l&#8217;existence du comité militaro-administratif censé prendre en charge les nouveaux aspects du pouvoir (santé, éducation&#8230;) malgré l&#8217;assurance que le Dalaï-lama en sera le directeur et que des Tibétains pourront y participer, les écoles modernes sont dénoncées par le clergé (comme l&#8217;avaient été celles ouvertes par les Britanniques en 1934 et 1943). L&#8217;APL inaugure toutefois des écoles de tibétain pour ses jeunes soldats, qui apprennent vite auprès de dames de l&#8217;aristocratie. Néanmoins, une forte opposition à la présence chinoise se développe. Outre l&#8217;hostilité des deux Sitsab se rajoutent la clique de Namseling (du nom de l&#8217;aristocrate qui l&#8217;a créée) et le Mimang Tsongdu (Assemblée populaire). Ces deux mouvements issus de l&#8217;aristocratie pour l&#8217;un, et de la petite classe moyenne constituée par les moines et ex-moines servant d&#8217;administrateurs et métayers pour l&#8217;autre, ont juré de tout faire pour entraver l&#8217;action des Chinois, au point de susciter une quasi-insurrection contre les troupes d&#8217;occupation qui se préparent à contre-attaquer. La situation en 1952 est tellement tendue qu&#8217;après plusieurs échanges Mao décide de reprendre la responsabilité des décisions et ordonne au comité militaro-administratif de systématiquement consulter Pékin. S&#8217;il cherche bien à s&#8217;assurer que ses troupes ne brusquent pas les choses, Mao partage quand même leur avis qu&#8217;il faut obtenir du Dalaï-lama le renvoi des Sitsab et l&#8217;interdiction du Mimang Tsongdu. Toutefois, Mao insiste particulièrement sur l&#8217;importance de ne pas humilier le gouvernement tibétain et de laisser entendre que des concessions sont possibles si les demandes sont raisonnables. Cette attitude permet au gouvernement de sauver la face et de pousser les Sitsab à démissionner, ce qui leur évite une disgrâce. De son coté, le Mimang Tsondu est interdit sans qu&#8217;il y ait de sanctions, ce qui évite une explosion de colère.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 410px"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/photo_BMR.6.8.38.html"><img alt="Quatre Tsipön (fonctionnaires du bureau des Finances) : Shakabpa (envoyé chercher de l'aide diplomatique à l'étranger), Ngapö Ngawang Jigme (futur ministre et négociateur en 1951), Lukhangwa (futur Sitsab), Namseling © Tibet Album" src="http://tibet.prm.ox.ac.uk/photos/opt/400/BMR.6.8.38-O.jpg" title="Quatre Tsipön (fonctionnaires du bureau des Finances) : Shakabpa (envoyé chercher de l'aide diplomatique à l'étranger), Ngapö Ngawang Jigme (futur ministre et négociateur en 1951), Lukhangwa (futur Sitsab), Namseling © Tibet Album" width="400" height="266" /></a><p class="wp-caption-text">Quatre Tsipön (fonctionnaires du bureau des Finances) : Shakabpa (envoyé chercher de l'aide diplomatique à l'étranger), Ngapö Ngawang Jigme (futur ministre et négociateur en 1951), Lukhangwa (futur Sitsab), Namseling © Tibet Album</p></div>
<p>Outre les errements au sommet de l&#8217;État, l&#8217;action particulièrement trouble des frères ainés du Dalaï-lama sème la zizanie au plan international. Ainsi, Taktser Rinpoche, Gyalo Dhondup et, dans une moindre mesure, Lobsang Samten, multiplient les contacts avec les États-Unis à l&#8217;insu du gouvernement et du Dalaï-lama et au nom de ce dernier, pour tenter d&#8217;obtenir un soutien plus marqué. Ils y parviennent presque, et ce n&#8217;est que la veille du lancement d&#8217;une vaste opération de soutien public (prévoyant même une déclaration du président ou du secrétaire d&#8217;État) que Taktser Rinpoche décide de tout annuler au motif qu&#8217;il craint que sa mère retournant alors à Lhassa en pâtisse. Pour l&#8217;auteur, c&#8217;est particulièrement invraisemblable, et il faut plutôt y voir la volonté de ne pas nuire à son frère Gyalo Dhondup qui était décidé à rentrer au pays pour influencer la politique locale. Taktser Rinpoche aurait donc lâché les Américains dans l&#8217;espoir que son petit frère puisse convaincre le gouvernement tibétain d&#8217;amorcer des réformes sociales et foncières afin de couper l&#8217;herbe sous le pied des communistes. La manœuvre fut particulièrement maladroite : Taktser Rinpoche vit ses autorisations de voyage annulées par le gouvernement américain après être arrivé au Japon ; son frère ne fut pris au sérieux ni par les Sitsab (profondément conservateurs) qui se méfiaient de lui pour avoir étudié en Chine, ni par les Chinois qui se méfiaient de lui pour être allé aux États-Unis. Gyalo Dhondup décida alors de repartir secrètement en Inde pour y fonder un mouvement anti-chinois avec l&#8217;aide du ministre Shakabpa qui y était resté depuis 1951. Seule sa mère et son frère Lobsang Samten furent consultés, pour ne pas compromettre le Dalaï-lama au cas où cette attitude dangereuse soit découverte. Néanmoins, 1952 reste une année de grands changements, tout d&#8217;abord avec l&#8217;arrivée du Xe Panchen-lama. Malgré la volonté affichée par le Dalaï-lama de repartir sur de nouvelles bases, le fait est que son gouvernement a provoqué d&#8217;emblée la colère du jeune lama et de sa cour en lâchant à regret du lest sur la question de son autorité et de ses revenus et surtout en utilisant le protocole pour rabaisser le Panchen-lama malgré une promesse de ne rien en faire. Arrivé dans son fief de Shigatse, le Panchen-lama est accueilli triomphalement. À Lhassa, l&#8217;élite hésite entre l&#8217;enthousiasme et la désapprobation : une fois les Sitsab mis au placards, la Chine peut travailler avec le gouvernement pour mettre en place beaucoup de nouvelles institutions. Plusieurs écoles modernes enseignant la grammaire tibétaine, les mathématiques et les sciences naturelles apparaissent et entrainent le déclin des écoles privées traditionnelles. Le football, interdit par le clergé à de nombreuses reprises, renaît de ses cendres et des matches opposent l&#8217;équipe de l&#8217;école moderne à celle des habitants de Lhassa. Une association de la jeunesse et une fédération des femmes sont créées et deviennent très populaires malgré l&#8217;hostilité d&#8217;une bonne partie de la population qui considère ceux qui y prennent part comme des vendus. Pourtant, les Chinois commencent à se constituer un début de clientèle ouvrière en recrutant massivement des Tibétains pauvres pour construire les routes reliant le Tibet au reste de la mère patrie. Malgré la dureté du travail et la mortalité, ces Tibétains découvrent pour la première fois de leur vie le travail salarié, le voyage, la possibilité d&#8217;acheter des biens.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 581px"><a href="http://www.china-hiking.com/tibet/invasion.htm"><img alt="Le Dalaï-lama et sa famille dans les années 1950-1960 : Diki Tsering (mère), Tsering Dolma (sœur aînée), Thubten Norbu (alias Taktser Rinpoche), Gyalo Dhondup, Lobsang Samten, Dalaï-lama, Jetsün Pema, Tenzin Chögyal © Tibet Hiking Tour" src="http://www.china-hiking.com/tibet/GyaloThondup1.jpg" title="Le Dalaï-lama et sa famille dans les années 1950-1960 : Diki Tsering (mère), Tsering Dolma (sœur aînée), Thubten Norbu (alias Taktser Rinpoche), Gyalo Dhondup, Lobsang Samten, Dalaï-lama, Jetsün Pema, Tenzin Chögyal © Tibet Hiking Tour" width="571" height="226" /></a><p class="wp-caption-text">Le Dalaï-lama et sa famille dans les années 1950-1960 : Diki Tsering (mère), Tsering Dolma (sœur aînée), Thubten Norbu (alias Taktser Rinpoche), Gyalo Dhondup, Lobsang Samten, Dalaï-lama, Jetsün Pema, Tenzin Chögyal © Tibet Hiking Tour</p></div>
<p>En coulisses, l&#8217;animosité entre le BNO et le BSO devient de plus en plus violente. Malgré les rappels du comité de travail sur le Tibet (codirigé par les deux bureaux) et du comité central (donc de Mao lui-même), Fan Ming et le BNO s&#8217;obstinent à vouloir faire du domaine du Panchen-lama un territoire autonome ne dépendant pas de Lhassa. De plus, Fan Ming considère que les réformes foncières et sociales devraient être appliquées immédiatement au Tibet sinon dans le seul Tsang. L&#8217;idée est que leur succès inévitable sera tel qu&#8217;il poussera les paysans du domaine de Lhassa à réclamer les même réformes pour leur territoire. Cette politique heurte profondément l&#8217;approche gradualiste de Mao, et celui-ci craint particulièrement la réaction du Dalaï-lama et de son gouvernement si leur territoire venait à être démantelé au profit d&#8217;un rival tout juste revenu d&#8217;exil. Priorité est donc donnée à ne pas braquer Lhassa dont le gouvernement, s&#8217;il est majoritairement méfiant envers les Chinois, reste bien mieux disposé envers le changement que ne l&#8217;étaient les Sitsab. D&#8217;une manière générale c&#8217;est la situation au sein du parti lui-même qui est particulièrement tendue car l&#8217;aile gauche manifeste son opposition à la politique économique plus modérée alors en vigueur, et Mao doit rappeler qu&#8217;il est le seul à décider, ce qui entraine le suicide d&#8217;un rival. Fan Ming sent le vent du boulet passer et reconnait à contrecœur la suprématie du Dalaï-lama. De son coté le gouvernement tibétain décide d&#8217;entamer des réformes, mais se heurte au conservatisme des élites nobles et monastiques qui n&#8217;ont aucune envie de remettre leur mode de vie (reposant sur une main d&#8217;œuvre héréditaire attachée à leurs terres). Les intérêts des prêts accumulés depuis des générations sont toutefois allégés et les gouverneurs de comtés perçoivent un salaire plus élevé au lieu du surplus perçu lors de la collecte de l&#8217;impôt. Lhassa se retrouve vite inondée de céréales et de denrées, dépensées en pique-nique&#8230; Le bureau de réformes créé perd très vite son entrain et devient inutile et improductif. En 1954, l&#8217;Inde accepte de renoncer à tous les avantages hérités de la Grande-Bretagne. Pourtant elle ne rechigne pas à entrer en contact avec l&#8217;embryon de résistance initié par Gyalo Dhondup, et accepte la plupart de ses demandes financières et logistiques (sauf de lui fournir des explosifs). La même année, le Dalaï-lama et le Panchen-lama sont invités à assister au congrès national du peuple. Mais si le second accepte tout de suite, le premier n&#8217;obtient qu&#8217;avec difficulté l&#8217;aval des conservateurs qui craignent que les idées communistes ne le contaminent. Le voyage se passe particulièrement bien pour les deux jeunes gens qui sont chaleureusement reçus par Mao et l&#8217;establishment communiste et qui manifestent un grand enthousiasme et une volonté de réforme. Les Chinois doivent la modérer un peu de peur qu&#8217;ils se coupent totalement de la population ou que celle-ci les croit sous l&#8217;influence chinoise. Le voyage est d&#8217;ailleurs l&#8217;occasion de résoudre plusieurs différends entre leurs deux administrations. Il y eut peu d&#8217;événements négatifs : le premier fut Mao déclarant au Dalaï-lama que la religion était un poison, le second fut le refus du premier secrétaire du parti du Sichuan de venir accueillir le Dalaï-lama pendant son voyage de retour en 1955. Pékin fit donc spécialement venir Zhou Enlai qui salua le Dalaï-lama avant le premier secrétaire pour bien signifier sa position. En dépit de cette réussite, plusieurs cadres chinois hostiles à l&#8217;approche gradualiste attendait de plus en plus impatiemment le moment où il pourrait lancer des grandes réformes. Fan Ming, par exemple, pensait que le Dalaï-lama avait dupé Mao et ne cherchait qu&#8217;à ralentir l&#8217;évolution du Tibet. Et c&#8217;était oublier le conservatisme profond d&#8217;une bonne partie de la population tibétaine qui fut heurtée par les décisions prises à Pékin, notamment l&#8217;abandon progressif de la monnaie tibétaine, la réduction drastique de l&#8217;armée et surtout la mise en place du comité préparatoire pour la région autonome tibétaine réunissant les administrations du Dalaï-lama, du Panchen-lama et de Chamdo. Le tollé fut tel que ces décisions furent annulées : des uniformes de style britannique furent remplacés par des uniformes chinois pour certains régiments ou officiers, et les monastères (servant de banque au Tibet) obtinrent le maintien de la monnaie tibétaine. De même, le Mimang Tsongdu ressurgit en réponse au comité préparatoire. En définitive, Pékin avait surestimé la capacité du Dalaï-lama à faire accepter même les réformes les plus modestes.</p>
<p>Lire aussi ce <a href="http://perspectiveschinoises.revues.org/5323">compte-rendu de lecture du n°3 de 2009 de la revue Perspectives chinoises</a>.</p>
<br />Classé dans:<a href='http://lecatablog.wordpress.com/category/le-tibet/'>Le Tibet</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/category/mes-lectures/'>Mes lectures</a> Tagged: <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/armee-populaire-de-liberation/'>Armée populaire de libération</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/etats-unis/'>États-Unis</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/chine/'>Chine</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/dalai-lama/'>Dalaï-lama</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/fan-ming/'>Fan Ming</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/grande-bretagne/'>Grande-Bretagne</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/inde/'>Inde</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/mao-zedong/'>Mao Zedong</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/mimang-tsongdu/'>Mimang Tsongdu</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/panchen-lama/'>Panchen-lama</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/politique/'>politique</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/zhang-guohua/'>Zhang Guohua</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lecatablog.wordpress.com/3006/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lecatablog.wordpress.com/3006/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lecatablog.wordpress.com/3006/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lecatablog.wordpress.com/3006/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lecatablog.wordpress.com/3006/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lecatablog.wordpress.com/3006/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lecatablog.wordpress.com/3006/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lecatablog.wordpress.com/3006/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lecatablog.wordpress.com/3006/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lecatablog.wordpress.com/3006/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lecatablog.wordpress.com/3006/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lecatablog.wordpress.com/3006/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lecatablog.wordpress.com/3006/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lecatablog.wordpress.com/3006/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3006&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Quatre Tsipön (fonctionnaires du bureau des Finances) : Shakabpa (envoyé chercher de l&#039;aide diplomatique à l&#039;étranger), Ngapö Ngawang Jigme (futur ministre et négociateur en 1951), Lukhangwa (futur Sitsab), Namseling © Tibet Album</media:title>
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			<media:title type="html">Le Dalaï-lama et sa famille dans les années 1950-1960 : Diki Tsering (mère), Tsering Dolma (sœur aînée), Thubten Norbu (alias Taktser Rinpoche), Gyalo Dhondup, Lobsang Samten, Dalaï-lama, Jetsün Pema, Tenzin Chögyal © Tibet Hiking Tour</media:title>
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		<title>Bilan 2010-2011</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Aug 2011 07:41:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le blog]]></category>

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		<description><![CDATA[C&#8217;est pratique les billets d&#8217;anniversaire de blog, ça permet de faire croire qu&#8217;on est actif alors qu&#8217;il ne se passe rien, mais c&#8217;est important dans la vie des petits blogs de merde. Ça fait maintenant deux ans que je suis passé de Blogger à WordPress, et j&#8217;en suis toujours aussi content. Cette année a vu [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=3009&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est pratique les billets d&#8217;anniversaire de blog, ça permet de faire croire qu&#8217;on est actif alors qu&#8217;il ne se passe rien, mais c&#8217;est important dans la vie des petits blogs de merde.<span id="more-3009"></span> Ça fait maintenant deux ans que je suis passé de Blogger à WordPress, et j&#8217;en suis toujours aussi content. Cette année a vu quelques petits changements dans la &#8220;ligne éditoriale&#8221; puisque j&#8217;ai supprimé (presque) tous les anciens billets sur la bibliothèque. Je ne trouvais plus rien d&#8217;intéressant à dire, à supposer que le cas se soit déjà présenté, et puis les stats m&#8217;ont prouvé que c&#8217;étaient ceux qui intéressaient le moins de monde. En relisant ces tranches de vie, leur absence d&#8217;intérêt m&#8217;est apparu très clairement. Des trucs comme ça on en trouve autant qu&#8217;on veut sur la toile, mais c&#8217;est pas tellement ça qui va rendre service aux collègues. Je ne suis pas aussi drôle que Ion ou BG (déjà, je sais pas dessiner), alors à quoi bon laisser trainer des trucs qui ne font que générer du bruit inutile sur la toile. De même, j&#8217;ai aussi viré les billets coups de cœur bd. Pour ça y a des sites spécialisés bien mieux référencés. Je me contenterais donc d&#8217;alimenter le site du boulot, où là je suis sûr que des gens viendront les voir. Continuant sur ma lancée, j&#8217;ai aussi toiletté la rubrique sur la vie du blog, parce que ça ne servait à rien de garder des trucs datant de Blogger.</p>
<p>Autre changement, mais de moindre importance, j&#8217;ai fini par changer tous les titres de billets sur les articles de l&#8217;histoire du Tibet dirigée par Alex McKay. J&#8217;aurais dû le faire dès le départ, mais j&#8217;avais peur que ça fasse trop long. J&#8217;ai changé d&#8217;avis parce qu&#8217;en fait je me suis rendu compte que&#8230; j&#8217;en avais rien à foutre. J&#8217;ai donc tout changé il y a quelques temps, ce qui a là aussi un peu perturbé le flux rss (là aussi, RAF). Il doit quand même y avoir un truc pas clair dans la migration de Blogger vers WordPress puisqu&#8217;à chaque billet modifié, WordPress le considérait comme un truc tout neuf (bizarre). Mais au moins ça permet d&#8217;avoir une idée du contenu du billet sans avoir à l&#8217;explorer. Et ça devrait faciliter la recherche pour les visiteurs. Et puis d&#8217;une manière générale, si j&#8217;ai créé ce blog, c&#8217;était pour y mettre ce que je regrettais de ne pas pouvoir trouver sur la toile, c&#8217;est à dire des infos de qualité en français sur l&#8217;histoire du Tibet.</p>
<p>Voilà donc pour les explications. Place aux graphiques.</p>
<div id="attachment_3012" class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/08/25/bilan-2010-2011/bilan-2010-2011/" rel="attachment wp-att-3012"><img src="http://lecatablog.files.wordpress.com/2011/08/bilan-2010-2011.png?w=750&#038;h=160" alt="Bilan 2010-2011" title="Bilan 2010-2011" width="750" height="160" class="size-full wp-image-3012" /></a><p class="wp-caption-text">Bilan 2010-2011</p></div>
<div id="attachment_3013" class="wp-caption alignnone" style="width: 718px"><a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/08/25/bilan-2010-2011/bilan-2010-2011-articles/" rel="attachment wp-att-3013"><img src="http://lecatablog.files.wordpress.com/2011/08/bilan-2010-2011-articles.png?w=750" alt="Articles les plus lus dans l&#039;année" title="Articles les plus lus dans l&#039;année"   class="size-full wp-image-3013" /></a><p class="wp-caption-text">Articles les plus lus dans l&#039;année</p></div>
<div id="attachment_3011" class="wp-caption alignnone" style="width: 726px"><a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/08/25/bilan-2010-2011/bilan-2010-2011-referents/" rel="attachment wp-att-3011"><img src="http://lecatablog.files.wordpress.com/2011/08/bilan-2010-2011-rc3a9fc3a9rents.png?w=750" alt="Comment êtes-vous arrivés ici ?" title="Comment êtes-vous arrivés ici ?"   class="size-full wp-image-3011" /></a><p class="wp-caption-text">Comment êtes-vous arrivés ici ?</p></div>
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		<title>Une histoire du Tibet moderne, 1913-1951 : la fin de l&#8217;État lamaïste / Melvyn C. Goldstein</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Aug 2011 22:57:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voilà de la grosse lecture puisque je viens de me taper un énorme pavé de 900 pages. A history of modern Tibet, 1913-1951 : the demise of the lamaist State de Melvyn C. Goldstein est paru en 1989 chez University of California Press. Il s&#8217;agit d&#8217;une plongée en profondeur dans la politique tibétaine de la [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2681&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà de la grosse lecture puisque je viens de me taper un énorme pavé de 900 pages. <em>A history of modern Tibet, 1913-1951 : the demise of the lamaist State</em> de Melvyn C. Goldstein est paru en 1989 chez University of California Press. Il s&#8217;agit d&#8217;une plongée en profondeur dans la politique tibétaine de la première moitié du XXe siècle.<span id="more-2681"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 237px"><img title="A history of modern Tibet, 1913-1951 : the demise of the lamaist State / Melvyn C. Goldstein" src="http://www.ucpress.edu/img/covers/isbn13/9780520075900.jpg" alt="A history of modern Tibet, 1913-1951 : the demise of the lamaist State / Melvyn C. Goldstein" width="227" height="346" /><p class="wp-caption-text">A history of modern Tibet, 1913-1951 : the demise of the lamaist State / Melvyn C. Goldstein</p></div>
<p>Cet ouvrage colossal se lit très facilement et est pourvu d&#8217;un bon index qui permet de s&#8217;y retrouver simplement. Il y a heureusement pas mal de photographies qui allègent l&#8217;ensemble. L&#8217;introduction nous présente brièvement l&#8217;histoire et la société tibétaine : fonctionnement du gouvernement tibétain et des grands monastères gelugpa, relations avec la Chine et la Grande-Bretagne, etc&#8230; La première partie aborde la deuxième moitié du règne du XIIIe Dalaï-lama (de 1913 à 1933) et la régence de Reting (1933-1941). Nous y voyons donc comment et pourquoi le souverain dut s&#8217;exiler par deux fois et comment sa découverte du monde moderne l&#8217;amena à tenter de moderniser son pays en bénéficiant de la faiblesse d&#8217;une Chine morcelée par la colonisation et la guerre civile. Un tel projet fut rejeté d&#8217;emblée par la population monastique hostile à toute remise en cause de son influence dans la société. Le fait que les promoteurs du changement (en premier lieu <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/04/26/melvyn-goldstein-dalai-lama-armee-monasteres/">les militaristes menés par Tsarong</a>) ont préféré l&#8217;affrontement avec le clergé a sans surprise convaincu celui-ci qu&#8217;il fallait éliminer la menace. Le premier faux-pas des modernisateurs servit de prétexte pour s&#8217;en débarrasser et marquer une distanciation vis à vis des Britanniques. De la fin des années 1920 à 1933, le souverain court-circuita les structures de son propre gouvernement pour confier les rennes du pays à <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/07/10/dhondup-tsarong-lungshar-kunphela/">deux favoris</a>. Künphela, d&#8217;une part, était un simple domestique qui bénéficia des largesses du XIIIe Dalaï-lama pour s&#8217;imposer et se constituer un régiment personnel censé assurer sa survie politique. Hélas pour lui, le favoritisme qu&#8217;il manifesta envers &#8220;ses&#8221; soldats ne paya pas puisque ceux-ci étaient contraints de le servir et se rebellèrent, donnant ainsi au clergé l&#8217;occasion de se débarrasser à la fois d&#8217;un homme trop puissant et de troupes bien armées et entrainées qui auraient pu le menacer. L&#8217;autre favori, Lungshar, était un des très rares Tibétains à avoir visité plusieurs pays étrangers et à avoir compris le besoin urgent de réformer le pays. Hélas pour lui, il était aussi extrêmement assoiffé de pouvoir et intrigua pour provoquer la chute de son rival. Il réussit même à créer un embryon de parti politique incluant aussi bien des aristocrates que des moines influents, mais une dénonciation d&#8217;un membre jaloux précipita sa chute et sa mutilation. L&#8217;un comme l&#8217;autre auraient pourtant parfaitement pu prendre le pouvoir et changer le cours de l&#8217;histoire du pays. Une fois débarrassée d&#8217;eux, l&#8217;élite tibétaine s&#8217;en remis à de nouveaux joueur : le jeune régent Reting et le ministre Trimön. Le premier était un lama réincarné sans expérience et uniquement préoccupé par son bien-être et son enrichissement personnel. Le second était un homme politique bien plus chevronné qui aurait très bien pu tirer son épingle du jeu. Hélas pour lui, le jeune régent apprit vite et réussit le tour de force de persuader à la fois Trimön et son co-régent Langdün de démissionner ensemble (sauf que lui ne démissionna pas, bien entendu). Une fois ces contre-pouvoirs éliminés, il put imposer sa loi et démit progressivement tous ceux qui manifestaient un semblant d&#8217;opposition. À force d&#8217;arbitraire, même le clergé finit par en avoir assez et espéra son départ. Reting tenta alors une manœuvre échappatoire en cédant sa place à Taktra, un vieux lama pauvre de haute moralité, en partie parce qu&#8217;ayant rompu son vœu de chasteté, il ne pouvait plus recevoir les vœux monastiques du jeune XIVe Dalaï-lama. Il semble avoir pensé que Taktra lui céderait de nouveau le poste de régent après quelques années.</p>
<p>Tout au long de cette période, les <a href="https://lecatablog.wordpress.com/2010/02/25/empire-statut-tibet-negociations-grande-bretagne-chine-tibet-1913-1934/">relations entre le Tibet et la Chine</a> oscillèrent entre l&#8217;État de guerre et la volonté de trouver un accord. Les années 1910 et le début des années 1930, connaissant des combats dans la zone frontière voient sans surprise l&#8217;influence britannique croître malgré l&#8217;hostilité du clergé. Les années 1920 voient cette influence refluer un peu car l&#8217;opinion publique estime que si la Chine avait dû revenir, elle l&#8217;aurait déjà fait, et par conséquent son absence de réaction prouve que l&#8217;aide britannique est superflue. Après la mort du Dalaï-lama, la Chine fait un mouvement envers le Tibet en y envoyant une mission présenter ses condoléances, et qui laisse une radio et un représentant théoriquement temporaires. Malgré la bonne volonté réciproque, il apparait vite que les positions sont inconciliables : les uns acceptent tout au plus de reconnaitre une suzeraineté chinoise purement nominale quand les autres ne concèderaient une autonomie la plus étendue possible alors que le Tibet jouit déjà d&#8217;une indépendance de fait. Les discussions achoppent donc alors que le gouvernement subit une forte pression du clergé pour qu&#8217;il fasse un geste en faveur du <a href="https://lecatablog.wordpress.com/2010/05/10/fabienne-jagou-peregrinations-9-6-panchen-lama/">retour du Panchen-lama</a>. Soutenu par la Chine, ce dernier ne veut rien d&#8217;autre que revenir au Tibet en retrouvant tous les biens et prérogatives qu&#8217;il avait avant son départ, et refuse par conséquent de revoir quoi que ce soit à la baisse. La situation est d&#8217;autant plus tendue qu&#8217;il compte bien revenir avec une escorte armée chinoise, que Lhassa est prête à recevoir les armes à la main. Le début de la guerre sino-japonaise interrompt son retour, et il meurt tout près de la frontière alors que le gouvernement tibétain avait fini par laisser tomber.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 750px"><a href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/46/Organigramme_du_Ganden_Phodrang_ou_gouvernement_traditionnel_du_Tibet_%281913-1951%29.png"><img title="Organigramme du Ganden Phodrang ou gouvernement traditionnel du Tibet (1913-1951) - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/46/Organigramme_du_Ganden_Phodrang_ou_gouvernement_traditionnel_du_Tibet_%281913-1951%29.png" alt="Organigramme du Ganden Phodrang ou gouvernement traditionnel du Tibet (1913-1951) - Wikicommons" width="740" /></a><p class="wp-caption-text">Organigramme du Ganden Phodrang ou gouvernement traditionnel du Tibet (1913-1951) - Wikicommons</p></div>
<p>Malheureusement pour Reting, le nouveau régent Taktra n&#8217;avait aucune intention de lui céder la place et renvoya méthodiquement tous les soutiens de son prédécesseur. Lorsque ce dernier s&#8217;en aperçut, il prit contact avec les autorités chinoises dans l&#8217;espoir qu&#8217;elles le soutiennent au cas où un soulèvement se déclencherait en sa faveur. Cette prise de contact ajoutée à une tentative d&#8217;assassinat ratée provoqua la colère du régent qui décida d&#8217;en finir une bonne fois pour toute et <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/07/18/hugh-richardson-conspiration-reting-1947/">fit arrêter Reting en 1947</a>. Sa correspondance privée ayant été trouvée et affichée au vu de tous, Reting fut condamné à la prison mais y mourut sans crier gare, ce qui suscita de fort soupçons d&#8217;empoisonnements. Conséquence directe, le gouvernement était contraint d&#8217;employer la force contre une partie du monastère de Sera, traditionnellement alliée à Reting. Le refus d&#8217;obéir aux ordres du gouvernement et le meurtre de leur propre abbé obligea l&#8217;armée à écraser le collège de Je du monastère de Sera puis le monastère de Reting dont les moines avaient exécuté les soldats protégeant les scellés du gouvernement. L&#8217;affaire provoque de graves remous et laisse le pays divisé à peine trois ans avant l&#8217;invasion chinoise. De même, l&#8217;élite du pays continue ses petites magouilles alors même qu&#8217;elle se rend compte que les nationalistes jusque-là assez inoffensifs vont céder la place aux communistes nettement plus déterminés à prendre pied au Tibet. Taktra lui-même devient de plus en plus impopulaire et recours aux mêmes méthodes que son prédécesseur. Profitant de l&#8217;invasion chinoise et de la capture de l&#8217;armée tibétaine, ses adversaires réussissent à amener progressivement le pouvoir au tout jeune XIVe Dalaï-lama en recourant aux oracles d&#8217;État et à des loteries divines. Celui-ci est évacué à Yatung, tout près de la frontière indienne, mais malgré les incitations de sa famille et de quelques hauts dignitaires, il cède à la pression monastique et choisit de revenir à Lhassa dans l&#8217;espoir de pouvoir limiter les changements que ne manqueront pas d&#8217;apporter les Chinois (et surtout parce que l&#8217;élite craint par dessus tout de perdre son niveau de vie en s&#8217;exilant). Une nouvelle ère politique s&#8217;ouvre au cours de laquelle les cartes vont progressivement être redistribuées.</p>
<p>Au plan international, la Seconde Guerre mondiale est une période d&#8217;occasions définitivement ratées pour le Tibet. Face à la menace japonaise qui pèse sur elles, la Chine et la Grande-Bretagne ont un besoin vital de trouver une route de ravitaillement et se tournent donc vers le Tibet. Une fois de plus, le clergé s&#8217;oppose catégoriquement à tout passage de véhicule étranger et craint que le matériel qui pourrait être acheminé par son territoire puisse servir un jour contre le Tibet. La Chine est résolue à obtenir une telle route, quitte à l&#8217;obtenir par la force. Devant le risque de voir le Tibet envahi et ayant besoin de conserver le soutien de la Chine face au Japon, la Grande-Bretagne fait alors elle-même de plus en plus pression sur Lhassa pour obtenir gain de cause. Tout à leurs intrigues, les Tibétains ne concèdent qu&#8217;au dernier moment la possibilité de faire passer du matériel non-militaire, par transport animal, et sous la seule supervision des compagnies tibétaines. Autant dire que la Chine en bénéficiera peu. Lorsque la guerre se termine, on se décide à négocier directement avec Chongking et on prépare l&#8217;envoi d&#8217;une mission diplomatique pour féliciter les Alliés qui devra bien entendu passer par la Chine. Il faut dire que les Britanniques ne voient pas d&#8217;un bon œil un éventuel rapprochement entre la Chine et le Tibet, et que les deux puissances sont peu disposées à laisser le Tibet participer à une conférence de la paix. La Chine ne manque pas de promettre qu&#8217;elle n&#8217;aura jamais la même attitude envers le Tibet que les Japonais envers la Corée. En 1946, une mission se rend donc en Inde où elle remet des cadeaux et des lettres aux autorités britanniques et à l&#8217;ambassadeur américain. Comprenant que leurs hôtes sont peu disposés à les laisser partir en Chine, les Tibétains finissent par s&#8217;en remettre au consulat chinois. Arrivés en Chine, les Tibétains remettent une lettre réaffirmant leur position et sollicitent une réponse. Sans même le comprendre, ils se font manipuler puisqu&#8217;on leur suggère que la réponse à leur lettre viendra lors de l&#8217;ouverture de l&#8217;assemblée nationale censée rédiger une nouvelle constitution. Malgré leur ordre de n&#8217;y assister qu&#8217;en tant qu&#8217;observateur et de vigoureusement s&#8217;opposer à toute interprétation contraire à leurs attente, ils ne peuvent rien changer au texte. Leur présence lors de cette assemblée sera utilisée plus tard à des fins de propagande. L&#8217;année suivante, les Tibétains décident d&#8217;envoyer une mission commerciale à l&#8217;étranger pour alléger les difficultés d&#8217;approvisionnements qui les frappent depuis la guerre, pour obtenir de l&#8217;or et éventuellement manifester leur indépendance. Cette mission n&#8217;est pas vraiment un succès : leurs passeports tibétains sont visés une première fois par les autorités britanniques et américaines, mais pour entrer et sortir de Chine il leur faut utiliser des papiers chinois, ce qui nuit à leur crédibilité. En outre, une fois aux États-Unis, tant la Grande-Bretagne que leurs hôtes décident de pas viser leurs passeports tibétains en raison des protestations chinoises qui les empêchent également de s&#8217;entretenir avec le président. Furieux, les Tibétains menacent de ne pas aller en Grande-Bretagne, qui décide alors de prolonger leurs visas expirés pour contourner le problème. D&#8217;un point de vue financier, les Tibétains obtiennent l&#8217;autorisation d&#8217;acheter de l&#8217;or américain en versant des dollars, mais comme le gouvernement indien refuse de leur verser autre chose que des roupies, la transaction en est retardée. En 1948, le Tibet obtient une petite victoire diplomatique en étant invité à une conférence des pays asiatique sans réel contenu politique. Dès l&#8217;année suivante, la Chine communiste victorieuse annonce son intention de libérer le Tibet. Les Tibétains cherchent donc à envoyer plusieurs missions à l&#8217;étranger, mais l&#8217;Inde n&#8217;a aucune envie de les aider, et Londres et Washington refusent tout de go de les recevoir. Sous forte pression, le Tibet consent à envoyer une délégation présenter sa vision des choses aux Chinois, et espèrent négocier à Hong Kong. Mais les Britanniques refusent que de telles discussions se tiennent sur leur territoire. Les Tibétains se résolvent donc à proposer aux Chinois de négocier en Inde, pays qui n&#8217;est pas alors entaché d&#8217;un quelconque passé impérialiste. Le gouvernement tibétain fait délibérément trainer les choses dans l&#8217;espoir de gagner du temps, ce qui pousse la Chine à franchir la frontière. Elle trouve devant elle une armée tibétaine en sous-effectif, mal équipée, mal entrainée et mal encadrée. Le responsable de la défense est remplacé au dernier moment par Nagpo Ngawang Jigme, qui ne cache pas son pessimisme et son souhait de parvenir à un accord avec la Chine. Une suite d&#8217;erreurs permet à l&#8217;armée populaire de libération de capturer l&#8217;armée tibétaine en octobre 1950. Lhassa doit désormais tenter de sauver les meubles en envoyant <a href="https://lecatablog.wordpress.com/2010/08/11/tsering-shakya-accord-17-points-tibet-chine-1951/">une délégation à Pékin</a>. Parallèlement à ces événements, les États-Unis se montrent de plus en plus motivés à soutenir moralement les Tibétains, mais leur impossibilité de pouvoir intervenir militairement et ouvertement (l&#8217;hostilité de l&#8217;Inde à tout ce qui pourrait nuire à son amitié avec la Chine étant un obstacle fondamental) font que le Dalaï-lama choisissent de ne pas dénoncer l&#8217;accord. Finalement, la délégation de Ngapo Ngawang demande à ce que l&#8217;assemblée nationale tranche et valide ou non l&#8217;accord qu&#8217;il a signé. Celle-ci considère que le système traditionnel ne devrait pas être remis en cause et recommande au souverain de l&#8217;approuver, ce qu&#8217;il fait le 24 octobre 1951.</p>
<table width="100%">
<caption>Chronologie des kalön (ministres) de 1913 à 1951.<br />
Note : kalön est le titre, shape est le prédicat.<br />
(Ex : un kalön nommé Tsarong sera donc appelé Tsarong shape.)</caption>
<tbody>
<tr>
<th>Année</th>
<th>Dirigeant</th>
<th width="20%">Ministre religieux</th>
<th width="20%">Ministre laïc 1</th>
<th width="20%">Ministre laïc 2</th>
<th width="20%">Ministre laïc 3</th>
</tr>
<tr>
<td>1901</td>
<td rowspan="11"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_336.html">XIIIe Dalaï-lama (1876-1933)</a></td>
<td rowspan="2">Changkyim (?-1925)<br />
Démis en 1903 puis nommé lönchen en 1908.</td>
<td rowspan="2">Zhölkhang<br />
Démis en 1903 puis nommé lönchen en 1908.</td>
<td rowspan="2">Horkhang (1865-1903)</td>
<td><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_541.html">Shatra Peljor Dorje (1860-1919)</a><br />
Nommé en 1893, démis en 1903 puis nommé lönchen en 1908.</td>
</tr>
<tr>
<td>1903</td>
<td rowspan="3">Yuthog Phüntsog Palden (1960-1910)</td>
</tr>
<tr>
<td>1904</td>
<td rowspan="2">Jampa Tenzin puis Lobsang Trinle (1860-1910)</td>
<td rowspan="2">Sarjung Tseten Wangchug (1857-1914)</td>
<td rowspan="3">Tsarong Wangchug Gyalpo (?-1912)<br />
Collabore avec les Chinois.</td>
</tr>
<tr>
<td>1907</td>
</tr>
<tr>
<td>1910</td>
<td>Tenzin Chödrag<br />
Nommé par les Chinois.</td>
<td>Rampa (1875-?)<br />
Nommé par les Chinois.</td>
<td>Langthong<br />
Nommé par les Chinois.</td>
</tr>
<tr>
<td>1913</td>
<td rowspan="3"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_475.html">Jampa Tendar (1870-1922)</a><br />
Nommé en 1912 selon le Tibet Album.</td>
<td></td>
<td rowspan="5"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_265.html">Tsarong (1886-1959)</a><br />
Goldstein dit qu&#8217;il a été démis en 1930 mais ne précise pas qui lui a succédé.</td>
<td>Dekyi Ling (?-1914)</td>
</tr>
<tr>
<td>1914</td>
<td rowspan="6"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_263.html">Trimön (1874-1945)</a><br />
Nommé en 1914 selon le Tibet Album.</td>
<td><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_478.html">Kuzangtse / Kheme (1875-1927)</a></td>
</tr>
<tr>
<td>1921</td>
<td rowspan="4">Ngaphö = Menkhab Töpa ?</td>
</tr>
<tr>
<td>1922</td>
<td rowspan="3"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_204.html">Parkhang (1863-1939)</a><br />
En fonction de 1924 à 1935 selon le Tibet Album.</td>
</tr>
<tr>
<td>1930</td>
</tr>
<tr>
<td>1933</td>
<td></td>
</tr>
<tr>
<td>1934</td>
<td rowspan="4">Régence de <a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_291.html">Reting (1911-1947)</a></td>
<td rowspan="3"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_22.html">Trekhang / Changkhyim (1886-1949)</a></td>
<td rowspan="5"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_113.html">Langchunga (1884-?)</a></td>
<td rowspan="8"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_2.html">Bönshö (1889-1945)</a></td>
</tr>
<tr>
<td>1936</td>
<td><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_247.html">Trentong (1890-1938)</a><br />
Goldstein ne donne pas la date de sa nomination (1932 selon le Tibet Album).</td>
</tr>
<tr>
<td>1938</td>
<td rowspan="5">Phünkhang (1888-?)</td>
</tr>
<tr>
<td>1939</td>
<td rowspan="3">Tempa Jamyang</td>
</tr>
<tr>
<td>1941</td>
<td rowspan="5">Régence de Taktra (1874-1952)</td>
</tr>
<tr>
<td>1943</td>
<td rowspan="4"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_65.html">Surkhang (1910-?)</a></td>
</tr>
<tr>
<td>1944</td>
<td rowspan="5"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_216.html">Rampa (1896-1959)</a></td>
</tr>
<tr>
<td>1945</td>
<td rowspan="3"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_89.html">Kashöpa (1903-?)</a></td>
</tr>
<tr>
<td>1947</td>
<td rowspan="3"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_118.html">Lhalu (1910-?)</a></td>
</tr>
<tr>
<td>1949</td>
<td rowspan="3"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_557.html">XIVe Dalaï-lama (1935-?)</a></p>
<p>1950 : Nomination de deux ministres supplémentaires restant à Lhassa quand le Dalaï-lama est évacué à Yatung</td>
<td rowspan="2"><a href="http://tibet.prm.ox.ac.uk/biography_47.html">Ragashar / Phüntsog Rabgye (?-1957)</a></td>
</tr>
<tr>
<td>1950</td>
<td>Ngapo Ngawang Jigme (1910-1994)</td>
</tr>
<tr>
<td>1951</td>
<td colspan="4">Dans le tome suivant portant sur la période 1951-1955, Golstein précise qu&#8217;il y a désormais quatre ministres supplémentaires : Shasur / Shankawa et Thubten Ramyang, tous deux laissés à Lhassa l&#8217;année précédente ; Dombor (fonctionnaire religieux) et Surkhang (qui serait donc resté en poste, Ngapo étant en fait surnuméraire dès 1950 ?)</td>
</tr>
</tbody>
</table>
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			<media:title type="html">A history of modern Tibet, 1913-1951 : the demise of the lamaist State / Melvyn C. Goldstein</media:title>
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			<media:title type="html">Organigramme du Ganden Phodrang ou gouvernement traditionnel du Tibet (1913-1951) - Wikicommons</media:title>
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		<item>
		<title>Le Léon : histoire et géographie contemporaine / Louis Élégoët</title>
		<link>http://lecatablog.wordpress.com/2011/07/18/le-leon-histoire-et-geographie-contemporaine-louis-elegoet/</link>
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		<pubDate>Mon, 18 Jul 2011 15:31:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bretagne]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[histoire (hors Tibet)]]></category>
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		<description><![CDATA[Passons encore une fois à des quelque chose de très différent. Je suis tombé il y a peu sur ce livre publié en 2007 aux éditions Palantines, et qui m&#8217;a beaucoup intéressé en raison d&#8217;attaches familiales dans la région. Nous découvrons donc l&#8217;histoire de cette région de la préhistoire à nos jours. Voilà un titre [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2698&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Passons encore une fois à des quelque chose de très différent. Je suis tombé il y a peu sur ce livre publié en 2007 aux éditions Palantines, et qui m&#8217;a beaucoup intéressé en raison d&#8217;attaches familiales dans la région. Nous découvrons donc l&#8217;histoire de cette région de la préhistoire à nos jours.<span id="more-2698"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 185px"><img alt="Le Léon : histoire et géographie contemporaine / Louis Élégoët" src="http://www.images-chapitre.com/ima1/newbig/444/1601444_3415807.jpg" title="Le Léon : histoire et géographie contemporaine / Louis Élégoët" width="175" height="232" /><p class="wp-caption-text">Le Léon : histoire et géographie contemporaine / Louis Élégoët</p></div>
<p>Voilà un titre intéressant et très bien illustré. Seul petit bémol, la Seconde Guerre mondiale et l&#8217;occupation sont expédiées en deux pages citant des témoignages. Je suis sûr qu&#8217;il y aurait eu moyen de parler des autonomismes, de la collaboration etc&#8230; Trop sensible, peut-être ?</p>
<p>Le Léon donc, est un des anciens diocèses historique de la Bretagne, qui couvre à peu près le tiers nord-ouest du Finistère. Bien que ses limites ont fluctué au fil du temps, on considère généralement qu&#8217;il s&#8217;arrête à l&#8217;est à Morlaix, et un peu au sud de Landerneau, et comprend toutes les terres à l&#8217;ouest et au nord de ces villes. La ville de Brest constitue une exception notable dans la mesure où elle est historiquement une ville-garnison française plantée en terre bretonne. Le nom de cette région pourrait venir de la présence d&#8217;une légion romaine, le mot ayant par la suite été déformé. Lieu d&#8217;échange dès la préhistoire (on y retrouve des produits venus d&#8217;Espagne et des îles britanniques), la Bretagne se celtise progressivement avec l&#8217;arrivée des premiers Gaulois. Les Armoricains y fondent des cités et des tribus, et la région est dominée par les Osismes basés à Vorgium, l&#8217;actuelle Carhaix. La cité périclite en même temps que l&#8217;empire romain, l&#8217;agitation politique poussant les gens à enterrer des trésors qui seront retrouvés des siècles plus tard. L&#8217;Armorique commence peu après (IVe-Ve siècles) à devenir la Bretagne lorsque les Bretons insulaires émigrent pour s&#8217;y installer. Plus que des invasions anglo-saxones, il faut peut-être en voir la cause dans l&#8217;instabilité liée au départ des garnisons romaines et aux attaques des Pictes de l&#8217;actuelle Écosse et des Scots de l&#8217;actuelle Irlande. Ce mouvement très progressif de population a des conséquences importantes : la langue gauloise cède la place à l&#8217;ancêtre du breton ; les nouveaux venus rebaptisent les lieux en leur donnant le nom de leurs anciens terroirs, ce qui explique la présence de noms identiques de chaque coté de la Manche (Domnonée / Dumnonia, Lanildut / Llanilltud). Autre conséquence, la côte nord et l&#8217;ouest de la Bretagne sont sous l&#8217;influence du clergé celte et irlandais alors que le sud et l&#8217;est restent dans la sphère gallo-romaine.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.geobreizh.com"><img alt="Les provinces historiques de Bretagne © Géobreizh" src="http://www.geobreizh.com/breizh/images/cartes/carte-bretagne-provinces-2011-fr.jpg" title="Les provinces historiques de Bretagne © Géobreizh" width="740" /></a><p class="wp-caption-text">Les provinces historiques de Bretagne © Géobreizh</p></div>
<p>Alors qu&#8217;il rentre dans le Moyen-Âge, le Léon tombe dans l&#8217;escarcelle de vicomtes. Très tôt, ceux-ci s&#8217;empoignent avec les Anglais ou le duc de Bretagne lors des divers conflits, au point qu&#8217;au XIIe siècle la vicomté perde une bonne partie de ses terres au profit du duc de Bretagne. Le pays, bien que maritime, n&#8217;occupe pas une place importante dans le commerce international : on transporte bien plus pour le compte des autres que pour le sien. Au XIVe siècle, on commence à produire du lin dont on fait des crées, des voiles de marine qui alimentent le marché, en particulier en Grande-Bretagne. Pas de manufactures ou de grandes concentrations, dans le Léon, tout se fait à la maison ou presque. La prospérité permet toutefois aux communautés villageoise de faire construire et embellir leurs lieux de culte. Ceci n&#8217;empêche pas la région de subir famines et disettes. L&#8217;introduction du sarrasin et de la pomme de terre améliore toutefois un peu la situation. Du point de vue culturel, on est ici en présence de ce que l&#8217;auteur appelle une civilisation paroissiale tant le pays se démarque de ses voisins cornouaillais et trégorois. Le taux de pratique religieuse y atteint généralement les 90 % et Saint-Pol-de-Léon, siège de l&#8217;évêque aux allures de ville sainte, tranche fortement avec Morlaix dont on dénonce l&#8217;indifférence religieuse. Le poids social et politique du clergé est sans comparaison ailleurs en Bretagne, et les vocations sont suffisamment nombreuses pour que les candidats au ministère débordent sur les diocèses voisins (qui ne goûtent pas forcément leur exigence). Si on se sent breton, on est avant tout de sa paroisse, et les uns et les autres savent reconnaitre les origines rien qu&#8217;à l&#8217;oreille. L&#8217;attachement fort à sa terre se manifeste par une forte endogamie et une méfiance envers les migrations (que découragent les prêtres), qui confine parfois à l&#8217;autarcie. Chaque paroisse a des liens privilégiés avec les paroisses sœurs voisines qui échangent services et époux. La révolution est d&#8217;abord accueillie avec enthousiasme par les populations qui s&#8217;empresse de rédiger des cahiers de doléance et d&#8217;élire leurs premiers maires (souvent des prêtres), mais la nécessité de prêter serment à la constitution (et donc de ne plus dépendre directement du pape) entraine une brouille définitive avec la république. Sauf exception, les paroisses resteront fidèles à leur prêtre et bouderont ou feront partir son remplaçant jureur.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 277px"><a href="http://www.heraldique-europeenne.org/Accueil.htm"><img alt="Armoiries du Léon : d&#039;or, au lion morné de sable © Arnaud Bunel" src="http://www.heraldique-europeenne.org/Regions/France/Blasons/Leon.gif" title="Armoiries du Léon : d&#039;or, au lion morné de sable © Arnaud Bunel" width="267" height="324" /></a><p class="wp-caption-text">Armoiries du Léon : d&#039;or, au lion morné de sable © Arnaud Bunel</p></div>
<p>Le XIXe est une période calme mais qui voit la Bretagne et le Léon de plus en plus économiquement à la traine par rapport aux autres régions. Malgré quelques tentatives, parfois réussies, le Léon reste profondément rural et les innovations mettent du temps à arriver et ne révolutionnent pas la production. On développe toutefois la culture des légumes pour l&#8217;exportation (Johnnies et leurs oignons). La croissance naturelle forte de la région la fait passer aux yeux de Paris pour un pays sous-développé presque plus éloigné que les colonies. Cette croissance alimente d&#8217;ailleurs le chômage et annonce le grand bouleversement du XXe siècle. C&#8217;est en effet à partir des années 1930-1940 que la masse bretonne prend conscience de son retard technique par rapport au reste de la France, et que les paysans aisés complexés commencent à rejeter leur langue et leur culture pour mieux s&#8217;intégrer à la bourgeoisie urbaine francophone qui est alors vue comme la seule porte d&#8217;accès à l&#8217;ascenseur social. C&#8217;est dans les années 1950 que les bretonnants décident d&#8217;arrêter de parler breton à leurs jeunes enfants, souvent sans maitriser le français. Il en résulte une &#8220;identité négative&#8221; : on nait et on se sait breton, mais c&#8217;est vécu comme un effroyable fardeau dont il faut se débarrasser à tout prix. Les Trente glorieuses sont pour le Léon une période de révolution économique, sociale et culturelle : l&#8217;ancien terroir fragmenté et replié sur lui s&#8217;ouvre au monde et à la société de consommation avec une rapidité extraordinaire. La natalité léonarde finit par rattraper le niveau national alors que la religiosité s&#8217;effondre brutalement et dans des proportions incroyables. Néanmoins, l&#8217;effacement progressif de la culture bretonne fait réagir les jeunes générations qui cherchent au contraire à la défendre et l&#8217;affirmer. Depuis les années 1980, la scolarisation et l&#8217;accès à l&#8217;université dépasse allègrement la moyenne nationale.</p>
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		<title>Monastères-forteresses de l&#8217;Himalaya : Tibet, Ladakh, Népal et Bhoutan / Peter Harrison</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Jun 2011 23:40:52 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[J&#8217;aime bien faire de la veille sur Amazon, je trouve toujours des trucs super. En farfouillant un peu je suis tombé sur Fortress Monasteries of the Himalayas: Tibet, Ladakh, Nepal and Bhutan de Peter Harrison et tout juste publié chez Osprey Publishing en tant que numéro 104 de la série Fortress. Cette maison d&#8217;édition est [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2581&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;aime bien faire de la veille sur Amazon, je trouve toujours des trucs super. En farfouillant un peu je suis tombé sur <em>Fortress Monasteries of the Himalayas: Tibet, Ladakh, Nepal and Bhutan</em> de Peter Harrison et tout juste publié chez <a href="http://www.ospreypublishing.com/">Osprey Publishing</a> en tant que numéro 104 de la série Fortress. Cette maison d&#8217;édition est spécialisée depuis les années 1970 dans l&#8217;histoire militaire du monde, et a commencé avec la revue <em>Men at arms</em> qui est dédiée aux uniformes et matériels de toutes les époques. Ça vaut le coup de fureter sur leur site car il fourmille de trucs intéressants.<span id="more-2581"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 205px"><a href="http://www.ospreypublishing.com/store/Fortress-Monasteries-of-the-Himalayas_9781849083966"><img alt="Fortress Monasteries of the Himalayas: Tibet, Ladakh, Nepal and Bhutan / Peter Harrison" src="http://www.ospreypublishing.com/images/books/covers/mainpageimages/9781849083966-th2.jpg" title="Fortress Monasteries of the Himalayas: Tibet, Ladakh, Nepal and Bhutan / Peter Harrison" width="195" height="263" /></a><p class="wp-caption-text">Fortress Monasteries of the Himalayas: Tibet, Ladakh, Nepal and Bhutan / Peter Harrison</p></div>
<p>Ce petit livre, illustré de photos, de cartes et de vues d&#8217;artistes, nous présente donc le système d&#8217;architecture militaire du monde culturel tibétain. Comme l&#8217;explique l&#8217;auteur, il est difficile de reconstituer l&#8217;histoire exacte des bâtiments car, en vertu du principe du principe bouddhiste d&#8217;impermanence, ceux-ci ont continuellement été reconstruits après chaque détérioration. Il est donc quasiment impossible de dater avec certitudes tel ou tel élément architectural, car les monuments tibétains ont été modifiés et / ou agrandis au fil du temps. L&#8217;astrologie et la divination ont souvent fourni les lieux et dates de fondation aux constructeurs. Les sources écrites et ce qu&#8217;on peut observer montrent que les bâtiments ont peu changé depuis les XVe-XVIIe siècles, période d&#8217;intense guerre civile où diverses tribus mongoles se sont par ailleurs invitées dans la région et la dévastèrent. Une autre difficulté est que les architectes, anonymes, étaient des artisans qui se transmettaient leur savoir de façon orale et qui n&#8217;ont donc pas laissé de plan. Généralement carrés ou rectangulaires (ou suivant le relief lorsqu&#8217;ils sont bâtis en hauteur), les bâtiments sont souvent entourés de murailles inclinées vers l&#8217;intérieur pour mieux résister aux tremblements de terre. Les fondations étaient particulièrement solides et consistaient en pierres taillées liées par un mortier de paille et de boue. Les étages étaient faits de murs de briques de boue, et les éléments de charpenterie pouvaient venir de loin si la région était peu boisée. Enfin, les toits étaient plats sauf au Bhoutan qui reçoit beaucoup plus de précipitations que son voisin septentrional. Les premiers niveaux n&#8217;ont pas de fenêtres, celles-ci étant d&#8217;abord réduites à de simples meurtrières dans les niveaux intermédiaires, avant de s&#8217;élargir progressivement pour s&#8217;agrémenter de balcons aux derniers étages. Les ouvertures s&#8217;ouvrent plutôt vers le sud pour profiter au maximum du soleil. De par leur nature militaire, les dzongs étaient construits sur des éminences rocheuses, voire sur les flancs de montagne afin de bénéficier d&#8217;une vision de longue distance. Les villes étaient rarement murées même si de petits villages pouvaient exister à l&#8217;intérieur des murailles de forteresses, et les monastères en avaient souvent (beaucoup préférèrent quitter le Tibet central et la domination des Gelukpa pour s&#8217;installer des les marches sino-tibétaines). Le dernier siècle a vu la grande majorité de ces fortifications disparaitre : détruites au Tibet par l&#8217;armée chinoise lors d&#8217;insurrection ou lors de la révolution culturelle, non entretenues dans les autres pays en raison de leur inutilité. Il n&#8217;existe donc désormais plus beaucoup d&#8217;exemples d&#8217;architecture militaire à observer.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><iframe width="740" height="350" frameborder="0" scrolling="no" marginheight="0" marginwidth="0" src="http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;t=p&amp;msa=0&amp;msid=208507027718372437301.0004a4fd7c3025c9e6600&amp;ll=30.562261,87.451172&amp;spn=12.50646,32.519531&amp;z=5&amp;output=embed"></iframe><br /><small><a href="http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;t=p&amp;msa=0&amp;msid=208507027718372437301.0004a4fd7c3025c9e6600&amp;ll=30.562261,87.451172&amp;spn=12.50646,32.519531&amp;z=5&amp;source=embed" style="text-align:left">View Larger Map</a></small><p class="wp-caption-text">Les dzongs / forteresses évoquées dans le livre.</p></div>
<p>On retrouve des caractéristiques particulières suivant les régions.<br />
- Le Tibet central a toujours eu des fortifications laïques, les plus anciennes remontant à l&#8217;empire, et les plus récentes appartenant à l&#8217;aristocratie, ce qui n&#8217;empêcha pas de nombreux monastères de s&#8217;en doter (les plus gros ne sont pas forcément les mieux défendus). Néanmoins, la plupart des monastères de cette zone étaient distincts des forteresses, bien que partageant parfois une même muraille. C&#8217;est un reflet de l&#8217;administration traditionnelle qui voyait chaque fonctionnaire laïc flanqué d&#8217;un moine fonctionnaire de rang identique ou supérieur. Les dzongs sont avant tout des relais de pouvoir qui permettent de manifester la puissance de leur propriétaire tout en servant d&#8217;abri à la population de leur domaine. Ces forteresses tibétaines servaient de greniers et bénéficiaient toujours d&#8217;une source d&#8217;eau (parfois rejointe grâce à une allée fortifiée) dans une région au climat difficile, ce qui a rendu les sièges très coûteux et difficiles à organiser à part la Chine ou les Mongols qui étaient les seuls à avoir suffisamment de ressources pour en maintenir. Les Tibétains se caractérisent aussi par leur manière de combattre puisqu&#8217;ils privilégient le combat à distance via les mousquets, arcs et flèches et les quelques rares pièces d&#8217;artillerie qu&#8217;ils possèdent. Cela leur sera fatal quand il devront faire face aux Gurkhas venus du Népal qui, eux, privilégient le contact direct. Bien souvent, les monastères servirent de caravansérails dans les régions peu habitées. Au Tibet oriental, le morcellement politique et les conflits presque permanents qui opposent les principautés et les monastères entre eux ont poussé les monastères à s&#8217;installer plutôt dans les hauteurs.<br />
- C&#8217;est aussi le choix qu&#8217;ont fait les habitants du Ladakh après avoir subi plusieurs invasions musulmanes venues d&#8217;Inde ou de l&#8217;actuel Pakistan au XVe siècle, alors qu&#8217;au départ les monastères étaient installés en plaine. Mais leur richesse en faisant des cibles privilégiées, les Ladakhis les déplacèrent au sein des forteresses situées, elles, à l&#8217;abri en hauteur. Le Ladakh avait en outre développé un réseau de dzongs dans les régions les plus peuplées afin de protéger la population, ce qui témoigne de l&#8217;opulence du pays qui a servi de tout temps de relai commercial entre l&#8217;Inde, l&#8217;Asie centrale et le Tibet. Les dépendances du Ladakh, le Zanskar, le Lahoul et le Spiti étant encore plus difficiles d&#8217;accès, on y trouve beaucoup moins de fortifications.<br />
- Le Mustang, royaume vassal du Népal, était peu peuplé, mais eut une riche histoire militaire. Lui aussi était un point de passage entre le Tibet et l&#8217;Inde. Les échanges commerciaux attirant l&#8217;appétit de beaucoup, il dut protéger ses monastères et sa capitale par des murailles et des forts.<br />
- Le Bhoutan est le seul pays de culture tibétaine qui a su préserver son indépendance, par conséquent ses dzongs ont survécu au XXe siècle sans grands changements. Ce sont d&#8217;ailleurs les seuls qui continuent à assurer une fonction administrative officielle et qu&#8217;on a continué à construire (bien que les dzongs récents n&#8217;aient pas de fortifications). Les dzongs bhoutanais ont dès le départ été pensés comme une fusion du pouvoir civil et religieux en raison de l&#8217;unification du pays par le Ier Shabdrung, Ngawang Namgyal. Celui-ci était un lama de la sous-école Drukpa-Kagyü qui dut fuir le Tibet à cause de sa renommée et parce qu&#8217;on lui disputait son titre. Il s&#8217;installa au Bhoutan et en fit un royaume dont il créa et développa l&#8217;administration. Les forteresses qu&#8217;il fit construire étaient confiées à des gouverneurs qui assurèrent la cohésion de l&#8217;ensemble. Si les réincarnations du Shabdrung ne purent gouverner, l&#8217;indépendance du pays était acquise malgré les tentatives tibétaines et mongoles de le placer sous leur influence. Les dzongs bhoutanais ont la particularité de ne pas avoir de toit plein puisqu&#8217;une allée découverte qui permet de surveiller les passages de voyageurs les traverse de part en part. De même, les parties laïques et monastiques sont séparées par une tour centrale qui pouvait éventuellement servir de zone de repli au cas où un ennemi réussisse à prendre la forteresse. Un mini fortin, le ta, complétait la défense du dzong en étant placé plus en hauteur que lui.</p>
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		<title>Tibet : une histoire / Sam van Schaik</title>
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		<pubDate>Wed, 01 Jun 2011 10:15:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Tibet]]></category>
		<category><![CDATA[Mes lectures]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour changer un peu, parlons d&#8217;histoire du Tibet (rires). Cet ouvrage qui vient de paraître chez Yale University Press est l&#8217;œuvre de Sam van Schaik, par ailleurs auteur de l&#8217;excellent blog EarlyTibet. M. van Schaik est spécialisé dans les sources tibétaines anciennes, c&#8217;est à dire essentiellement les textes retrouvés à Dunhuang. Il travaille d&#8217;ailleurs pour [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2544&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour changer un peu, parlons d&#8217;histoire du Tibet (rires). Cet ouvrage qui vient de paraître chez Yale University Press est l&#8217;œuvre de Sam van Schaik, par ailleurs auteur de l&#8217;excellent blog <a href="http://earlytibet.com/">EarlyTibet</a>. M. van Schaik est spécialisé dans les sources tibétaines anciennes, c&#8217;est à dire essentiellement les textes retrouvés à Dunhuang. Il travaille d&#8217;ailleurs pour l&#8217;<a href="http://idp.bl.uk/">International Dunhuang Project</a> (<a href="http://idp.bnf.fr/">la BNF y contribue aussi</a>, parmi d&#8217;autres bibliothèques du monde), qui a pour but de numériser lesdits textes et de faciliter leur diffusion et leur étude.<span id="more-2544"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 220px"><img alt="Tibet : a history / Sam van Schaik" src="http://yalepress.yale.edu/yupbooks/images/full13/9780300154047.jpg" title="Tibet : a history / Sam van Schaik" width="200" /><p class="wp-caption-text">Tibet : a history / Sam van Schaik</p></div>
<p>Ce livre est un livre d&#8217;introduction à l&#8217;histoire du Tibet et s&#8217;adresse donc au grand public. Je ne peux qu&#8217;espérer qu&#8217;il soit un jour traduit en français. La lecture en est très agréable, mais souffre de petits défauts (de mon point de vue d&#8217;amateur, en tous cas) : il y a vraiment très peu de dates données, ce qui rendra probablement perplexes les néophytes, d&#8217;autant plus qu&#8217;on ne trouve pas non plus de chronologie ni de liste de dirigeants à la fin. Les repères temporels sont donc un peu difficiles à établir. Autre petit défaut, l&#8217;auteur commence souvent ses sections en racontant l&#8217;histoire traditionnelle telle qu&#8217;elle est racontée dans les légendes ou par les auteurs bouddhistes, mais j&#8217;ai trouvé que ces passages ne se démarquaient pas assez du commentaire de l&#8217;historien. Mais heureusement les qualités compensent largement ces petits inconvénients (très relatifs). Une des choses qui m&#8217;a particulièrement plu, c&#8217;est qu&#8217;enfin, un auteur se donne la peine l&#8217;expliquer les différences entre les différentes écoles du bouddhisme tibétain. Dans la plupart des autres bouquins, soit on ne parle de ces écoles que dans un contexte politique, soit on détaille leurs spécificités au risque de devenir totalement abscons (pour moi, en tous cas), soit on considère tout simplement que le lecteur connait déjà l&#8217;origine de chaque école. Ce n&#8217;est pas le cas ici puisque l&#8217;auteur nous présente rapidement le contexte d&#8217;apparition des écoles et leurs spécificités : rituel privilégié, méthode d&#8217;enseignement particulière ou texte fondateur sont au moins nommés.</p>
<p>Le fait que l&#8217;auteur soit spécialisé dans l&#8217;ère impériale rend les premiers chapitres très intéressant. Bien heureusement, les passages suivants sont tout aussi bien et présentent clairement l&#8217;évolution politique du Tibet sans oublier les aspects culturels. Dès qu&#8217;on approche les points litigieux et chargés de polémique, il ne manque pas de présenter les opinions des &#8220;pro-chinois&#8221; et des &#8220;pro-indépendance&#8221; avant de donner le sien. Un point agréable est qu&#8217;on ne voit pas uniquement l&#8217;histoire tibétaine telle que vécue au Tibet central. Sam van Schaik n&#8217;oublie pas d&#8217;évoquer l&#8217;histoire des marges tibétaines souvent dédaignées par Lhassa alors qu&#8217;elles ont lourdement contribué à son développement, notamment en réintroduisant la vie monastique après l&#8217;effondrement de l&#8217;empire. Le livre permet de bien comprendre à quel point la situation religieuse du Tibet central a été bouleversée par l&#8217;accession au pouvoir de l&#8217;école Gelug grâce aux Dalaï-lamas et Panchen-lamas. Ainsi, la tolérance qui était globalement la norme avant le XVIIe siècle et qui se traduisait par la présence de nombreuses écoles a fini par céder la place à un sectarisme croissant. Alliée à de puissants protecteurs mongols (et malgré des périodes et des personnes favorables aux échanges entre écoles), l&#8217;école Gelug a écrasé militairement puis détruit ou annexé de très nombreux monastères des écoles rivale, au point que celles-ci se soit recentrées sur les marges de l&#8217;espace tibétain échappant à l&#8217;autorité de Lhassa (territoires sous domination indienne ou chinoise). L&#8217;école Gelug ne s&#8217;en laissa pas compter et utilisa ses puissants relais à la cour des empereurs mandchous pour pousser ces derniers à servir ses intérêts, quitte à nuire à l&#8217;autorité du Dalaï-lama. Les notes qui se trouvent en fin d&#8217;ouvrages sont également une mine d&#8217;information qu&#8217;il ne faut pas hésiter à consulter.</p>
<br />Classé dans:<a href='http://lecatablog.wordpress.com/category/le-tibet/'>Le Tibet</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/category/mes-lectures/'>Mes lectures</a>  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lecatablog.wordpress.com/2544/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lecatablog.wordpress.com/2544/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lecatablog.wordpress.com/2544/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lecatablog.wordpress.com/2544/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lecatablog.wordpress.com/2544/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lecatablog.wordpress.com/2544/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lecatablog.wordpress.com/2544/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lecatablog.wordpress.com/2544/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lecatablog.wordpress.com/2544/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lecatablog.wordpress.com/2544/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lecatablog.wordpress.com/2544/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lecatablog.wordpress.com/2544/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lecatablog.wordpress.com/2544/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lecatablog.wordpress.com/2544/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2544&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Guerriers des Himalayas : redécouvrir les armes et armures du Tibet / Donald LaRocca</title>
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		<pubDate>Sun, 15 May 2011 12:04:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Tibet]]></category>
		<category><![CDATA[Mes lectures]]></category>
		<category><![CDATA[armes]]></category>
		<category><![CDATA[art]]></category>

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		<description><![CDATA[Cet article de 2008 a été complètement réécrit le 15/05/2011. Warriors of the Himalayas: Rediscovering the Arms And Armor of Tibet de Donald LaRocca est un catalogue d&#8217;exposition publié en 2006 par Yale University Press. C&#8217;est une présentation complète et précise de l&#8217;équipement militaire tibétain à travers les âges, précédés d&#8217;articles sur l&#8217;histoire des armes [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=178&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Cet article de 2008 a été complètement réécrit le 15/05/2011.</strong> <em>Warriors of the Himalayas: Rediscovering the Arms And Armor of Tibet</em> de Donald LaRocca est un catalogue d&#8217;exposition publié en 2006 par Yale University Press. C&#8217;est une présentation complète et précise de l&#8217;équipement militaire tibétain à travers les âges, précédés d&#8217;articles sur <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/08/redecouvrir-les-armes-et-armures-du-tibet-donald-j-larocca/">l&#8217;histoire des armes tibétaines</a>, celle de <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/13/une-histoire-de-la-ferronnerie-tibetaine-centres-de-production-styles-et-techniques-john-clarke/">la ferronnerie au Tibet</a>, <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/14/armes-et-armures-dans-liconographie-des-divinites-du-bouddhisme-tibetain-amy-heller/">les armes dans l&#8217;art bouddhiste</a> et un <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/15/le-gonkhang-temple-des-divinites-gardiennes-lozang-jamspal/">témoignage sur le fonctionnement d&#8217;une chapelle dédiée à un dieu protecteur</a>.<span id="more-178"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 305px"><a href="http://www.metmuseum.org/toah/hd/tbar/hd_tbar.htm"><img alt="Warriors of the Himalayas: Rediscovering the Arms And Armor of Tibet / Donald LaRocca" src="http://cdn2.fishpond.co.nz/9780300111538-crop-325x325.jpg" title="Warriors of the Himalayas: Rediscovering the Arms And Armor of Tibet / Donald LaRocca" width="295" height="325" /></a><p class="wp-caption-text">Warriors of the Himalayas: Rediscovering the Arms And Armor of Tibet / Donald LaRocca</p></div>
<p>Toutes les images illustrant ce billet sont © Metropolitan Museum of Arts</p>
<p><strong>Les casques et armures lamellaires</strong><br />
Une armure lamellaire est constituée de rangées de plaques de fer ou de cuir cousues par un lacet de cuir les unes aux autres de manière à se chevaucher. Cette technique est connue au Proche-Orient depuis le VIIIe siècle avant notre ère et a été utilisée au Tibet jusqu&#8217;au XXe siècle. C&#8217;était même le dernier pays du monde à les utiliser. Elles se présentent comme une robe sans manche généralement faites de douze à quatorze rangées de plaques, des rangées supplémentaires pouvant protéger le cou et les épaules. Elles s&#8217;ouvrent par l&#8217;avant (un lacet refermant l&#8217;armure) et l&#8217;arrière est fendu pour permettre un déplacement facile. Des bordures de soie ou de cuir renforcé existent parfois en bas de l&#8217;armure ou des épaules. On y lit souvent ce qui passe pour des numéros d&#8217;inventaires, ces équipements étant conservés dans des arsenaux de l&#8217;aristocratie ou du gouvernement. Des bourrelets de cuir fixés aux rangées supérieures permettent d&#8217;empêcher une lame de glisser et d&#8217;atteindre la gorge ou les flancs.<br />
Ces armures sont toujours accompagnées d&#8217;un casque construit sur le même principe : ils sont généralement constitués de huit plaques arrondies qui se rejoignent sous le cimier. Ce dernier ressemble à un calice : un pied à base losange surmonté d&#8217;un tube pouvant recevoir des plumes. Il y a parfois des rangées de plaques supplémentaires pour protéger les joues et la nuque.<br />
Les exemplaires existants sont de qualités très diverses et on pourrait être tenté de penser qu&#8217;ils sont d&#8217;époques différentes. Des datations au carbone 14 montrent qu&#8217;il n&#8217;en est rien et qu&#8217;armures et casques datent tous plus ou moins d&#8221;une période allant du début du XVe siècle à la moitié du XVIIe siècle. Des chercheurs ont eu tendance à attribuer systématiquement ce type d&#8217;armures lamellaires aux conquêtes mongoles, hors il s&#8217;avère qu&#8217;on n&#8217;en a pas retrouvé ailleurs qu&#8217;au Tibet, sans compter que les auteurs tibétains qui signalaient d&#8217;habitude l&#8217;origine des armes ne l&#8217;ont jamais fait pour ceux-ci.<br />
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 170px"><a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/36.25.53a,b"><img alt="Armure lamellaire du XVIe-XVIIe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_36.25.53a,b.jpg" title="Armure lamellaire du XVIe-XVIIe siècle" height="400" /></a><p class="wp-caption-text">Armure lamellaire du XVIe-XVIIe siècle</p></div></p>
<p><strong>Les casques</strong><br />
Il y a deux principaux types de casques : ceux qui étaient fabriqués en même temps que les armures lamellaires, et ceux qui étaient faits d&#8217;un seul tenant avec des rabats de tissu. On les considère généralement comme d&#8217;origine bhoutanaise, mais ils faisaient partie de l&#8217;équipement des zimchongpa défilant à Lhassa lors de la Mönlam Chenmo. D&#8217;autres types de casques existent. Ils peuvent avoir plus de plaques que d&#8217;habitude, ou être tout simplement d&#8217;origine étrangères. Quant ils sont décorés, les motifs sont très souvent d&#8217;inspiration bouddhiste.</p>
<p><strong>Les boucliers</strong><br />
Ils sont très mal connus alors qu&#8217;on les utilise depuis au moins aussi longtemps que les armes. Ils sont toujours ronds, mais peuvent être plats ou convexes. Ils sont faits d&#8217;osier ou de rotin et sont rarement décoré si ce n&#8217;est de la peinture. Il y a presque toujours un umbo (je viens de découvrir le mot <img src='http://s2.wp.com/wp-includes/images/smilies/icon_razz.gif' alt=':-P' class='wp-smiley' />  : c&#8217;est le machin métallique au milieu du bouclier) rattaché à la poignée et d&#8217;où rayonnent souvent des montants métalliques assurant l&#8217;intégrité de l&#8217;ensemble. La version plate semble être originaire du Tibet occidental. Des boucliers de cuir existaient aussi et étaient un peu plus légers, mais se trouvaient plutôt dans les régions frontalières du sud.<br />
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2005.146"><img alt="Casque du XIVe-XVIe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_2005.146.jpg" title="Casque du XIVe-XVIe siècle" width="370" /></a> <a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2001.55"><img alt="Bouclier du XIVe-XVIe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_2001.55.jpg" title="Bouclier du XIVe-XVIe siècle" width="370" /></a><p class="wp-caption-text">Casque et bouclier du XIVe-XVIe siècle</p></div></p>
<p><strong><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Barde_%28cheval%29">La barde</a></strong><br />
C&#8217;est la protection du cheval, identique à l&#8217;armure lamellaire. Les peuples nomades voisins de la Chine en ont utilisés dès le IIIe siècle avant notre ère. Le modèle utilisé par le Tibet existait déjà au Moyen-Orient au VIIe siècle. La dynastie chinoise des Tang louera ces protections ainsi que tout l&#8217;arsenal tibétain de l&#8217;époque. Il n&#8217;existe plus d&#8217;ensemble complet et homogène, mais les parties éparses retrouvées permettent de connaitre ce qui le composait : le chanfrein (tête), la barde d&#8217;encolure, le plastron, les flançois, la barde de croupe et d&#8217;autres encore pour protéger les autres parties du corps. L&#8217;originalité tibétaine est d&#8217;associer une armure lamellaire à des panneaux de cuir (souvent vernis et doré). Les panneaux de cuir sont richement décorés par ce qui ressemble à de la laque mais n&#8217;est en fait que l&#8217;application de plusieurs couches de laque, de feuilles d&#8217;or et d&#8217;huile de tung. On retrouve les motifs traditionnels d&#8217;arabesques, de lotus et de dragons, de symboles bouddhistes.<br />
Les datations au carbone 14 donnent le même âge que les armures lamellaires, c&#8217;est-à-dire la période où les derniers grands seigneurs laïcs s&#8217;affrontaient à grande échelle. Il n&#8217;y a pas de certitude sur la provenance de ces bardes : certes les Mongols en ont utilisé deux siècles avant les Tibétains, mais les exemplaires retrouvés présentent une décoration typiquement tibétaine, des lettres tibétaines et ont clairement été produites lors de conflits internes au Tibet. Toutefois, aucun auteur tibétain ne les mentionne.</p>
<p><strong>Les armures de cuir</strong><br />
Ce sont des protections vernies ou teintes, parfois renforcées par des montants métalliques. La notion de décoration semble importante puisque le nom tibétain, setrab, désigne spécifiquement un cuir vernis ou teint. Elles sont utilisées en Asie depuis au moins le VIIIe siècle avant notre ère. Les plus anciens exemplaires tibétains ont été retrouvés à Miran (fort d&#8217;Asie centrale occupé par l&#8217;empire). Les Yi / Lolo des marches sino-tibétaines en utilisaient toujours au XXe siècle. Il n&#8217;existe plus que des pièces d&#8217;armures éparses, notamment des avant-bras gauche.</p>
<p><strong>Les cottes de maille et autres formes d&#8217;armures</strong><br />
Les Tibétains les appellent armures d&#8217;anneaux et les utilisent depuis longtemps. On ignore à quelle étendue elles ont continué à été utilisées. On sait que lorsque les troupes chinoises en ont découvert au Xinjiang au XVIIIe siècle, cet équipement leur parut déjà exotique. Les photographies du XXe siècle montrent que les cavaliers de Lhassa (parfois des centaines) en portent toujours lors de la Mönlam Chenmo. C&#8217;est une chemise à manche courte qui descend rarement plus bas que les hanches.<br />
Les cottes de maille sont souvent accompagnées d&#8217;une protection appelée &#8220;les quatre miroirs&#8221;. Il s&#8217;agit d&#8217;un ensemble de quatre disques métalliques maintenus par des lanières de cuir qui protègent la poitrine, le dos et les aisselles. D&#8217;origine perse, ces disques étaient également utilisés en Inde. Les Tibétains les font damasquiner ou incruster d&#8217;or et d&#8217;argent.<br />
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/1997.242d"><img alt="Chanfrein du XVe-XVIIe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/hb/hb_1997.242d.jpg" title="Chanfrein du XVe-XVIIe siècle" width="370" /></a> <a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2005.301.2"><img alt="Protection d'avant-bras du XVe-XVIe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/hb/hb_2005.301.2.jpg" title="Protection d'avant-bras du XVe-XVIe siècle" width="370" /></a><p class="wp-caption-text">Chanfrein du XVe-XVIIe siècle<br />
Protection d'avant-bras du XVe-XVIe siècle</p></div></p>
<p><strong>Les épées</strong><br />
Sans surprise, c&#8217;est l&#8217;arme principale utilisée par les Tibétains du VIIe au XXe siècle. Elle est d&#8217;autant plus respectée qu&#8217;elle bénéficie d&#8217;une position enviable dans le bouddhisme : l&#8217;épée est l&#8217;arme utilisée par plusieurs bodhisattva pour pourfendre l&#8217;ignorance qui empêche les êtres vivants de se libérer du cycle des réincarnations. C&#8217;est aussi un signe extérieur de richesse qui permet d&#8217;affirmer son statut social, ce qui explique le soin particulier qu&#8217;on accorde à sa réalisation et à sa décoration. Il en existe quatre principaux types : l&#8217;épée droite à tranchant unique qui se termine en biseau (plus ou moins aigu) ; l&#8217;épée droite à tranchant unique qui se termine en pointe, plutôt utilisée en tant que dague ou épée courte ; l&#8217;épée droite à double tranchant qui se termine en pointe ; l&#8217;épée courbe de type sabre généralement d&#8217;origine étrangère. La texture de la lame est importante de par les motifs qui y apparaissent en fonction de la technique employée. Le plus souvent on observe des lignes noires et claires qui alternent le long de la lame, mais des ovales concentriques sont également possibles. Les Tibétains parlent de deux sortes de fer : le fer &#8220;mâle&#8221; est plus dur et plus sombre, le fer &#8220;femelle&#8221; est plus malléable et plus clair. C&#8217;est le mélange des deux qui permet de constituer une lame solide mais souple. La différence entre les deux sortes de fers peut s&#8217;expliquer par leur teneur en carbone. Il y a aussi un fer &#8220;neutre&#8221; et un fer composite qui ont également une couleur et une propriété différente.<br />
Il y a deux types de pommeaux : le premier a souvent une forme de trèfle et est fait de fer ou d&#8217;argent. Sa surface est ciselée ou repoussée pour créer des motifs d&#8217;arabesques, de swastikas ou de frettes. Il porte une pierre précieuse et un anneau destiné à attacher une dragonne ou un ruban de soie. Ce type a une poignée de bois rectangulaire enveloppée dans du fil d&#8217;argent. L&#8217;autre type de pommeau se retrouve plus dans le Tibet oriental : c&#8217;est un losange incrusté de fils de cuivre, avec des cônes de fer et deux trous pour la dragonne. Sa poignée recouverte de peau de raie est plus longue et s&#8217;évase aux extrémités.<br />
La garde est soit un ovale perpendiculaire à la lame dont les bords découpés forment un double trèfle, soit un ovale parallèle à la lame qui peut prendre la forme d&#8217;un masque effrayant. Quoi qu&#8217;il en soit, la garde s&#8217;ajuste parfaitement dans le haut du fourreau. Celui est réalisé en bois recouvert de textile ou de cuir et porte deux ornements qui servent aussi de renforts : la bouterolle (en bas) et la chape (en haut), qui sont toute deux richement ornées et portent des pierres précieuses.<br />
L&#8217;épée est porté soit par devant, glissée dans la ceinture avec la poignée à droite, soit attachée à la ceinture du coté gauche.</p>
<p><strong>Les lances, fers de lance et les autres armes</strong><br />
Les lances sont des armes de cavaliers, mais peuvent être utilisées par les oracles ou lors d&#8217;autres rituels. Seules les lances destinées au combat sont aiguisées et leurs hampe de bois est renforcée par une spirale de fer et un socle en fer. Le fer de lance peut être à double tranchant ou en pointe quadrangulaire. On peut les décorer avec des fanions ou des rubans de soie. Certaines étaient attachées à une corde pour servir de javelot. Seules les lances de cérémonie sont damasquinées.<br />
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 458px"><a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/1995.136"><img alt="Épée du XIVe-XVIe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_1995.136.jpg" title="Épée du XIVe-XVIe siècle" height="583" /></a> <a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2001.179a,b"><img alt="Lance du XVIIIe-XIXe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_2001.179a,b.jpg" title="Lance du XVIIIe-XIXe siècle" height="583" /></a><p class="wp-caption-text">Épée du XIVe-XVIe siècle<br />
Lance du XVIIIe-XIXe siècle</p></div></p>
<p><strong>Le tir à l&#8217;arc</strong><br />
C&#8217;est la force militaire des nomades et des combattants à cheval. Les arcs tibétains étaient très variés et allaient de l&#8217;arc simple en bois à l&#8217;arc composite fait de bois, de corne et de tendon. Les flèches peuvent être en bambou ou en bois. La décoration concerne plutôt le carquois et le fourreau de l&#8217;arc, fabriqués en cuir vernis et doré, comme les éléments de la barde. Au départ, le fourreau de l&#8217;arc en recouvrait la moitié, mais la nécessité de pouvoir utiliser son arme rapidement (à la guerre ou à la chasse) réduit sa taille.</p>
<p><strong>Les armes à feu et leurs accessoires</strong><br />
Bon, là j&#8217;ai un peu décroché parce que les termes étaient vraiment trop techniques et que je n&#8217;y connaissais rien. Les armes à feu ont probablement été introduites au Tibet vers le XVIe siècle depuis à peu près tous les pays voisins. Il s&#8217;agit essentiellement de mousquets qui s&#8217;utilisent avec une platine à mèche. Les Tibétains les ont adaptés en ajoutant une paire de pieds permettant une meilleure stabilité pour viser. Ces pieds fixés à l&#8217;arme étaient faits à partir de cornes animales. De par la longueur de ces armes, elles se sont assez bien prêtées à la décoration via leurs éléments métalliques.</p>
<p><strong>La sellerie</strong><br />
Avec l&#8217;épée, c&#8217;est l&#8217;autre signe extérieur de richesse que s&#8217;autorisent les Tibétains. Devant et derrière la selle se trouvent des panneaux métalliques finement ouvragés et incrustés de pierres précieuses. Tout le harnachement du cheval est travaillé : les harnais portent des pendeloques, les étriers ont des têtes de dragons.<br />
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 640px"><a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/1998.282"><img alt="Bride du XVe-XVIIe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_1998.282.jpg" title="Bride du XVe-XVIIe siècle" width="250" /></a> <a href="http://www.metmuseum.org/toah/works-of-art/2002.225"><img alt="Selle du XVe siècle" src="http://www.metmuseum.org/toah/images/h2/h2_2002.225.jpg" title="Selle du XVe siècle" width="370" /></a><p class="wp-caption-text">Bride du XVe-XVIIe siècle<br />
Selle du XVe siècle</p></div></p>
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		<title>Le gönkhang, temple des divinités gardiennes / Lozang Jamspal</title>
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		<pubDate>Sun, 15 May 2011 09:35:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Tibet]]></category>
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		<description><![CDATA[Avant de réécrire complètement le billet sur Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet de Donald LaRocca, découvrons ici un témoignage sur le fonctionnement d&#8217;une chapelle de divinité gardienne. Lozang Jamspal a été autrefois novice au monastère de Likir, au Ladakh, de 1944 à 1949. Comme la quasi totalité des [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2484&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Avant de réécrire complètement le billet sur <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/15/warriors-of-the-himalayas-rediscovering-the-arms-and-armor-of-tibet-donald-la-rocca/">Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet de Donald LaRocca</a>, découvrons ici un témoignage sur le fonctionnement d&#8217;une chapelle de divinité gardienne.<span id="more-2484"></span></p>
<p>Lozang Jamspal a été autrefois novice au monastère de Likir, au Ladakh, de 1944 à 1949. Comme la quasi totalité des monastères de culture tibétaine, le sien possède son gönkhang, chapelle consacrée à une divinité protégeant le monastère et la communauté. Au Ladakh, la proximité des populations hindoues fait qu&#8217;elles viennent également vénérer ce dieu. Le dieu en question s&#8217;appelle Chökyong Setrabpa (le &#8220;protecteur du dharma à l&#8217;armure en peau de rhinocéros&#8221;). L&#8217;auteur ne pense pas qu&#8217;il ait des origines indiennes. Il est représenté avec une tenue de guerrier tibétain et porte un lasso, un épée rouge flamboyante, un casque de peau, la fameuse armure qui lui donne son nom, un carquois en peau de léopard et une autre épée à la taille. Son cheval a une selle et une bride ouvragées avec des pendeloques en argent et des joyaux. Lui aussi est protégé par une armure.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 390px"><iframe width="370" height="350" frameborder="0" scrolling="no" marginheight="0" marginwidth="0" src="http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;t=h&amp;msa=0&amp;msid=208507027718372437301.0004a34ba66a8c7dc79bc&amp;source=embed&amp;ll=34.293619,77.215068&amp;spn=0.001467,0.002285&amp;z=18&amp;output=embed"></iframe><br /><small><a href="http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;t=h&amp;msa=0&amp;msid=208507027718372437301.0004a34ba66a8c7dc79bc&amp;source=embed&amp;ll=34.293619,77.215068&amp;spn=0.001467,0.002285&amp;z=18&amp;source=embed" style="text-align:left">View Larger Map</a></small><p class="wp-caption-text">Le monastère de Likir, au Ladakh</p></div>
<p>Comme l&#8217;explique l&#8217;auteur, malgré l&#8217;éducation bouddhiste de la population, cette divinité a tendance à recevoir plus d&#8217;attention que les trois joyaux que les croyants sont censés vénérer (c&#8217;est-à-dire le Bouddha, ses enseignements et la communauté monastique). À l&#8217;extérieur, sa chapelle est peinte en rouge-brun, couleur des bâtiments religieux par opposition au blanc des bâtiments normaux. L&#8217;intérieur qui fait 6 X 4 mètres, est décoré avec des images de divinités en stuc. La statue du dieu est en bois de santal qu&#8217;on a dorée et a été ramenée du Tibet central il y a longtemps. La plupart du temps elle est cachée par des rideaux de soie qu&#8217;on n&#8217;ouvre que lors de festivals annuels. Les croyants offrent des khatags (écharpes de soie blanche) qu&#8217;on accroche au plafond. Le pilier principal est entouré d&#8217;armes anciennes et de fusils offerts à la divinité. On y trouve celles de Nono Sönam du village Bego, un héros ladakhi. Tous les matins, le gardien de la chapelle dépose des bols d&#8217;offrandes et des lampes à beurre, des gâteaux, de l&#8217;encens. Il chante ensuite pendant plusieurs heures. Deux types de rituels sont célébrés : le kangso, cérémonie destinée à s&#8217;attirer les bonnes grâces du dieu et qui se déroule une fois par an en présence de beaucoup de moines ; le trinchöl, une prière que les simples croyants lui adressent avant toute entreprise importante. L&#8217;auteur raconte ainsi que lors de la partition de l&#8217;Inde, les moines craignant que le monastère se fasse piller demandèrent au dieu où cacher leurs biens précieux. Ils mirent des papiers contenant les mots intérieur et extérieur dans des boulettes de pâte qu&#8217;ils firent rouler dans un bol. La première boulette à sortir du bol leur indiqua où cacher ces biens. Les insurgés pakistanais qui occupèrent Likir pendant deux mois ne découvrirent jamais la cache située en-dessous de la chapelle. Ces derniers pensent que les cérémonies sont dédiées à Chökyong Setrabpa, mais en réalité le dieu protecteur vient en dernier et est précédé par tous les autres, Mahakala en tête (une légende dit qu&#8217;il a permis à un moine tibétain et son maître de fuir la destruction de l&#8217;université indienne de Nalanda par les musulmans en faisant mourir leur officier d&#8217;appendicite). Au nouvel an, on lui offre un cheval, un yak et un chien ainsi que des armes. En hiver a lieu un festival de trois jours au cours duquel les moines reconstituent l&#8217;histoire du dieu par des danses religieuses.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 490px"><span style="text-align:center; display: block;"><a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/15/le-gonkhang-temple-des-divinites-gardiennes-lozang-jamspal/"><img src="http://img.youtube.com/vi/FTMZEdV0wYY/2.jpg" alt="" /></a></span><p class="wp-caption-text">Une petite visite en vidéo © Travels with Sheila</p></div>
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		<title>Armes et armures dans l&#8217;iconographie des divinités du bouddhisme tibétain / Amy Heller</title>
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		<pubDate>Sat, 14 May 2011 15:00:46 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment et pourquoi les divinités bouddhistes sont-elles toujours représentées armées et menaçantes ? C&#8217;est à cette question que répond Amy Heller.<span id="more-2464"></span></p>
<p>Tout d&#8217;abord, avant même l&#8217;arrivée du bouddhisme, les Tibétains admiraient énormément les guerriers. Le premier d&#8217;entre eux était sans conteste l&#8217;empereur qui était considéré comme un guerrier divin. Son titre, tsenpo, signifie &#8220;le puissant&#8221; et indique qu&#8217;il était LE guerrier par excellence, celui à qui revenait la tâche de mener la guerre et de diriger les hommes. Les sources anciennes décrivent <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2008/02/24/giuseppe-tucci-empire-tibet-bon-monarchie/">ses attributs de pouvoir</a> : le casque sacré (umog) et l&#8217;éclat divin (jin) qui révèlent sa valeur et son invincibilité, conditions qui lui permettent d&#8217;écraser ses ennemis. C&#8217;est un guerrier aux pouvoirs surnaturels dont les conquêtes sont inévitables. Les impressionnants casques portés par les médiums tibétains sont les lointains héritiers de ce casque impérial. Le tsenpo est la manifestation humaine d&#8217;une présence divine et il est protégé par le <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2008/02/23/russel-kirkland-esprit-montagne-mythe-bon/">dieu-montagne auxquels ses ancêtres sont liés</a>. Défendre et agrandir le territoire sont donc des devoirs religieux puisqu&#8217;il s&#8217;agit de protéger le territoire sacré de la montagne. Mais le tsenpo est aussi le garant de la justice sociale et du bien-être de la population. On lui rend un culte pour assurer la stabilité du pouvoir et de l&#8217;ordre des choses. La croyance en un au-delà développa un rituel funéraire où le tsenpo (mais aussi ses généraux et ministres) était enseveli avec ses armes, outils et bijoux, et avec ses chevaux sacrifiés (jusqu&#8217;à une centaine selon certaines sources) pour qu&#8217;ils puissent le guider dans la mort. Au IXe siècle, l&#8217;empire tibétain est à son apogée : il s&#8217;étend du Ladakh au Sichuan et contrôle les oasis de la route de la soie. Ces conquêtes n&#8217;ont pu être possibles que grâce au savoir-faire métallurgique des Tibétains qui leur permit de produire des quantités d&#8217;armes et armures, ainsi que des ponts suspendus indispensables au transport de troupes et de biens. Dans les plus anciennes représentations du tsenpo retrouvées dans les grottes de Dunhuang, il apparait comme un souverain supérieur aux autres : lui est armé et arbore peaux de léopards et de tigre quand les autres ne portent que des robes. On ne le voit pas en armure mais beaucoup de textes le décrivent en portant. Ses armes sont censées être magiques et le protéger d&#8217;elles-mêmes. Un texte évoque son armure en cuir, c&#8217;est à dire probablement une armure lamellaire faite de plaques de cuir cousues les unes sur les autres. Ce sont ces armures que portent la plupart des divinités tibétaines. D&#8217;ailleurs, les Chinois faisaient clairement la différence entre ces armures et les cottes de maille. En-dessous de ces protections, les Tibétains portaient une chemise de soie ou de cuir, équipement si important que son nom est devenu celui du dieu Begtse. Au fur et à mesure que le bouddhisme se diffuse dans la société tibétaine, le souverain devient progressivement un dirigeant au service du bouddhisme et allié au clergé. Plutôt que d&#8217;agrandir le territoire, on attend de lui qu&#8217;il fonde des monastères et finance la traduction de textes indiens. Les divinités guerrières sont transformées en protecteurs du Bouddha et de ses enseignements.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.himalayanart.org/image.cfm/73253.html"><img alt="Amnye Machen Pomra, dieu-montagne © Himalayanart.com" src="http://imageserver.himalayanart.org/fif=fpx/73253.fpx&amp;obj=iip,1.0&amp;wid=528&amp;hei=600&amp;rgn=0.0,0.0,1.00000000,1.00000000&amp;lng=en_US&amp;cvt=jpeg" title="Amnye Machen Pomra, dieu-montagne © Himalayanart.com" width="370" /></a> <a href="http://www.himalayanart.org/image.cfm/90185.html"><img alt="Palden Lhamo, déesse protectrice des Dalaï-lama © Himalayanart.com" src="http://imageserver.himalayanart.org/fif=fpx/90185.fpx&amp;obj=iip,1.0&amp;wid=369&amp;hei=600&amp;rgn=0.0,0.0,1.00000000,1.00000000&amp;lng=en_US&amp;cvt=jpeg" title="Palden Lhamo, déesse protectrice des Dalaï-lama © Himalayanart.com" width="370" /></a><p class="wp-caption-text">Amnye Machen Pomra, dieu-montagne © Himalayanart.com<br />
Palden Lhamo, déesse protectrice des Dalaï-lama © Himalayanart.com<br />
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<p>C&#8217;est en effet lorsque les Tibétains traduisent les textes indiens dans leur langue qu&#8217;ils s&#8217;inspirent de leurs modèles de divinités protectrices du bouddhisme (les versions indiennes ne portant que des pagnes). Quelques temps plus tard, au XIIIe siècle, l&#8217;empire a éclaté et les diverses écoles bouddhistes sont devenues des pouvoirs politiques et économiques qui se font la guerre. Des lamas innovent donc et imaginent des divinités courroucées censées émaner des grandes divinités bouddhistes indiennes. Les lamas ne se privent pas non plus de récupérer les dieux-montagnes traditionnels qui, par leur nature de protecteur du territoire, se prêtent bien à cette évolution. Ces divinités à l&#8217;air féroce sont toujours armées et protégées par des armures. Lorsque les Mongols étendent leur autorité sur le Tibet, leurs technique et motifs s&#8217;y diffusent. C&#8217;est à cette époque que les modèles de représentation des divinités se figent. Désormais, les cultes des divinités protectrices sont réservés à ceux qui ont reçu une initiation spéciale, et l&#8217;accès à leurs chapelles est restreint. Pour mieux les mettre en valeur, on les représente avec de la peinture dorée sur des murs noirs. Entre le XIIIe et le XVe siècle, les liturgies utilisées pour ces divinités s&#8217;étoffent : leur équipement est plus détaillé, elles s&#8217;entourent d&#8217;assistants surnaturels. Quand le Ve Dalaï-lama hérite du pouvoir temporel en 1642, il codifie les rituels des divinités le protégeant lui et son gouvernement. Il met particulièrement en avant les oracles comme celui de Nechung, qui portent un équipement très élaboré directement inspiré des représentations de divinités guerrières. Les casques, en particulier, sont si lourds que les médiums ne peuvent les mettre qu&#8217;avec l&#8217;aide d&#8217;autres moines. Mais une fois en transe, l&#8217;oracle danse sans problème et peut tordre des épées en fer. Outre Nechung, la grande protectrice du Dalaï-lama est (Palden) Lhamo. D&#8217;origine indienne, elle n&#8217;est au départ qu&#8217;une petite divinité au service de Mahakala. Si elle ne porte que des colliers d&#8217;ossements et une courte jupe, elle arbore un sceptre rituel, une lance, une calotte crânienne servant de coupe et une épée à poignée en queue de scorpion. Le scorpion joue un grand rôle dans la médecine tibétaine où il a des vertus curatives et coercitives : ainsi l&#8217;épée de Lhamo confère un grand pouvoir et immunise contre le venin de scorpion. De telles armes servent à détruire, mais aussi et surtout à mettre en garde les ennemis du bouddhisme, c&#8217;est-à-dire tout ce qui peut nuire à une bonne concentration et à l&#8217;éthique religieuse. Métaphoriquement, ces armes divines servent donc essentiellement à protéger la discipline mentale et la paix de l&#8217;esprit nécessaire à ceux qui recherchent l&#8217;illumination.</p>
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		<title>Une histoire de la ferronnerie tibétaine : centres de production, styles et techniques / John Clarke</title>
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		<pubDate>Fri, 13 May 2011 10:48:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voilà un article très long et très touffu (et un peu technique). Nous y découvrons en effet l&#8217;histoire de la fabrication d&#8217;armes au cours de l&#8217;histoire tibétaine, tout en nous attardant sur des points plus particuliers comme la construction de ponts suspendus. Dès le début de son histoire, le Tibet a été reconnu pour la [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2451&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà un article très long et très touffu (et un peu technique). Nous y découvrons en effet l&#8217;histoire de la fabrication d&#8217;armes au cours de l&#8217;histoire tibétaine, tout en nous attardant sur des points plus particuliers comme la construction de ponts suspendus.<span id="more-2451"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 390px"><a href="http://www.flickr.com/photos/islespunkfan/2675321380/"><img alt="Armure tibétaine (contrairement à ce qu'on pourrait penser, il s'agit d'un équipement de cavalier : la cotte de maille ne couvre pas les jambes pour qu'on puisse chevaucher librement) du Metropolitan museum of arts de New York © IslesPunkFan" src="http://farm4.static.flickr.com/3252/2675321380_f3f219525b.jpg" title="Armure tibétaine (contrairement à ce qu'on pourrait penser, il s'agit d'un équipement de cavalier : la cotte de maille ne couvre pas les jambes pour qu'on puisse chevaucher librement) du Metropolitan museum of arts de New York © IslesPunkFan" width="370" /></a><p class="wp-caption-text">Armure tibétaine du Metropolitan museum of arts de New York © IslesPunkFan<br />
(contrairement à ce qu'on pourrait penser, il s'agit d'un équipement de cavalier : la cotte de maille ne couvre pas les jambes pour qu'on puisse chevaucher librement)</p></div>
<p>Dès le début de son histoire, le Tibet a été reconnu pour la qualité de sa métallurgie par ses voisins et adversaires. Les annales de la dynastie Tang disent qu&#8217;au IXe siècle les nobles tibétains et leurs chevaux étaient protégés par de solides protection de maille qui ne laissaient voir que les yeux du combattant. La même cour Tang reçut une cotte de maille en or par voie diplomatique en 638, ce qui montre le degré de maitrise technique atteint. Les Tibétains ont peut-être acquis ces compétences d&#8217;autres pays : soit de la Chine qui maitrisait le fer forgé dès le VIe siècle ; soit des Sogdiens peuplant la région d&#8217;Asie centrale située entre l&#8217;Amou-daria et le Syr-daria et dont les villes avaient des quartiers entiers peuplés d&#8217;armuriers et de joailliers avant que l&#8217;islamisation ne pousse peut-être certains d&#8217;entre eux à chercher de nouveaux patrons au Tibet ; soit des Türks qui ont occupé une partie du territoire sogdien et notamment les monts Tien Shan d&#8217;où on extrayait du minerai de fer. Les uns et les autres commerçaient entre eux et ont de toute façon été confrontés à l&#8217;essor militaire de l&#8217;empire tibétain qui contrôla des portions d&#8217;Asie centrale et de route de la soie. À l&#8217;époque, le tsenpo (empereur) voyageait avec des armuriers et même en temps de paix ses hommes portaient l&#8217;épée. Les effectifs devaient être considérables puisque les annales chinoises rapportent la prise de 20 000 armures après la défaite d&#8217;une armée arabo-tibétaine en 801. Les importations tibétaine devaient passer par l&#8217;actuel Xinjiang au nord et bifurquer au sud au niveau de Miran. Il est tout aussi possible que les Tibétains soient allés chercher les produits par eux-même. Un élément troublant est l&#8217;existence d&#8217;un village, nommé Horpo, spécialisé dans le damasquinage et le perçage-ajourage dans l&#8217;ancien royaume de Derge, dans les marches sino-tibétaines. Son nom évoque les cinq tribus Hor du Nyarong voisin, dont le nom désignait lui-même la Mongolie lorsqu&#8217;elle était le foyer des Türks (Ouïghours et Oghouz). La légende dit que le village a été fondé par les survivants d&#8217;une bataille perdue au XIIIe siècle. Hors les Oghouz contrôlaient alors la région de Kucha (où transitaient le fer et les armes) au XII siècle, et les Mongols Bouriates et Kalmouks qui se sont convertis au bouddhisme tibétain au XVIIIe siècle, étaient doués dans le damasquinage. On peut donc supposer une transmission de savoir technique, d&#8217;autant plus que le damasquinage ne s&#8217;est développé qu&#8217;après le XVe siècle grâce au brassage culturel et à la sécurisation des routes sous l&#8217;empire mongol.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.flickr.com/photos/changhg/70771327/"><img alt="Détail de porte à Sakya © Changhg" src="http://farm1.static.flickr.com/35/70771327_f98640dcfe.jpg" title="Détail de porte à Sakya © Changhg" width="370" /></a> <a href="http://www.flickr.com/photos/mag3737/2064494396/"><img alt="Détail de porte à Lhassa © Mag3737" src="http://farm3.static.flickr.com/2350/2064494396_d6de5c4ab1.jpg" title="Détail de porte à Lhassa © Mag3737" width="370" /></a><p class="wp-caption-text">Détails de portes à Sakya et Lhassa © Changhg et Mag3737</p></div>
<p>Malgré l&#8217;éclatement de l&#8217;empire au IXe siècle, le savoir technique tibétain n&#8217;a pas disparu. Les monastères du XIIIe siècle, très riches, peuvent se permettre de financer des artisans comme ils continueront à le faire au XXe siècle, alors qu&#8217;il n&#8217;existe pourtant plus de pouvoir politique centralisé menant des guerres de conquête. Les hommes de l&#8217;art sont installés près des monastères et reçoivent en guise de paiement une partie des taxes que ces derniers prélèvent. Des villages entiers d&#8217;artisans au service des institutions monastiques se développent, comme le village de Tashikyitsel près du Tashilhumpo, ce qui leur assure en outre un monopole sur la construction d&#8217;objets religieux. On peut supposer que les autorités séculières font de même pour pouvoir obtenir armes, vaisselle et outils. Au Bhoutan, les gouverneurs continueront d&#8217;ailleurs à utiliser ce système jusqu&#8217;au milieu du XXe siècle. L&#8217;arrivée au pouvoir du Ve Dalaï-lama en 1642, la centralisation qu&#8217;il initia et la construction du Potala qui s&#8217;étala jusqu&#8217;en 1694 nécessita le rassemblement d&#8217;une grande quantité d&#8217;artisans. Il fallut les organiser en guilde où chaque groupe de travailleurs formait un zokhang (une &#8220;maison d&#8217;artisans&#8221;). Un peu à la manière des guildes d&#8217;Europe médiévale, il existait un zokhang des ferronniers, un zokhang des sculpteurs sur bois, un zokhang des sculpteurs  sur argile&#8230; Les artisans servaient pendant une période de deux ou trois mois. Cette organisation survivra jusqu&#8217;au XXe siècle puisque dans les années 1940, le village d&#8217;artisans au pied du Potala comptera encore une quinzaine de ferronniers fabriquant des éléments de porte (serrures, plaques) et des coins de boites. Aucun ancien fonctionnaire tibétain ne se souvient y avoir vu la fabrication d&#8217;armes, mais l&#8217;arsenal n&#8217;ayant été créé qu&#8217;au XIXe siècle, c&#8217;est une probabilité. On sait toutefois que deux artisans musulmans y ont travaillé pour copier des fusils britanniques et qu&#8217;ils se rendaient en Inde pour y acheter les matières premières. De cette masse d&#8217;inconnus se détache la figure exceptionnelle de Thangtong Gyalpo (1385-1464). Selon la légende, il aurait décidé de bâtir des ponts après s&#8217;être fait refuser la traversée d&#8217;une rivière par un bac. Il aurait bâti cinquante-huit ponts, une centaine de bacs et plusieurs temples et monastères. Les ponts sont suspendus grâce à des rangées de chaines solidement ancrées aux bâtiments situés à chaque extrémité. Certains faisaient 250 mètres de long et avaient des piliers de soutien de 15 mètres de diamètres ! Il fallut quinze artisans bhoutanais pour fabriquer les maillons d&#8217;un de ces ponts, et 1 400 charges de bât pour les transporter au Tibet. Le fer nécessaire à l&#8217;artisanat peut venir d&#8217;Inde pour ce qui est du Tibet central, mais un gisement existe aussi à Chamdo (Lhassa le prélevant à titre d&#8217;impôt en nature), ainsi que dans les monts Thanglha qui séparent l&#8217;Amdo / Qinghai du Tibet central. Le Népal et le Bhoutan ont exporté à certains moments leur fer forgé au Tibet. Détail amusant, les ateliers de Lhassa étaient souvent installés en sous-sol pour permettre aux artisans de distinguer aisément la couleur (et donc la température) du métal.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.flickr.com/photos/hewy/2419491853/"><img alt="Pont suspendu de Paro, au Bhoutan © Hewy" src="http://farm4.static.flickr.com/3259/2419491853_a67636d3a4.jpg" title="Pont suspendu de Paro, au Bhoutan © Hewy" width="370" /></a> <a href="http://www.flickr.com/photos/hewy/2420815450/"><img alt="Pont suspendu de Paro, au Bhoutan © Hewy" src="http://farm4.static.flickr.com/3137/2420815450_ed53bfce84.jpg" title="Pont suspendu de Paro, au Bhoutan © Hewy" width="370" /></a><p class="wp-caption-text">Pont suspendu de Paro, au Bhoutan © Hewy</p></div>
<p>Si la technique tibétaine est originale, elle n&#8217;est pas coupée du monde et subit les influences de l&#8217;extérieur comme en témoignent les productions de Derge et celles des ateliers impériaux chinois du règne de Yongle (1360-1424). Comme dit plus haut, le royaume de Derge était spécialisé dans le damasquinage, et sa production était aussi recherchée que variée (l&#8217;auteur a calculé qu&#8217;une épée pouvait valoir entre 150 et 200 $ d&#8217;aujourd&#8217;hui, somme énorme pour l&#8217;époque). Plusieurs œuvres produites entre la fin du XIVe siècle et le début du XVe en témoignent. Ces œuvres (objets rituels ou armes d&#8217;apparat) possèdent un style clairement sino-tibétain par leurs motifs : lotus, ruyi (sceptre porte-bonheur représentant un champignon), nuées viennent de Chine ; arabesques et dragons entremêlés viennent du Tibet. Ce mélange de style peut s&#8217;expliquer par le fait que Pékin continue à abriter une importante communauté d&#8217;adeptes du bouddhisme tibétain, notamment un atelier produisant les objets rituels dont ils ont besoin. Ceux-ci sont également des cadeaux diplomatiques envoyés ou directement offerts aux lamas de haut-rang lors de leurs visites à la cour, comme les Karmapa, les abbés de Sakya ou le représentant de Tsongkhapa. Il semblerait qu&#8217;un artisan népalais du XIIIe siècle, Anige (1244-1306), soit à l&#8217;origine de ce courant multiculturel. Anige n&#8217;était qu&#8217;un peintre et un sculpteur, mais il a dû transmettre son approche à ses disciples chinois. Le lien entre la dynastie Ming alors au pouvoir et Derge est indirect : l&#8217;ancienne dynastie Yuan était alliée aux Sakyapa dont elle avait fait les administrateurs du Tibet central, et le royaume de Derge était l&#8217;allié des Sakyapa. Malgré la chute des Yuan, il ne serait pas surprenant que des artisans de Derge soit allés se former dans les ateliers impériaux et d&#8217;où il aurait ramené un style déjà mixe au départ. Avec le temps, les éléments locaux prirent progressivement le dessus dans chaque pays : les Tibétains rajoutèrent des pierres précieuses, les Chinois utilisèrent plutôt leurs motifs traditionnels, mais le style restait globalement le même. Les évolutions dans le style des motifs permettent d&#8217;évaluer l&#8217;âge d&#8217;une œuvre, ainsi les dragon chinois du XIIIe siècle avaient une apparence très féroces, mais le temps passé au Tibet les transforma progressivement en petits animaux joueurs. Les artisans de Derge n&#8217;étaient pas rassemblés en zokhang, mais pratiquaient aussi l&#8217;agriculture à temps partiel. Les familles nombreuses pouvait se permettre de faire travailler un ou deux frères à temps plein, la famille se chargeant des travaux agricoles, mais la plupart devaient se contenter de travail à la demande. Les artisans chinois étaient tout aussi reconnus dans la région, et se déplaçaient pour écouler leur production, notamment dans la région du Kokonor / Qinghai. Au XXe siècle, l&#8217;artisanat traditionnel décline brutalement avec la collectivisation et la révolution culturelle, sans disparaitre complètement même si beaucoup de savoirs-faire ont été perdus.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><a href="http://www.asianart.com/jsinger/saddle.html"><img alt="Selle ouvragée d'or, d'argent © Asianart.com" src="http://www.asianart.com/jsinger/large/1.jpg" title="Selle ouvragée d'or, d'argent © Asianart.com" width="370" /></a> <a href="http://asianart.com/jewelofthelotus/d10419.html"><img alt="Couperet rituel © Asianart.com" src="http://asianart.com/jewelofthelotus/large/tibetan_chopper_692_full_view.jpg" title="Couperet rituel © Asianart.com" width="370" /></a><p class="wp-caption-text">Selle ouvragée d'or et d'argent © Asianart.com<br />
Couperet rituel © Asianart.com</p></div>
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			<media:title type="html">Armure tibétaine (contrairement à ce qu&#039;on pourrait penser, il s&#039;agit d&#039;un équipement de cavalier : la cotte de maille ne couvre pas les jambes pour qu&#039;on puisse chevaucher librement) du Metropolitan museum of arts de New York © IslesPunkFan</media:title>
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		<title>Redécouvrir les armes et armures du Tibet / Donald J. LaRocca</title>
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		<pubDate>Sun, 08 May 2011 21:25:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Le Tibet]]></category>
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		<description><![CDATA[Tiens, puisque je n&#8217;ai rien à faire en ce moment, je vais revenir plus sérieusement sur les quatre articles qui figurent dans le magnifique ouvrage Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet de Donald LaRocca, dont je compte réécrire le billet. Il signe le premier d&#8217;entre eux, qui sert d&#8217;introduction [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2431&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tiens, puisque je n&#8217;ai rien à faire en ce moment, je vais revenir plus sérieusement sur les quatre articles qui figurent dans le magnifique ouvrage <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/15/warriors-of-the-himalayas-rediscovering-the-arms-and-armor-of-tibet-donald-la-rocca/"><em>Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet</em> de Donald LaRocca</a>, dont je compte réécrire le billet. Il signe le premier d&#8217;entre eux, qui sert d&#8217;introduction à l&#8217;ouvrage. Nous découvrons ici dans quelles circonstances les armes tibétaines ont été utilisées et comment les Occidentaux les ont découvertes.<span id="more-2431"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 250px"><img alt="Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet / Donald LaRocca" src="http://cdn2.fishpond.co.nz/9780300111538-crop-325x325.jpg" title="Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet / Donald LaRocca" width="240" height="240" /><p class="wp-caption-text">Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet / Donald LaRocca</p></div>
<p>L&#8217;auteur explique d&#8217;abord que le livre est basé sur une exposition présentant du matériel issu de divers musées mais ayant peu été étudié. En raison de l&#8217;aura spirituelle et pacifique que le grand public associe au Tibet, ces armes sont largement ignorées. Le fait est que l&#8217;Occident ne les a découvert que très tardivement en raison de la politique isolationniste du Tibet au XIXe siècle. Les premières information sur l&#8217;armement tibétain datent donc des combats menés par les troupes britanniques à cette époque ou du travail de quelques explorateurs. L&#8217;expédition de Sir Francis Younghusband de 1904 en ramena de nombreux exemplaires, ainsi que les toutes premières photographies d&#8217;un arsenal qui avait alors disparu d&#8217;Europe depuis des siècles. Les photos prises au cours du XXe siècle montrent quant à elle la relégation progressive (mais pas totale) des armes traditionnelles au statut d&#8217;objet de parade.</p>
<p>Il est difficile de ne pas penser à la chevalerie du Moyen-Âge européen lorsqu&#8217;on voit l&#8217;attirail des combattants tibétains : heaumes, cottes de maille, armures lamellaires en cuir ou en fer, caparaçons pour les chevaux, mousquets, épées, lances, arcs et flèches, chakram (anneaux tranchants à lancer, comme dans Xéna la Guerrière). Au XXe siècle, ces équipements sont essentiellement utilisées pour des parades comme lors de la Mönlam Chenmo (fête de la grande prière qui suit le nouvel an) à Lhassa. À cette occasion, une troupe est assemblée et équipée de matériel datant de la moitié du XVe siècle à la fin du XVIIe siècle, une période mouvementée de l&#8217;histoire tibétaine. Ces soldats de parade, les zimchongpa, se divisaient en fantassins et cavaliers. Les premiers servent de garde d&#8217;honneur au Dalaï-lama et à l&#8217;oracle d&#8217;État de Nechung et simulent un combat à la fin de la Mönlam Chenmo. Les cavaliers sont passés en revue et participent à un concours de tir au galop. Ce sont les grandes familles qui financent et équipent chaque homme, selon le système traditionnel utilisé pour lever des troupes. La qualité de l&#8217;équipement diffère d&#8217;un homme à l&#8217;autre, mais il reste relativement uniformisé et a dû se stabiliser aux XVIIe &#8211; XVIIIe siècles. Les cavaliers qui mènent la troupe ont un équipement de grande qualité, en particulier un cimier très élaboré dont les plus hauts sont attachés au pouce par une corde pour éviter qu&#8217;ils ne tombent à terre. </p>
<p>Des armes de l&#8217;ère impériale (VIIe &#8211; IXe siècles), il ne subsiste quasiment plus rien. Il est donc totalement impossible de se faire une idée précise de l&#8217;équipement qui a permis au Tibet de contrôler une partie de la route de la soie et de tenir en respect ses voisins de Chine et d&#8217;Asie centrale. Il n&#8217;en reste pas beaucoup plus de la période qui suivit au cours de laquelle l&#8217;empire se fragmenta avant de passer sous le pouvoir des Mongols au XIVe siècle. Ce sont les siècles suivants qui nous ont légués l&#8217;essentiel des armes et armures aujourd&#8217;hui conservées par les musées. Une fois de plus le Tibet était fragmenté, mais plusieurs petits pouvoirs tentèrent successivement d&#8217;étendre leur influence, ce qui provoqua de nombreux conflits. L&#8217;accession au pouvoir du Ve Dalaï-lama en 1642 marqua le début d&#8217;une centralisation croissante. L&#8217;armement en fut peu transformé si ce n&#8217;est l&#8217;apparition des armes à feu.</p>
<p>Les armes exposées dans les musées du monde y sont arrivées par divers moyens. Beaucoup furent prises après les combats menés lors de l&#8217;expédition de 1904, d&#8217;autres furent achetées sur place ou à des intermédiaires par des explorateurs, des missionnaires, des chercheurs. L&#8217;invasion de 1950 et l&#8217;exil de nombreux Tibétains en obligea beaucoup à vendre leurs armes précieuses pour subvenir à leurs besoins. Malgré les destructions de la révolution culturelle, de nombreux temples ont conservé les armes qu&#8217;on y a déposé en tant qu&#8217;ex-voto. Si elles sont aussi &#8220;abondantes&#8221; aujourd&#8217;hui, c&#8217;est parce qu&#8217;elles n&#8217;ont cessé d&#8217;être produites et d&#8217;un usage courant qu&#8217;au XXe siècle. Les armures sont par contre souvent plus anciennes et étaient conservées par l&#8217;aristocratie dans ses armureries ou dans celles de forteresses afin de pouvoir resservir rapidement, ce qui peut expliquer que beaucoup portent des numéros d&#8217;inventaires. Mais leur survie est également culturelle puisque le bouddhisme tibétain accorde une place importante aux armes utilisées par les divinités mondaines défendant leur religion (d&#8217;où leur utilisation comme ex-voto). L&#8217;iconographie bouddhiste les représente donc très souvent : les dieux sont toujours bien armés, surtout lorsqu&#8217;ils ont plusieurs paires de bras ! Les dépôts votifs, attestés par des voyageurs de diverses origines, permettraient probablement d&#8217;étudier l&#8217;histoire militaire du lieu où ils se trouvent. Les techniques utilisées pour décorer armes et armures sont très variées : gravure, incrustation, damasquinage, dorure au mercure, perçage et ajourage, ciselure, repoussé&#8230; Le degré de décoration varie énormément, mais on retrouve souvent des motifs d&#8217;inspiration bouddhistes servant de porte-bonheurs ou de signes de piété. La forme la plus répandue est certainement l&#8217;arabesque, motif de feuilles entremêlées qui peut se décliner en nuages stylisés ou en flammes. L&#8217;arabesque sert essentiellement d&#8217;arrière-plan à d&#8217;autres motifs, notamment aux créatures mythiques comme les dragons, garuda ou kirttimukha, ainsi que toute la <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2008/08/05/les-symboles-du-bouddhisme-tibetain-robert-beer/">panoplie des symboles bouddhistes</a>. Les inscriptions sont plus rares, et utilisent généralement les <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2009/08/24/comme-un-lotus-ecriture-et-sagesse-tibetaines-jigme-douche/">caractères ornementaux lantsa, d&#8217;inspiration indienne</a>. Les textes tibétains évoquent parfois les armes et armures du pays, mais il ne s&#8217;agit le plus souvent que de quelques passages isolés, et le plus ancien témoignage ne date que du XVIe siècle. Il est d&#8217;autant plus difficile d&#8217;étudier les armes tibétaines qu&#8217;à la différence des pays voisins, elles ne portent aucune marque de fabrique permettant d&#8217;identifier sa date ou son lieu de création. Les chercheurs sont donc réduits à les classer par style, ce qui conduit à une classification assez artificielle.</p>
<br />Classé dans:<a href='http://lecatablog.wordpress.com/category/le-tibet/'>Le Tibet</a> Tagged: <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/armes/'>armes</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/armures/'>armures</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/empire/'>empire</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/zimchongpa/'>zimchongpa</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lecatablog.wordpress.com/2431/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lecatablog.wordpress.com/2431/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lecatablog.wordpress.com/2431/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lecatablog.wordpress.com/2431/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lecatablog.wordpress.com/2431/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lecatablog.wordpress.com/2431/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lecatablog.wordpress.com/2431/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lecatablog.wordpress.com/2431/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lecatablog.wordpress.com/2431/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lecatablog.wordpress.com/2431/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lecatablog.wordpress.com/2431/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lecatablog.wordpress.com/2431/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lecatablog.wordpress.com/2431/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lecatablog.wordpress.com/2431/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2431&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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			<media:title type="html">Warriors of the Himalayas : rediscovering the arms and armor of Tibet / Donald LaRocca</media:title>
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		<title>Chen Kuiyuan et la marchandisation de la politique / Robert Barnett</title>
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		<pubDate>Wed, 04 May 2011 22:08:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay]]></category>
		<category><![CDATA[économie]]></category>
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		<description><![CDATA[Et voilà, le dernier article de Tibet and her neighbours : a history d&#8217;Alex McKay ! Nous découvrons l&#8217;histoire récente de la région autonome du Tibet (RAT), et notamment comment le secrétaire du parti a renversé la politique gradualiste plus souple envers la culture tibétaine, pour la remplacer par une autre plus ferme grâce à [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2409&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Et voilà, le dernier article de <em>Tibet and her neighbours : a history</em> d&#8217;Alex McKay ! Nous découvrons l&#8217;histoire récente de la région autonome du Tibet (RAT), et notamment comment le secrétaire du parti a renversé la politique gradualiste plus souple envers la culture tibétaine, pour la remplacer par une autre plus ferme grâce à une approche moderne.<span id="more-2409"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 373px"><a href="http://politics.people.com.cn/GB/shizheng/252/9667/9683/6591977.html"><img alt="Chen Kuiyuan (1941-) © People.com.cn" src="http://politics.people.com.cn/mediafile/200803/13/F200803132207453080831755.jpg" title="Chen Kuiyuan (1941-) © People.com.cn" width="363" height="500" /></a><p class="wp-caption-text">Chen Kuiyuan (1941-) © People.com.cn</p></div>
<p>Chen Kuiyuan a été le secrétaire du parti communiste de la RAT de 1992 à 2000. Il est considéré comme le principal promoteur de la lutte contre la dissidence au Tibet dans les années 1990. En effet, lorsqu&#8217;il arrive au Tibet, la politique de libéralisation est considérée comme un échec pour avoir permis <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/05/01/la-transformation-de-lidentite-nationale-tibetaine-warren-smith/">les graves émeutes des années précédentes</a>. Pourtant rien n&#8217;a été changé, les agents de l&#8217;État continuant à appliquer les ordres. Encore mieux aux yeux des partisans de la ligne dure, la faction gradualiste n&#8217;a de cesse de leur mettre la responsabilité des émeutes sur le dos. Pour les gradualistes, la colère populaire est le fruit des excès de la ligne dure du parti, et ils ne se privent pas de le dire publiquement. Chen Kuiyuan, arrivé peu après, réfute ces accusations et se retrousse les manches pour corriger le tir. Le décès de plusieurs membres de la faction gradualiste (comme le Panchen-lama) ou leur éviction lui laisse le champ libre. Si Chen Kuiyuan est partisan de la répression, il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une répression brutale à l&#8217;ancienne. Plutôt que de recourir à de larges patrouilles de rue rentrant dans le lard des manifestants, Chen Kuiyuan préfère le profil bas et de petites équipes en civil pouvant compter sur des renforts nombreux en cas de besoin. Au lieu de laisser éclater des émeutes, le secrétaire du parti veut éteindre les petites flammes avant qu&#8217;elles n&#8217;embrasent la ville. Sa politique répressive continue certes à recourir à la violence policière (emprisonnement, torture, passage à tabac) utilisée précédemment, mais elle développe surtout des mécanismes de contrôle administratifs bien plus efficaces. Il s&#8217;agit de l&#8217;instauration d&#8217;un système de cartes d&#8217;identité, du développement d&#8217;un réseau d&#8217;informateurs. Ces pratiques se révèlent assez efficaces.</p>
<p>Une fois la rue stabilisée et surveillée, Chen peut se concentrer sur le développement économique qu&#8217;il pense être la meilleure arme contre le nationalisme tibétain et surtout contre le bouddhisme. Chen est là victime de ses certitudes communistes qui lui font penser qu&#8217;il suffit d&#8217;offrir le confort matériel aux gens pour qu&#8217;ils se détournent de la religion ou du nationalisme. On discute donc la création d&#8217;une zone économique spéciale à Lhassa et l&#8217;ouverture de la RAT aux investisseurs, mais la zone reste à l&#8217;état de projet et l&#8217;ouverture ne concerne en fait que les investisseurs d&#8217;Asie. Néanmoins, Chen contribue réellement à l&#8217;amélioration du niveau de vie puisque le PIB de la RAT atteint une croissance à deux chiffres jusqu&#8217;au début des années 2000, le revenu par habitant urbain dépassant celui des autres parties de Chine. Mais tout ceci n&#8217;est possible que grâce à des fonds prélevés sur les autres provinces&#8230; Chen innove pourtant : en 1992 il ordonne à toutes les administrations ayant pignon sur rue de transformer leur rez-de-chaussée en rangées de petits commerces, les banques devant accorder des prêts à des taux très avantageux. Le commerce privé explose littéralement, d&#8217;autant plus que les restrictions au déplacements entre provinces sont levées. Le résultat est que le Tibet est assailli de Chinois venant créer leur petite entreprise, avec des résultats parfois douteux (multiplication de bars et bordels) qui ne bénéficient qu&#8217;au secteur tertiaire urbain. On ne peut pas parler de transfert de population dans ce contexte, mais le fait est que les Tibétains ne bénéficient pas de la mesure car ils n&#8217;ont pas les moyens ni l&#8217;instruction nécessaire. Chen est en fait convaincu qu&#8217;ils apprendront par l&#8217;exemple et remplaceront vite les immigrés chinois. Le changement est volontairement rapide car il rejette la volonté des gradualistes de laisser le Tibet se développer à son rythme.</p>
<p>Chen ne compte pas s&#8217;arrêter là et se tourne vers la culture et la religion tibétaine dans la deuxième moitié des années 1990. En dehors de la révolution culturelle, celles-ci avaient été à peu près épargnées, les attaques n&#8217;ayant pas eu de caractère organisé. En effet, les Tibétains bénéficiaient toujours du droit de développer leur culture et leur religion depuis les années 1980. Et si le Dalaï-lama était très critiqué pour s&#8217;être exilé et rechercher l&#8217;indépendance du Tibet, sa stature religieuse était toujours intacte. À partir de 1994, Chen met en place une politique qui se durcit de mois en mois : après avoir sermonné les membres du parti et leur avoir rappelé son athéisme officiel, on leur ordonne de retirer tous les objets rituels de leurs domiciles. La mesure touche d&#8217;abord les dirigeants régionaux puis s&#8217;étend rapidement aux simples membres, aux agents des diverses entreprises d&#8217;État, aux familles, aux élèves et étudiants puis au clergé lui-même, ce qui viole la promesse de liberté religieuse de la constitution (et lui vaudra quelques critiques). Interdiction est faite d&#8217;afficher puis de posséder une photo du Dalaï-lama. En 1995, la presse commence à l&#8217;attaquer et le dénigrer. La distinction politique / religion qui avait jusque là permit aux Tibétains de continuer à le vénérer disparait. Sans surprise, les monastères réagissent vivement, ce qui fournit un prétexte pour envoyer des petites équipes d&#8217;agents récolter des dénonciations écrites forcées. Les monastères doivent se soumettre à des conseils d&#8217;administration où siègent des laïcs, et la moindre protestation débouche sur des expulsions ou arrestations. Quand Chen Kuiyuan quitte son poste, il peut affirmer qu&#8217;il a fait baisser l&#8217;hostilité des monastères sans subir de répercussions importantes. Plus étrange est son attitude envers la culture tibétaine au sens large. Il fait ainsi fermer ou réduire drastiquement les institutions universitaires, scolaires ou autres, traitant de la langue et de l&#8217;histoire tibétaine, alors que le parti n&#8217;avait jamais eu de raison d&#8217;interdire l&#8217;étude de personnages historiques. Il semble qu&#8217;il considérait la culture tibétaine même comme une menace contre les intérêts de l&#8217;État dans la mesure où elle permettait aux Tibétains d&#8217;affirmer leur différence. En fait, Chen s&#8217;en est tout simplement pris aux vestiges de la politique gradualistes en fermant des classes ouvertes par feu le Panchen-lama, en réduisant des bureaux de traduction, alors qu&#8217;ailleurs de nouveaux départements s&#8217;ouvraient. Quoi qu&#8217;il en soit, en novembre 2000, Chen Kuiyuan perd son poste et est nommé secrétaire du parti dans la province de Henan. Il lui a donc quand même fallu presque dix ans pour renverser la tendance et utiliser l&#8217;économie de marché pour appliquer et justifier une idéologie traditionnelle reposant sur les préjugés.</p>
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		<title>L&#8217;histoire tibétaine moderne : dépasser les stéréotypes / Melvyn C. Goldstein</title>
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		<pubDate>Mon, 02 May 2011 11:34:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Très intéressant cet article. Il nous montre comment les Chinois se sont bouffé le nez dès le début de l&#8217;occupation du Tibet et se sont tirés dans les pattes pour réussir à imposer leur point de vue à leur petits camarades. Si le XIIIe Dalaï-lama a réussi à assurer au Tibet une indépendance de fait [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2401&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Très intéressant cet article. Il nous montre comment les Chinois se sont bouffé le nez dès le début de l&#8217;occupation du Tibet et se sont tirés dans les pattes pour réussir à imposer leur point de vue à leur petits camarades.<span id="more-2401"></span></p>
<p>Si le XIIIe Dalaï-lama a réussi à assurer au Tibet une indépendance de fait en expulsant les représentants de la Chine dès 1913, lui et son gouvernement craignaient également que la Chine puisse tenter de revenir par la force. Le Dalaï-lama favorisa donc dans un premier temps la création d&#8217;une armée modernisée. Ses successeurs tentèrent tardivement d&#8217;obtenir une reconnaissance de leur indépendance mais échouèrent. Pendant quarante ans, aucun accord avec la Chine n&#8217;a jamais vu le jour. La survie même d&#8217;un Tibet indépendant pendant tout ce temps était essentiellement un coup de bol rendu possible par la guerre civile qui secoua la Chine puis la guerre sino-japonaise. Mais dès que la Chine fut débarrassée de l&#8217;occupation japonaise et que la guerre civile prit fin, elle se tourna vers le Tibet avec l&#8217;objectif de le réabsorber en son sein. Pour Mao se pose alors la question de savoir comment s&#8217;y prendre. Il lui aurait été facile de submerger militairement les forces de Lhassa, mais il préfère d&#8217;abord chercher une solution pacifique en usant de la carotte et du bâton : si le Dalaï-lama accepte de ratifier un accord établissant des réformes graduelles, il pourra préserver une bonne partie de ses pouvoirs et de son influence. Mao ne veut pas braquer l&#8217;élite tibétaine ni s&#8217;attirer l&#8217;hostilité de l&#8217;Inde en bouleversant la situation sur le toit du monde. Comme Lhassa refuse de parvenir à un accord et continue à chercher un soutien extérieur, Mao décide en octobre 1950 de faire avancer l&#8217;armée populaire de libération en terre tibétaine. Le Dalaï-lama dont l&#8217;armée a été prise au piège doit alors <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/08/11/tsering-shakya-accord-17-points-tibet-chine-1951/">envoyer une délégation négocier un accord à Pékin en 1951</a>, ce qui est un cas unique en Chine communiste. L&#8217;accord convainc le Dalaï-lama de revenir à Lhassa malgré les appels américains en faveur de l&#8217;exil. La question qui se pose maintenant est de savoir s&#8217;il faut tenter de renégocier l&#8217;accord ou réformer en vitesse avant que la Chine ne le fasse.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 510px"><a href="http://news.xinhuanet.com/english/2009-05/26/content_11436061.htm"><img alt="Fan Ming (1914-2010) © Xinhuanet.com" src="http://news.xinhuanet.com/english/2009-05/26/xinsrc_302050626100231210571.jpg" title="Fan Ming (1914-2010) © Xinhuanet.com" width="300" height="383" /></a> <img alt="Zhang Guohua (1914-1972) - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/f7/Zhang_Guohua.jpg" title="Zhang Guohua (1914-1972) - Wikicommons" width="195" /></a><p class="wp-caption-text">Fan Ming (1914-2010) © Xinhuanet.com<br />
Zhang Guohua (1914-1972) - Wikicommons</p></div>
<p>Du coté chinois, le parti est également divisé. Jusqu&#8217;en 1949, le pays est divisé en six grandes régions administratives dont quatre sont gérées par des bureaux militaires censés devenir à terme une administration civile. Le bureau du nord-ouest (BNO), dirigé par Peng Dehuai et associé au Ier corps d&#8217;armée, administre l&#8217;ouest de la Chine dont le Qinghaï (l&#8217;Amdo des Tibétains) et le Xinjiang / Turkestan chinois ; le bureau du sud-ouest (BSO) associé au IIe corps d&#8217;armée, dirigé par Liu Bocheng et Deng Xiaoping, administre le Tibet central (Ü-Tsang) et la plupart du Tibet oriental (Kham). Mais ces deux bureaux sont en conflit : bien qu&#8217;ils ont été impliqués tous les deux dans la campagne militaire tibétaine, seul le BSO a reçu des félicitations alors que le BNO avait bloqué la retraite de l&#8217;armée tibétaine. La nécessité de travailler ensemble au sein du comité de travail sur le Tibet rendit les choses un peu compliquées, et ce d&#8217;autant plus que le différend porte aussi sur la politique même à mettre en œuvre au Tibet. Le BNO soutient le Xe Panchen-lama (qui réside alors sur son territoire), le BNO le Dalaï-lama. Au départ chaque bureau doit recevoir une part différente du Tibet, mais les conflits incessants poussent Pékin à revoir sa copie pour les mettre tout les deux à la tête d&#8217;un Tibet unifié. Sur le terrain, les choses ne changent pas : les agents du BNO, arrivés plus tard, ne sont pas reçus par les hauts-fonctionnaires tibétains et sont ignorés par leurs collègues du BSO. Pour ne rien arranger, c&#8217;est Zhang Guohua du BSO qui est nommé à la tête du comité. Pékin doit vite revenir sur ce choix et désigner un officiel neutre, les deux chefs de bureaux étant vice-secrétaires pour qu&#8217;aucun ne dépende de l&#8217;autre. Fan Ming du BNO ne tarde pourtant pas à placer ses hommes à des postes-clés et devient directeur du bureau du front uni. L&#8217;opposition entre BNO et BSO repose aussi sur des  motifs politiques : le BSO est adepte d&#8217;une approche gradualiste des réformes et préfère ne pas braquer les Tibétains, le gouvernement du Dalaï-lama devant être soutenu pour assure à la région stabilité et sécurité. Mais le BNO cherche quant à lui une application immédiate des réformes.</p>
<p>Mao est conscient de la rivalité qui oppose les deux bureaux et penche clairement pour le BSO. Il lui parait vital de donner une bonne impression à l&#8217;élite tibétaine et n&#8217;hésite donc pas à recommander à Zhang Guohua de se prosterner devant le Dalaï-lama lorsqu&#8217;il le rencontrera pour la première fois. Comme celui-ci renâcle, Mao se fâche vertement. Zhang se contentera quand même d&#8217;offrandes rituelles et de faire faire la prosternation par un de ses subordonnés&#8230; Fan Ming et le BNO sont profondément agacés par ce qu&#8217;ils considèrent comme des tergiversations inutiles auprès de réactionnaires hostiles à la révolution. De plus, ils bénéficient de rapport privilégiés avec la cour du Panchen-lama et souhaitent lui tailler une circonscription qui le mettrait sur un pied d&#8217;égalité avec le Dalaï-lama et où les réformes immédiatement mises en œuvre séduiraient les serfs du territoire de Lhassa au point qu&#8217;ils les réclament à leur dirigeants. Pour le BNO, la stabilité et la sécurité du Tibet passe par l&#8217;effacement de la culture traditionnelle au profit de la culture communiste. Leur entêtement les pousse à faire la sourde oreille aux déclarations de Mao en faveur de l&#8217;unité. Le Tibet devrait être uni sous la direction du parti communiste&#8230; mais quand même divisé en deux unités administratives ! Le retour du Panchen-lama dans son fief de Shigatse ne fait que renforcer les discordes. Le comité de travail demande à Fan Ming de se rendre sur place pour calmer les choses, mais il soutient ouvertement l&#8217;autonomie locale. Pékin est contrainte de convoquer une réunion en 1953 qui dure six mois et est si conflictuelle que Deng Xiaoping la surnomme Panmunjom (du nom du village où négocièrent les deux Corées). Mao finit par trancher et impose la supériorité du Dalaï-lama. Comme ce dernier manifeste une volonté de réformer le Tibet, le BSO y voit la preuve que leur politique est la bonne. Mais l&#8217;application immédiate des réformes dans le Kham suscite une révolte qui se propage au Tibet central en 1956-57, renforçant la méfiance du BNO envers Lhassa. Quand Mao appelle à la collectivisation de l&#8217;agriculture en Chine, Fan Ming saute sur l&#8217;occasion et recrute des milliers de cadres chinois et tibétains pour collectiviser l&#8217;agriculture tibétaine dès l&#8217;hiver 1958. C&#8217;en est trop pour Mao qui le fait arrêter et emprisonner en Chine. L&#8217;insurrection de Lhassa et la fuite du Dalaï-lama en 1959 est donc un insupportable camouflet pour le grand timonier. Pékin bascule immédiatement et pour vingt ans vers une politique de réforme foncière et d&#8217;élimination des structures traditionnelles. L&#8217;arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping s&#8217;accompagne d&#8217;un relâchement relatif dans le domaine culturel. Il est clair que la politique dure n&#8217;a rien amélioré : le Tibet est toujours aussi pauvre et les masses continuent à vénérer le Dalaï-lama. On revient donc à une approche plus tolérante : si les Tibétains peuvent avoir le mode de vie qu&#8217;ils souhaitent, ils n&#8217;auront aucune raison de se rebeller. L&#8217;échec des négociations avec Dharamsala et les émeutes de 1987-1989 mettent fin à cette entreprise. La loi martiale est instaurée, les réformistes sont destitués, la culture et la religion tibétaine perçues comme une menace pour les intérêts de la Chine. À partir des années 1990, le développement économique du Tibet prend le pas sur son (re)développement culturel.</p>
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		<title>La transformation de l&#8217;identité nationale tibétaine / Warren Smith</title>
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		<pubDate>Sun, 01 May 2011 21:22:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans cet article, M. Smith nous présente de façon claire quelles sont les différences de conception de l&#8217;identité tibétaine selon les autorités chinoises et les exilés tibétains, et surtout quels malentendus en sont nés et ont affectés l&#8217;évolution de leurs relations. Comme l&#8217;explique l&#8217;auteur, la culture chinoise classique et la culture communiste voient toutes deux [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2394&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans cet article, M. Smith nous présente de façon claire quelles sont les différences de conception de l&#8217;identité tibétaine selon les autorités chinoises et les exilés tibétains, et surtout quels malentendus en sont nés et ont affectés l&#8217;évolution de leurs relations.<span id="more-2394"></span></p>
<p>Comme l&#8217;explique l&#8217;auteur, la culture chinoise classique et la culture communiste voient toutes deux la fusion des nationalités comme un événement inévitable et l&#8217;extension des frontières de la Chine comme un processus naturel. Dans une optique comme celle-là, l&#8217;autonomie n&#8217;est qu&#8217;une phase initiale devant laisser la place à un contrôle chinois croissant assisté par l&#8217;immigration de Chinois de souche et l&#8217;assimilation des populations locales. Pour les cadres du parti communiste, l&#8217;autonomie a pour but de réduire l&#8217;opposition des élites locales avant de pouvoir renforcer le contrôle direct. Les Chinois avaient cependant sous-estimé l&#8217;intensité de la résistance des Tibétains, aveuglés par leur certitude que le Tibet avait toujours fait partie de la Chine. Par conséquent, toute tentative d&#8217;obtenir l&#8217;indépendance du Tibet ne peut qu&#8217;être l&#8217;œuvre de puissances étrangères car, bien entendu, la politique du parti est infaillible. Le sujet même n&#8217;en est pas un. Le seul sujet qui peut être abordé est la situation sociale au Tibet qui s&#8217;est nettement améliorée avec l&#8217;abolition du servage. L&#8217;envoi de troupes au Tibet est justifié par le fait que la Chine se devait de mettre fin à des siècles d&#8217;arriération et de barbarie. Sur place, la politique de la Chine balance entre l&#8217;assimilation et l&#8217;autonomie suivant quelle faction est en position dominante. Jusqu&#8217;à la moitié des années 1950, c&#8217;est l&#8217;autonomie qui a la faveur, puis l&#8217;assimilation est mise en œuvre dans les marches sino-tibétaines, plus anciennement occupées par la Chine. La révolte qui y éclate et se répand au Tibet central interrompt brutalement cette assimilation. Mais l&#8217;insurrection de 1959 et la fuite du Dalaï-lama discrédite les partisans de l&#8217;autonomie. La révolte est écrasée et le Tibet perd ce qui lui restait d&#8217;autonomie. Un endoctrinement massif et des séances d&#8217;autocritiques instillant la peur au sein de la population permettent d&#8217;éliminer les opposants, et l&#8217;économie commence à être collectivisée. La révolution culturelle voit l&#8217;assimilation s&#8217;accélérer brutalement : il s&#8217;agit désormais de remplacer la culture tibétaine par la culture marxiste chinoise.</p>
<p>La mort de Mao marque le début d&#8217;un timide relâchement : on revient à une politique d&#8217;autonomie sans l&#8217;appliquer réellement puisque seuls les aspects non-politiques de la culture tibétaine sont tolérés. Il ne s&#8217;agit pourtant pas d&#8217;une reconnaissance des différences entre la Chine et le Tibet. En réalité, les nouveaux dirigeants chinois sont persuadés que le nationalisme tibétain a été éradiqué par trente années d&#8217;occupation et d&#8217;assimilation. Dès lors, l&#8217;offre de retour au pays qui est faite au Dalaï-lama n&#8217;est qu&#8217;un luxe que Pékin s&#8217;autorise car on y est convaincu que la partie est gagnée. C&#8217;est une grave erreur : la visite de délégations envoyées par le Dalaï-lama combinée à la libéralisation sonne le réveil du nationalisme tibétain qui débouche sur les émeutes de 1987 à 1989. Après cette date, on revient à la répression et au développement économique qui est censé être la seule solution au problème tibétain. Alors que la présence d&#8217;officiels chinois avait décrue au début des années 1980, elle repart à la hausse. Les caractéristiques du Tibet ne doivent en aucun cas entraver le développement économique, ce qui signifie que l&#8217;autonomie n&#8217;est plus à l&#8217;ordre du jour. La volonté affichée de négocier avec le Dalaï-lama n&#8217;est désormais plus qu&#8217;un discours de propagande. La dernière ouverture a lieu à la mort du Panchen-lama en 1989, le Dalaï-lama étant invité à venir célébrer une cérémonie à Pékin. Cette invitation est refusée car les exilés pensent que la Chine n&#8217;a pas vraiment intention de discuter le statut du Tibet. Ils surestiment aussi l&#8217;efficacité de la mobilisation internationale. Les émeutes mettent fin à tout espoir de négociation. Les années 1990 voient donc la Chine adopter une politique résolument hostile au Dalaï-lama. Les deux camps affirment leur souhait de parvenir à un accord, mais utilisent des termes inacceptables pour l&#8217;autre : ainsi la majorité des officiels chinois pense que le relâchement de la décennie précédente n&#8217;a fait que stimuler le séparatisme et est donc incompatible avec la sécurité de la Chine (ils n&#8217;ont pas oublié que si au XXe siècle la Grande-Bretagne acceptait la suzeraineté chinoise sur le Tibet, ça ne l&#8217;a pas empêchée d&#8217;aider le Tibet à devenir indépendant de facto).</p>
<p>Dans la mesure où les Tibétains réclament une autonomie que ne peuvent accepter les Chinois, il n&#8217;est pas surprenant que la situation s&#8217;enlise. La Chine refuse même de reconnaitre l&#8217;indépendance de fait qu&#8217;a vécu le Tibet de 1913 à 1950 car le faire reviendrait à reconnaitre que sa libération fut en fait une invasion. La solution au problème semble être le temps : la Chine n&#8217;a plus qu&#8217;à attendre la mort du Dalaï-lama pour pouvoir désigner ensuite un successeur. De leur coté, les exilés tibétains espèrent qu&#8217;une Chine démocratique acceptera de négocier alors que l&#8217;intégrité de ses frontières serait tout autant menacée. En fait, c&#8217;est la survie même de l&#8217;identité tibétaine qui pose problème puisqu&#8217;elle remet en cause l&#8217;unité de la Chine. Bien que la volonté de négocier puisse sembler étrange dans un tel contexte, le Dalaï-lama a su populariser l&#8217;idée en occident. L&#8217;occident défend d&#8217;ailleurs d&#8217;autant plus facilement la nécessité de mener des négociations que ça ne lui coûte rien. Mais c&#8217;est réduire un problème de fond à un simple malentendu qui pourrait se réduire par la discussion. Pour l&#8217;auteur, les exilés devraient surtout faire preuve de réalisme et se préoccuper davantage de la survie de l&#8217;identité tibétaine quel que soit le statut du territoire. Car en effet si la Chine est agacée par la critique étrangère, c&#8217;est toujours plus supportable que l&#8217;autonomie désormais associée au séparatisme. Les Chinois quant à eux cherchent surtout à faire rentrer le Tibet dans le moule grâce au développement économique. Sur le plan intérieur, cette politique rencontre un succès certain, mais les pays étrangers n&#8217;en reconnaissent pas la légitimité. De fait, même au Tibet, la répression entraîne une autocensure qui peut faire douter de l&#8217;adhésion populaire à la politique officielle. La propagande chinoise touche pourtant une grande partie des Chinois et bon nombre d&#8217;étrangers. M. Smith suggère que la survie de l&#8217;identité tibétaine passe peut-être par un glissement : au lieu de réclamer une autonomie qui n&#8217;arrivera jamais (l&#8217;autonomie étant de toute façon concédée par un pouvoir supérieur), l&#8217;administration en exil aurait bien plus de succès en demandant le droit à l&#8217;autodétermination. Les deux concepts peuvent sembler identique, mais ils sont en réalité incompatibles : l&#8217;un résulte d&#8217;une décision prise d&#8217;en haut, l&#8217;autre n&#8217;a pas besoin d&#8217;aval pour exister. Il reste que l&#8217;autodétermination est une idée dangereuse pour la communauté internationale dont les membres craignent les sécessions. L&#8217;auteur y voit pourtant un moyen de soutenir l&#8217;indépendance sans le dire, tout en laissant la porte ouverte à d&#8217;autres solutions moins radicales.</p>
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		<title>Je m&#8217;habillerai de nuit / Terry Pratchett</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Apr 2011 12:45:01 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est toujours un réel plaisir de se plonger dans un nouveau Pratchett. J&#8217;espère que son écriture continuera à se maintenir à ce niveau malgré sa maladie pour de nombreuses années. Quoi qu&#8217;il en soit, nous retrouvons ici notre jeune Tiphaine Patraque qui est encore une fois aux prises avec une entité malveillante. Après avoir dû [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2380&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>C&#8217;est toujours un réel plaisir de se plonger dans un nouveau Pratchett. J&#8217;espère que son écriture continuera à se maintenir à ce niveau malgré sa maladie pour de nombreuses années. Quoi qu&#8217;il en soit, nous retrouvons ici notre jeune Tiphaine Patraque qui est encore une fois aux prises avec une entité malveillante.<span id="more-2380"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 185px"><img title="Je m'habillerai de nuit / Terry Pratchett" src="http://www.images-chapitre.com/ima1/newbig/448/39041448_8262196.jpg" alt="Je m'habillerai de nuit / Terry Pratchett" width="175" height="242" /><p class="wp-caption-text">Je m'habillerai de nuit / Terry Pratchett</p></div>
<p>Après avoir dû secourir son petit frère enlevé par la reine des fées en s&#8217;armant d&#8217;une poêle, après avoir été possédée par un rucheur qui voulait lui voler son existence, après avoir embrassé (enfin, plutôt fait une bise) à l&#8217;hiver, Tiphaine Patraque pensait enfin pouvoir s&#8217;installer sur son Causse natal et y fonder son exploitation (c&#8217;est le nom du territoire d&#8217;une sorcière). Et bien non. En plus du travail incessant qui l&#8217;empêche de pouvoir dormir et manger comme elle le voudrait, Tiphaine est en butte à l&#8217;hostilité croissante et inexplicable des gens de sa communauté. Pour ne rien arranger Roland, le fils du baron, et elle, ont&#8230; n&#8217;ont pas mit fin à une relation qui n&#8217;existait pas. Il n&#8217;empêche qu&#8217;elle doit faire bonne figure devant la nouvelle fiancée (une blonde en robe blanche ! pouah !) et surtout devant sa duchesse de mère qui hait les sorcières. Du moins plus qu&#8217;elle ne hait les autres gens du commun. Parce que les sorcières refusent de lui obéir. C&#8217;est à ce moment que les choses ont commencé à dérailler sérieusement et qu&#8217;il l&#8217;a débusquée. Qui ? Le Rusé, l&#8217;esprit non-mort et rempli de haine d&#8217;un ancien prêtre qui brûla des sorcières au nom de sa religion. Un être qu&#8217;on ne peut tuer et qui se nourrit de la haine et de la malveillance pour la faire sienne et la répandre dans les communautés.</p>
<p>Encore une fois, nous retrouvons Tiphaine dans le schéma habituel Méchant-poursuit-Tiphaine, Tiphaine apprenant auprès des sorcières plus vieilles comment trouver en elle le moyen de vaincre son implacable ennemi. On ne s&#8217;ennuie pas mais au final on a un peu de mal à voir en quoi ce dernier est plus dangereux que le rucheur qui l&#8217;avait poursuivie. Les Feegles, sont toujours de la partie, égaux à eux-même, mais sortent de l&#8217;ombre tout en étant moins mis en avant (c&#8217;est logique puisque Tiphaine se débrouille de mieux en mieux) : le tout venant sait désormais qu&#8217;ils existent (ce qui rend les gens nerveux) et qu&#8217;ils protègent Tiphaine (pareil). De bonnes surprises dans ce tome, notamment la visite à Ankh-Mopork où Tiphaine se rend pour avertir Roland que son père vient de décéder, et où elle découvre la fameuse boutique de farces et attrapes et accessoires pour sorcières qui fournit bon nombre de ses collègues. C&#8217;est l&#8217;occasion de croiser le Guet mais aussi et surtout&#8230; <font color="white">Eskarina Lefèvre, héroïne de <em>La Huitième fille</em> et seule sorcière à avoir suivi une formation de mage, qu&#8217;on avait jamais revue depuis</font> ! Une fois n&#8217;est pas coutume, les Feegles doivent subir les rigueurs de la loi et sont confrontés à Ptit Arthur le dingue, gnome du Guet municipal qu&#8217;on avait pas non plus revu depuis un moment.</p>
<p>En bref, Je m&#8217;habillerai de nuit est une lecture des plus agréable mais je l&#8217;ai quand même trouvé moins drôle que les précédentes aventures de Tiphaine, le passage au second plan des Feegles limitant les occasions de rire. Ça reste quand même un bon tome.</p>
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		<title>Une brève étude des relations Tibet-États-Unis / A. Tom Grunfeld</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Apr 2011 20:55:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay]]></category>
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		<description><![CDATA[Si aujourd&#8217;hui la cause tibétaine semble être principalement animée depuis les États-Unis, il ne faudrait pas croire que le soutien croissant de l&#8217;opinion publique à l&#8217;administration en exil du Dalaï-lama puisse approcher ne serait-ce qu&#8217;un peu le niveau d&#8217;un soutien officiel. Bien au contraire, M. Grunfeld nous montre ici que si les États-Unis ont bel [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2125&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Si aujourd&#8217;hui la cause tibétaine semble être principalement animée depuis les États-Unis, il ne faudrait pas croire que le soutien croissant de l&#8217;opinion publique à l&#8217;administration en exil du Dalaï-lama puisse approcher ne serait-ce qu&#8217;un peu le niveau d&#8217;un soutien officiel. Bien au contraire, M. Grunfeld nous montre ici que si les États-Unis ont bel et bien accordé leur soutien à des tibétains, ils ne l&#8217;ont fait que pour contenir la poussée communiste et n&#8217;ont jamais envisagé ni souhaité son indépendance.<span id="more-2125"></span></p>
<p>Les contacts officieux entre le Tibet et les États-Unis existent depuis le début du XXe siècle, mais les contacts officiels ne datent que de la Seconde Guerre mondiale, l&#8217;oncle Sam cherchant alors une voie de ravitaillement pour soulager la Chine de plus en plus isolée et menacée au fur et à mesure de l&#8217;avancée japonaise en Asie. L&#8217;Indochine et la Birmanie étant occupées par l&#8217;armée impériale, il ne reste alors plus que le Tibet. Washington dépêche alors une mission en 1942-1943 afin de traverser le pays et étudier les possibilités, mais cela ne débouche sur rien. Les États-Unis ne contestent pas les revendications chinoises sur le toit du monde, et en 1946 c&#8217;est le Tibet qui cherche à rompre son isolement et envoie une mission féliciter les Alliés, mais les protestations chinoises l&#8217;empêchent de quitter l&#8217;Inde et elle doit se contenter de s&#8217;adresser aux ambassades locales. L&#8217;année suivante, c&#8217;est une <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/08/08/tsering-shakya-mission-commerciale-tibet-1948/">nouvelle mission commerciale</a> qui part à l&#8217;étranger pour obtenir la fin des restrictions sur les exportations tibétaines, trouver éventuellement de nouveaux clients, acheter de l&#8217;or et si possible défendre l&#8217;indépendance tibétaine. La mission est un échec, d&#8217;autant plus flagrant que les passeports tibétains n&#8217;ont pas été reconnus. Des  journalistes américains sont toutefois invités à Lhassa, ce qui fait une bonne publicité au Tibet sans changer la situation du pays. L&#8217;arrivée au pouvoir des communistes chinois rend brutalement le Tibet beaucoup plus important aux yeux de Washington qui cherche alors à prendre contact avec le gouvernement tibétain pour contrer Mao. Hélas, les nationalistes de Tchang Kaï-tchek exigent d&#8217;être les seuls interlocuteurs pour tout ce qui touche au Tibet et les Indiens, qui ont un monopole de fait pour tout accès au Tibet, ne veulent pas contrarier Pékin. Une rencontre a toutefois lieu en Inde en 1949 : les États-Unis témoignent leur sympathie mais refusent de le faire publiquement pour ne froisser personne. Il semble que les Américains ont envisagé jusqu&#8217;en 1952 une intervention militaire, mais l&#8217;éclatement de la guerre de Corée simultanément à l&#8217;invasion du Tibet les a finalement tournés vers les opérations psychologiques et paramilitaires. Les Tibétains résistants au communisme pourraient recevoir des armes légères et un financement si l&#8217;Inde le veut bien. De même, les Tibétains engagent un juriste et une société de relations publiques afin d&#8217;obtenir le soutien de l&#8217;ONU, sans effet.</p>
<p>Quand le Dalaï-lama se réfugie dans le sud du Tibet alors que l&#8217;armée chinoise progresse, Washington l&#8217;invite à se réfugier en Inde, mais il préfère essayer de négocier, ce qui débouche sur <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/08/11/tsering-shakya-accord-17-points-tibet-chine-1951/">l&#8217;accord en 17 points de 1951</a>. Le Dalaï-lama reçoit vite une lettre secrète où on lui propose, en échange du désaveu de l&#8217;accord et d&#8217;un appel à l&#8217;ONU : le financement d&#8217;un exil, la création d&#8217;un mouvement de résistance alimenté en armes légères, une campagne de propagande, et des revenus personnels annuels. Mais le souverain décline l&#8217;offre. Lorsque le gouvernement américain cesse ses ouvertures, c&#8217;est la CIA qui entre en jeu. Pendant des années, elle nouera des relations avec l&#8217;entourage du Dalaï-lama, ce qu&#8217;il niera pendant des décennies alors que Taiwan et la compagnie livreront des armes à la résistance pour qu&#8217;elle harcèle l&#8217;armée chinoise. Grâce à l&#8217;intermédiaire de Gyalo Döndrub, un des frères du souverain, des Tibétains sont formés par la CIA qui veut déstabiliser la région. Ces guerrilleros seront largués au Tibet afin d&#8217;y aider la rébellion et inciter le Dalaï-lama à faire appel aux États-Unis. Les parachutages concernent aussi bien les hommes que le matériel : radios, armes et munitions, médicaments, presses portative pour imprimer des pamphlets. Jusqu&#8217;à 170 résistants s&#8217;entraineront sur la base de Camp Hale au Colorado. Mais les parachutages cessent dès 1961, les pertes étant trop importantes. La CIA décide alors de créer un camp au Mustang, petit royaume féodal du Népal d&#8217;où les combattants pourront harceler les troupes chinoises en profitant d&#8217;un refuge sûr. En parallèle, l&#8217;Inde qui vient de subir une guerre avec la Chine crée un centre d&#8217;opération commun avec les États-Unis pour gérer la résistance tibétaine : les effectifs sont tibétains, le financement et le matériel américain, l&#8217;encadrement indien. Les opérations ne rencontrent pas beaucoup plus de succès en dépit de quelques réussites comme la prise d&#8217;archives de l&#8217;armée chinoise. L&#8217;Inde crée quand même une unité frontalière tibétaine formée par les forces spéciales américaines et installe des postes d&#8217;écoute de l&#8217;autre coté de la frontière. Aux États-Unis même, la CIA crée ou noyaute des organisations de soutien aux Tibétains. De plus, les délégations du Dalaï-lama qui voyagent dans le monde voient leurs frais pris en charge, des bureaux sont ouverts dans plusieurs pays pour diffuser le point de vue tibétain et servir de &#8220;consulats&#8221; à l&#8217;administration en exil, des bourses universitaires sont accordées. Entre 1959 et 1974, le Dalaï-lama touchera 180 000 dollars par an. Les opérations du Mustang déclinent à partir de 1969 et cessent en 1971 lorsqu&#8217;Henry Kissinger se rend à Pékin et amorce un rapprochement avec la Chine. Dès que le soutien américain cesse, les opérations périclitent. </p>
<p>La mort de Mao et la libéralisation qui commence à la fin des années 1970 apportent au Tibet une ouverture longtemps attendue : les touristes sont autorisés, des Tibétains peuvent occuper des postes de décision, des exilés peuvent rendre visite à leurs familles et le Panchen-lama est libéré. Devant cette situation favorable, le Dalaï-lama modère ses discours et met en avant le bien-être économique des Tibétains plus que l&#8217;indépendance. Des discussions avec la Chine débutent en 1978 et Pékin autorise l&#8217;envoi de délégations du Dalaï-lama qui se met lui-même à voyager à l&#8217;étranger. Les discussions ayant pris fin en 1982, le Dalaï-lama tente de mobiliser l&#8217;opinion publique mondiale pour faire pression sur la Chine pour qu&#8217;elle rouvre les négociations. Le lobby tibétain est en pleine ascension avec la création de la campagne internationale pour le Tibet qui finance des visites de colonies tibétaines en Inde pour des congressistes et diffuse des publications sur le Tibet. Le mouvement a une certaine efficacité auprès d&#8217;élus américains qui s&#8217;agacent du déséquilibre économique croissant entre la Chine et les États-Unis. Tout ceci ne fait qu&#8217;agacer la Chine qui doit en outre faire face à une résurgence de la contestation interne. Les émeutes qui éclatent au Tibet marquent le début d&#8217;un durcissement. Du reste, l&#8217;opinion publique n&#8217;est pas le gouvernement américain. Celui-ci continue toujours à considérer que le Tibet fait partie de la Chine et ne reconnait pas l&#8217;administration du Dalaï-lama. Tous ces facteurs permettent à la faction radicale de s&#8217;imposer en Chine : puisque la modération n&#8217;a contribué qu&#8217;à raviver la contestation et n&#8217;a pas amené le Dalaï-lama à plier, alors autant recourir à la répression. La loi martiale est proclamée de 1988 à 1990. La politique chinoise est désormais d&#8217;attendre la mort du Dalaï-lama pour choisir et former son remplaçant, et d&#8217;accélérer le développement économique du Tibet et l&#8217;immigration han. Toute manifestation de soutien au Dalaï-lama ou en faveur de l&#8217;autonomie est interdite et punie. Le soutien occidental au Dalaï-lama ne faiblit pas, mais la politique américaine ne change pas pour autant. Si le Dalaï-lama rencontre trois présidents américains, c&#8217;est toujours à titre privé et en dehors des pièces réservées aux réceptions d&#8217;État. Les années 2000 et l&#8217;après 11/09 voient le soutien officiel du gouvernement américain (déjà seulement verbal) se réduire avec le besoin du soutien chinois à la politique de lutte contre le terrorisme, sans compter l&#8217;essor fulgurant de son économie.</p>
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		<title>L&#8217;expédition Ernst Schäfer (1938-1939) : une lumière nouvelle sur l&#8217;histoire politique tibétaine du XXe siècle / Isrun Engelhardt</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Apr 2011 10:42:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Alors ça c&#8217;était vraiment une lecture très intéressante. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs rumeurs se sont répandues selon lesquelles on aurait retrouvé des corps de soldats tibétains portant l&#8217;uniforme de la Wehrmacht, que la SS aurait financé des expéditions censées retrouver le lien la cité perdue d&#8217;Atlantis et les grandes civilisations [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2121&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Alors ça c&#8217;était vraiment une lecture très intéressante. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs rumeurs se sont répandues selon lesquelles on aurait retrouvé des corps de soldats tibétains portant l&#8217;uniforme de la Wehrmacht, que la SS aurait financé des expéditions censées retrouver le lien la cité perdue d&#8217;Atlantis et les grandes civilisations d&#8217;Asie, que le Tibet était un refuge où subsisteraient les derniers vrais aryens, lesquels constitueraient le royaume de Shambhala&#8230; L&#8217;auteur nous présente l&#8217;origine de ces fadaises et remet certaines choses en place.<span id="more-2121"></span></p>
<p>Toutes ces légendes sont issues de l&#8217;expédition au Tibet d&#8217;Ernst Schäfer, tous les membres étant alors membres de la SS. Comme son compte-rendu n&#8217;a jamais été traduit en anglais, seules les sources britanniques (hostiles) ont été utilisées. En Allemagne même, l&#8217;expédition est presque oubliée à part les détails les plus sombres de sa genèse. L&#8217;auteur s&#8217;est donc tournée vers le journal personnel de Schäfer, ses compte-rendus d&#8217;interrogatoires, les archives de la SS ou britanniques pour se faire une idée plus nette.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 310px"><img alt="Ernst Schäfer (1910-1992) - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/15/Bundesarchiv_Bild_135-KB-14-082%2C_Tibetexpedition%2C_Ernst_Sch%C3%A4fer.jpg" title="Ernst Schäfer (1910-1992) - Wikicommons" width="290" /><p class="wp-caption-text">Ernst Schäfer (1910-1992) - Wikicommons</p></div>
<p>Ernst Schäfer est né en 1910 à Cologne et étudie la zoologie et la géologie. En 1930, il est recruté au sein d&#8217;une expédition américaine se rendant en Chine et dans les marches tibétaines. Il rentre au pays en 1932 pour y étudier de nouveau et entre dans la SS en 1934 avant de repartir en Chine avec les mêmes compagnons que précédemment. En 1936 il revient aux États-Unis avant d&#8217;être rappelé en Allemagne où il est promu dans la hiérarchie SS. Après avoir passé un doctorat de zoologie en 1937, Himmler tente de l&#8217;utiliser pour sa propagande. Il lui propose donc de diriger une expédition au Tibet où Schäfer pourrait étudier la <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_H%C3%B6rbiger">cosmogonie glaciale de Hörbiger</a>. Rationaliste, Schäfer refuse de soutenir en quoi que ce soit cette théorie. Au contraire, il demande et obtient douze conditions pour obtenir la liberté scientifique, ce qui lui fait perdre le soutien de l&#8217;Ahnenerbe (institut chargé de valider les thèses raciales du régime). Himmler accepte toutefois de continuer à soutenir le projet si tous ses membres adhèrent à la SS, et Schäfer accepte le compromis. Il est quand même obligé d&#8217;adopter un nom officiel faisant référence à l&#8217;Ahnenerbe qui convainc les Britanniques qu&#8217;ils ont affaire à une expédition nazie. Schäfer lève seul les fonds dont 80% proviennent de grandes entreprises ou de structures économiques du Reich. Arrivé en Inde, Schäfer est immédiatement présenté par la presse comme un agent de la Gestapo, ce qui lui pose d&#8217;énorme problèmes pour négocier avec le gouvernement britannique. Ainsi, le consul général de Calcuta l&#8217;informe que Lhasse refuse son entrée au Tibet. Il contourne l&#8217;obstacle au nez et à la barbe de l&#8217;administration : logeant au Sikkim, tout près de la frontière tibétaine, il franchit celle-ci et réussit à se lier avec des officiels locaux qui défendent sa cause auprès de Lhassa. Schäfer a misé sur la proximité en mettant en avant la swastika commune au bouddhisme et récupérée par le nazisme, et le fait qu&#8217;il a pu rencontrer le IXe Panchen-lama. Il offre ainsi au kashag (cabinet) un grammophone, des disques et deux paires de jumelles. Il est donc autorisé à venir pour deux semaines à Lhassa. Cette autorisation n&#8217;est pas surprenante car la période est celle d&#8217;un refroidissement entre le Tibet et la Grande-Bretagne : le premier est dirigé par un régent plus intéressé par les possessions matérielles que par les responsabilités et dont les soutiens sont les puissants monastères opposés à toute influence moderne (entendre britannique).</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><img alt="Les membres de l'expédition reçus par l'aristocratie - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d6/Bundesarchiv_Bild_135-KA-10-072%2C_Tibetexpedition%2C_Empfang_f%C3%BCr_W%C3%BCrdentr%C3%A4ger.jpg" title="Les membres de l'expédition reçus par l'aristocratie - Wikicommons" width="740" /><p class="wp-caption-text">Les membres de l'expédition reçus par l'aristocratie - Wikicommons</p></div>
<p>L&#8217;expédition compte cinq membres : outre Ernst Schäfer (mammologie et ornithologie), il y a Ernst Krause (entomologie, ethnologie, photo et caméra), Karl Wienert (géophysique), Edmund Geer (responsable logistique) et Bruno Beger (anthropologie) auxquels se joint un aristocrate sikkimais servant d&#8217;interprète. Seuls deux d&#8217;entre eux sont réellement nazis, notamment Bruno Beger qui mènera plus tard des &#8220;expériences&#8221; sur des prisonniers d&#8217;Auschwitz, mais qui pour l&#8217;heure se contente de mesurer les crânes des Tibétains qu&#8217;il croise, pratique alors admise par la communauté scientifique. Schäfer réussira à porter la durée de séjour de deux semaines à deux mois. Il assiste au festival de Mönlam Chenmo (la grande prière) et prend contact avec l&#8217;establishment tibétain qui lui fait très bon accueil. Tsarong, ancien homme fort du pays jusqu&#8217;au début des années 1920, fait très bonne impression aux Allemands qui voient en lui le seul vrai politicien du Tibet. Ils nouent également de bonnes relations avec <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/04/07/alastair-lamb-tom-browns-asie-centrale/">Möndro, un des quatre jeunes Tibétains envoyés étudier à Rugby en 1913</a>. Au retour, Ernst Schäfer est reçu par le vice-roi des Indes en août 1939. Ce dernier le félicite et l&#8217;informe que Hugh Richardson avait été spécialement dépêché à Lhassa pour empêcher sa venue. Il lui donne un message à remettre à Hitler. Une fois revenu en Allemagne, Schäfer tentera de le transmettre, mais son entêtement devant les portes closes lui vaudra deux mois de rééducation dans un camp de la SS (car idéologiquement suspect) avant d&#8217;être expédié en Finlande en 1941. Le succès de la mission repose en bonne partie sur sa bonne préparation. Ainsi, ses membres se font expliquer en détail l&#8217;étiquette tibétaine par l&#8217;aristocrate sikkimais qui les accompagnera. Mais Schäfer était aussi un bon diplomate qui savait identifier l&#8217;honneur de son pays au sien pour vaincre les réticences. Le fait qu&#8217;un membre ait spécialement suivi une rapide formation médicale avant de venir lui a permis de séduire l&#8217;aristocratie tibétaine qui vint se faire soigner par les étrangers. Les invitations aux garden-parties ne tardèrent pas à arriver, et les Tibétains ont semble-t-il apprécié le caractère de ces visiteurs qui n&#8217;hésitaient pas à leur faire découvrir des chants de l&#8217;Oktoberfest. La mission put donc ramener une quantité considérable de matériel ethnologique (quelques 2 500 objets dont beaucoup sont aujourd&#8217;hui conservés à Munich), mais Schäfer eut l&#8217;interdiction de publier quoi que ce soit ou même de donner des conférences. Son rôle servait uniquement la propagande du Reich.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><img alt="Le régent Reting en train de gratouiller Bruno Beger - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/80/Bundesarchiv_Bild_135-S-13-11-15%2C_Tibetexpedition%2C_Regent_von_Tibet_mit_Beger.jpg" title="Le régent Reting en train de gratouiller Bruno Beger - Wikicommons" width="740" /><p class="wp-caption-text">Le régent Reting en train de gratouiller Bruno Beger - Wikicommons</p></div>
<p>En ce qui concerne l&#8217;attitude soit-disant pro-nazie des Tibétains, l&#8217;auteur montre qu&#8217;il s&#8217;agit largement d&#8217;une légende forgée par la propagande et qui a survécu à la guerre. Ainsi, le journal de Schäfer montre qu&#8217;il a effectivement bénéficié d&#8217;un net traitement de faveur en étant reçu n&#8217;importe quand par le régent Reting quand les membres du gouvernement devaient attendre trois jours avant d&#8217;être reçu en audience. Alors que les entretiens dépassaient rarement les dix minutes, Schäfer put rester plus de trois heures avec le régent. Malheureusement pour lui, il s&#8217;aperçut vite que le dirigeant temporaire du Tibet n&#8217;avait rien d&#8217;un responsable : non seulement il ne savait rien du monde extérieur, mais en plus il ne savait (ou ne voulait) en dire plus sur le bouddhisme. Bruno Beger fut très embarrassé quand Reting voulut faire de lui son garde du corps, quitte à expédier un lama en Allemagne pour y diffuser le bouddhisme. Schäfer réussit certes à convaincre le régent de rédiger une lettre pour Hitler, mais elle ne contient que des banalités et ne respecte pas les règles de rédaction en vigueur dans l&#8217;administration tibétaine. Tout au plus peut-on la considérer comme un courrier privé adressé à quelqu&#8217;un occupant une position légèrement subalterne&#8230; Elle a été traduite par Johannes Schubert qui y plaça des termes nazis absent de l&#8217;original, et qui remplaça même un passage par un autre encensant Hitler. C&#8217;est cette traduction qui servit à la propagande et que les antinazis reprirent telle quelle sans se poser de question.</p>
<p><strong>Rajout du 18/05/11</strong> : on peut lire un article très intéressant sur cette expédition dans le <a href="http://www.derniere-guerre.com/">numéro 11 de la revue Histoire(s) de la dernière guerre</a>.</p>
<p><strong>Rajout du 18/06/11</strong> : ah mais je découvre grâce aux éditions Caraktères qu&#8217;il y a aussi des vidéos disponibles !<br />
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 480px"><span style="text-align:center; display: block;"><a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/04/11/expedition-ernst-schafer-1938-1939-lumiere-histoire-politique-tibetaine-xxe-siecle-isrun-engelhardt/"><img src="http://img.youtube.com/vi/z3BAy4EHuOk/2.jpg" alt="" /></a></span><p class="wp-caption-text">Les images ramenées par l'expédition ont été divisées en dix petits films. Cliquez sur les liens à la fin de la vidéo.</p></div></p>
<p><a href="http://www.delicious.com/rincevent81/Sch%C3%A4fer">Liens vers les vidéos et photographies ramenées par l&#8217;expédition Ernst Schäfer</a></p>
<br />Classé dans:<a href='http://lecatablog.wordpress.com/category/tibet-and-her-neighbours-a-history-alex-mckay/'>Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay</a> Tagged: <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/allemagne/'>Allemagne</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/ernst-schafer/'>Ernst Schäfer</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/grande-bretagne/'>Grande-Bretagne</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/nazis/'>Nazis</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/politique/'>politique</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/seconde-guerre-mondiale/'>seconde guerre mondiale</a>, <a href='http://lecatablog.wordpress.com/tag/wwii/'>WWII</a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/lecatablog.wordpress.com/2121/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/lecatablog.wordpress.com/2121/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/lecatablog.wordpress.com/2121/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/lecatablog.wordpress.com/2121/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/lecatablog.wordpress.com/2121/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/lecatablog.wordpress.com/2121/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/lecatablog.wordpress.com/2121/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/lecatablog.wordpress.com/2121/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/lecatablog.wordpress.com/2121/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/lecatablog.wordpress.com/2121/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/lecatablog.wordpress.com/2121/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/lecatablog.wordpress.com/2121/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/lecatablog.wordpress.com/2121/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/lecatablog.wordpress.com/2121/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2121&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Du conflit à la conciliation : la politique tibétaine revisitée / Parshotam Mehra</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Apr 2011 21:27:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
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		<description><![CDATA[Le XIIIe Dalaï-lama, qui avait entrepris au lendemain de la révolution chinoise de moderniser le Tibet et d&#8217;assurer son indépendance de la Chine, se heurta à divers écueils dont l&#8217;un des plus importants fut le conflit politico-financier qui l&#8217;opposa au IXe Panchen-lama. L&#8217;exil en Chine de celui-ci bouleversa les relations entre les deux hommes ainsi [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2110&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le XIIIe Dalaï-lama, qui avait entrepris au lendemain de la révolution chinoise de moderniser le Tibet et d&#8217;assurer son indépendance de la Chine, se heurta à divers écueils dont l&#8217;un des plus importants fut le conflit politico-financier qui l&#8217;opposa au IXe Panchen-lama. L&#8217;exil en Chine de celui-ci bouleversa les relations entre les deux hommes ainsi qu&#8217;entre leurs successeurs respectifs.<span id="more-2110"></span></p>
<p>Les deux lamas décèdent en effet sans avoir résolu leurs différends : le Dalaï-lama en 1933, le Panchen-lama en 1936 alors qu&#8217;il tentait de revenir au Tibet et venait juste d&#8217;obtenir l&#8217;accord de Lhassa (voir <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/05/10/fabienne-jagou-peregrinations-9-6-panchen-lama/">l&#8217;article de Fabienne Jagou</a>). Pourtant, on considérera de chaque coté que les problèmes n&#8217;étaient dû qu&#8217;à l&#8217;entourage de l&#8217;autre qui l&#8217;aurait mal conseillé. Le retour aurait été probablement été nettement facilité si Panchen-lama n&#8217;avait pas exigé de pouvoir revenir avec sa propre garde armée, et si la Chine avait été disposée à le laisser partir. Le blocage de Lhassa sur le premier point s&#8217;explique probablement par le mauvais souvenir laissé par la venue des troupes chinoises de Zhao Erfeng en 1908 qui avaient contrôlé le pays jusqu&#8217;en 1911. Si le haut-clergé est après la mort du Dalaï-lama impatient de voir revenir le Panchen-lama, il pose quand même quelques conditions : il ne devra pas passer par Lhassa avec son escorte et celle-ci devra repartir dans les six mois par l&#8217;Inde avec la garantie de la Grande-Bretagne. Les Britanniques sont quant à eux très divisés : certains veulent s&#8217;impliquer pour permettre un accord, d&#8217;autres veulent attendre que le Panchen-lama soit revenu sur son fief, ce qui permettrait des négociations où l&#8217;influence chinoise serait minime. La Chine, quant à elle, est peu motivée à l&#8217;idée de laisser partir celui qui est son meilleur représentant auprès des Mongols et des Tibétains. Si elle projette de le raccompagner en entrant en force au Tibet, le début de la guerre avec le Japon vient tout interrompre. Nankin doit en effet concentrer ses efforts sur la défense de son territoire et doit quand même se garder le soutien de la Grande-Bretagne. Il est donc décidé de freiner le retour du Panchen-lama autant que possible. Son décès ne marque qu&#8217;une pause dans la tension entre les deux pays. En 1940, la Chine a besoin de toujours plus d&#8217;approvisionnements occidentaux alors que l&#8217;Indochine et la Birmanie sont sous occupation japonaise. Elle tente donc d&#8217;obtenir des Tibétains l&#8217;autorisation de faire passer le matériel militaire par leur territoire depuis l&#8217;Inde. Hélas, Nankin essuie un refus, y compris pour la construction de routes que Lhassa craint de voir servir un jour à une invasion. Les deux enfants choisis pour monter sur les trônes de Lhassa et Shigatse sont aussi la source de tensions puisque la Chine aurait souhaité avoir son mot à dire sur la sélection du Dalaï-lama et doit se contenter d&#8217;envoyer une mission assister à son intronisation. Elle peut néanmoins se consoler en gardant le contrôle du Panchen-lama dont l&#8217;entourage n&#8217;a pas oublié qui avait subvenu à ses besoins du temps de son prédécesseur. Craignant que Lhassa refuse de reconnaitre son candidat, la cour de l&#8217;ancien Panchen-lama choisit de décider seule. Tchang Kaï-Tchek le reconnait d&#8217;ailleurs juste avant de fuir pour Taïwan.</p>
<p>La situation change brutalement avec l&#8217;arrivée au pouvoir de Mao. Mais la cour du Panchen-lama accueille le nouveau pouvoir avec la même chaleur que le précédent et implore le grand timonier de libérer le Tibet de son régime hostile allié à des impérialistes. Lui aura la volonté et les moyens de le faire. Lorsque la délégation de Lhassa arrive à Pékin en 1951 (<a href="http://lecatablog.wordpress.com/2010/08/11/tsering-shakya-accord-17-points-tibet-chine-1951/">lire l&#8217;article correspondant</a>), la question de la reconnaissance du Panchen-lama bloque tout et les Chinois menacent de ne pas valider l&#8217;accord qui vient d&#8217;être conclu si elle ne vient pas. Le Xe Panchen-lama peut dès lors venir dès 1952 s&#8217;installer dans son monastère de Tashilhumpo et jouit des mêmes pouvoirs et privilèges qu&#8217;avant l&#8217;exil de son prédécesseur en 1920. Si les relations personnelles entre les deux jeunes gens sont cordiales, une tension certaine persiste et s&#8217;aggrave entre leurs administrations. Aux yeux des habitants du Ü (région de Lhassa), le Panchen-lama est suspect de collaboration avec les Chinois et ne peut qu&#8217;être leur marionnette, d&#8217;autant plus que Shigatse et Pékin revendiquent un statut similaire à celui de l&#8217;administration du Dalaï-lama. Le temps de la prééminence de l&#8217;un sur l&#8217;autre est donc révolu. Progressivement, Lhassa perd ses prérogatives alors que la Chine impose de nouvelles structures, comme le comité préparatoire de la région autonome du Tibet. Les différences se perçoivent lors de deux voyages communs aux deux incarnations : en 1954, ils sont reçus à Pékin sur un pied d&#8217;égalité par un Mao triomphal qui leur fait admirer les réussites de la Chine moderne, mais quand en 1956 ils se rendent en Inde pour le 2500e anniversaire de la mort du Bouddha, le Dalaï-lama est reçu comme un chef d&#8217;état alors que son jeune comparse a droit a bien moins d&#8217;égard. Au bout de quelques semaines, une rumeur se répand selon laquelle le Dalaï-lama pourrait ne pas revenir au Tibet. Zhou Enlai doit venir le voir par deux fois pour s&#8217;en assurer et doit promettre un assouplissement de la politique chinoise au Tibet et un ralentissement des réformes. Au retour, le Panchen-lama est profondément vexé du peu de cas qu&#8217;on a fait de lui et refuse à son ainé les honneurs auquel il aurait droit quand ce dernier passe à son tour par Shigatse. En 1957, la situation du Dalaï-lama et de son gouvernement se complique encore plus avec l&#8217;apparition de la rébellion des Khampas. Subissant depuis plus longtemps l&#8217;occupation chinoise et ayant donc vu une application plus directe des réformes, bon nombre d&#8217;entre eux se sont révoltés contre la Chine et ont fuit au Tibet central où ils continuent le combat. Le Dalaï-lama se retrouve pris en étau entre les Chinois qui le soupçonnent de couvrir ces bouillonnants guerriers, et ces-mêmes rebelles qui sont persuadés que le gouvernement cherche à vendre son dirigeant aux Chinois. La situation devient de plus en plus chaotique alors que les rebelles entrainent la population du Ü avec eux (celle du Tsang, province du Panchen-lama, restant très peu affectée). La tension croissante débouche sur l&#8217;insurrection de 1959, elle-même provoquée par la peur d&#8217;une tentative d&#8217;assassinat du Dalaï-lama qui doit fuir et se réfugier en Inde. Il envisageait de toute façon un tel mouvement depuis quelques mois et pensait se réfugier dans le sud du pays pour y fonder un gouvernement sous protection khampa. Le Panchen-lama lui aurait apparemment fait part de sa propre désillusion et de son souhait de trouver une stratégie commune.</p>
<p>L&#8217;exil du Dalaï-lama est une aubaine pour la Chine qui se retrouve alors débarrassée de toute contrainte institutionnelle. En Inde, l&#8217;ancien dirigeant dénonce l&#8217;accord de 1951 et écrit au Panchen-lama pour l&#8217;inviter à le rejoindre s&#8217;il le peut encore. On ignore si ce dernier a reçu cette lettre ni ce qu&#8217;il a pu en penser. Pendant des décennies, les seuls contacts entre les deux hommes furent trois conversations téléphoniques passées lors de voyages du Panchen-lama (dont une lorsqu&#8217;il était en Australie*). Le Panchen-lama suivra toujours la ligne officielle en dénonçant la fuite du Dalaï-lama et la révolte de 1959, mais il ne le critiqua pas pour autant et ne le dénonça jamais en tant que tel, même pas lorsqu&#8217;il fut soumis à des séances d&#8217;autocritique. Dans les années 1960 il osa même prier publiquement pour son retour au Tibet en tant que dirigeant et rédigea un rapport dénonçant la politique chinoise au Tibet qui lui valant quatorze ans de prison et d&#8217;exil du Tashilhumpo (un comble !). Il fut libéré en 1978 et réhabilité en 1981, bien après la mort de Mao et alors qu&#8217;on s&#8217;efforçait d&#8217;oublier les traumatismes de la révolution culturelle. Deng Xiaoping l&#8217;autorisa à retourner au Tibet où il reçut un accueil triomphal. Il décéda en 1989.</p>
<p>* Je n&#8217;avais jamais lu auparavant que le Xe Panchen-lama avait pu se rendre ailleurs qu&#8217;en Chine ou au Tibet ! Il aurait pu en profiter pour se faire la malle, sauf s&#8217;il était déjà marié et que se femme était restée en Chine.</p>
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		<title>Les généraux du Tsar et le Tibet : à propos de quelques trous dans l&#8217;histoire des relations russo-tibétaines / Alexandre Andreyev</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Mar 2011 20:22:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay]]></category>
		<category><![CDATA[Agvan Dorjiev]]></category>
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		<description><![CDATA[Au début du XXe siècle, la politique russe au sujet du Tibet peut se résumer au principe suivant : montrer sa sympathie et sa bienveillance mais ne rien faire qui pourrait fâcher la Grande-Bretagne ou la Chine. Pourtant, il se pourrait que certains très haut responsables ont offert plus que des banalités polies. Les contacts [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2102&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Au début du XXe siècle, la politique russe au sujet du Tibet peut se résumer au principe suivant : montrer sa sympathie et sa bienveillance mais ne rien faire qui pourrait fâcher la Grande-Bretagne ou la Chine. Pourtant, il se pourrait que certains très haut responsables ont offert plus que des banalités polies.<span id="more-2102"></span></p>
<p>Les contacts entre la Russie tsariste et le Tibet n&#8217;ont existé que grâce à l&#8217;action déterminée d&#8217;Agvan Dorjiev, moine bouriate qui sut profiter de sa relation personnelle avec le XIIIe Dalaï-lama pour l&#8217;inciter à chercher de l&#8217;aide militaire vers le nord. La Russie lui apparaissait alors bien plus acceptable que la Chine jugée incapable de défendre le Tibet face aux Britanniques qui contrôlaient déjà les voisins méridionaux du Tibet. De plus, le pays avait adopté une politique de tolérance envers le bouddhisme et était trop loin pour représenter une réelle menace. Agvan Dorjiev se rendit à plusieurs reprises à Saint-Petersbourg et put s&#8217;y entretenir avec quelques uns de ses plus illustres habitants. Il y fut bien reçu et ses démarches suscitèrent un certain intérêt malgré la volonté de ne pas provoquer la Grande-Bretagne et la méfiance que suscitait le Japon en plein essor. La Russie ne voulait pas non plus donner le départ d&#8217;une course au démantèlement de la Chine. Les réponses officielles que reçut Dorjiev étaient donc toujours vagues et n&#8217;allaient pas au-delà d&#8217;un soutien moral. Tout au plus le ministre des affaires étrangères accepta la création d&#8217;un consulat à Tatsienlu pour pouvoir surveiller les activités britanniques et françaises en Asie du Sud-Est, mais l&#8217;expérience ne dura qu&#8217;un an.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 410px"><img alt="Alexeï Nicolaëvitch Kouropatkine, (1848-1925) - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0f/Kuropatkin_by_Repin.jpg" title="Alexeï Nicolaëvitch Kouropatkine, (1848-1925) - Wikicommons" width="380" /><p class="wp-caption-text">Alexeï Nicolaëvitch Kouropatkine, (1848-1925) - Wikicommons</p></div>
<p>Agvan Dorjiev a trouvé un interlocuteur privilégié en la personne d&#8217;Alexeï Kouropatkine, ministre de la guerre et vétéran de la conquête d&#8217;Asie centrale. Ce dernier aurait envisagé dès 1898 l&#8217;envoi au Tibet d&#8217;instructeurs militaires et de munitions et était réceptif aux avances de Dorjiev tout en défendant l&#8217;idée d&#8217;un partage avec la Grande-bretagne. Aussi l&#8217;autorisa-t-il à s&#8217;entretenir en privé avec des officiers kalmouks du Ier régiment de cosaques du Don. En 1900, Dorjiev et Kuropatkine se retrouvent à Yalta. Le ministre lui aurait promis les très modernes canons Krupp pris en Chine pendant l&#8217;écrasement de la révolte des Boxers (embarrassant trophée dont la Russie souhaitait se défaire), mais le problème du transport poussa Dorjiev à refuser dans un premier temps avant de se raviser. Il souhaitait vraisemblablement les amener dans le Kham où ils auraient servi à tenir les troupes chinoises à distance. Lorsque Dorjiev revient en Russie l&#8217;année suivante, on lui affecte Naran Ulanov, un soldat kalmouk devant lui servir d&#8217;interprète. Dorjiev remet à Kouropatkine un message assez vague du Dalaï-lama et quelques cadeaux. D&#8217;après Unlanov, le ministre aurait promis de l&#8217;armement non russe. Dorjiev devait revenir au printemps suivant, peut-être pour présenter une demande formelle d&#8217;envoi d&#8217;armement et d&#8217;instructeurs de la part du Dalaï-lama. Mais l&#8217;affaire tourne court. Quoi qu&#8217;il en soit, Ulanov demande à être envoyé au Tibet et est envoyé suivre une formation spéciale dans des écoles militaires. Cette attitude peut s&#8217;expliquer de la manière suivante : la Russie ne peut s&#8217;opposer directement la Grande-Bretagne si celle-ci souhaitait étendre son influence au Tibet, alors la seule manière de lui nuire est de fournir des armes à ce pays dont le potentiel militaire est négligeable. Un Tibet sous-influence britannique aurait peut-être permis à Londres d&#8217;utiliser son influence religieuse en Haute-Asie. Qui plus est, la situation était nettement favorable puisque les troupes indiennes affrontaient les Boers en Afrique du Sud.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 510px"><img alt="Fusil Berdan type 1 - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/9/9c/Russian-Berdan-No_1.jpg" title="Fusil Berdan type 1 - Wikicommons" width="500" height="70" /><br />
<img alt="Fusil Berdan type 2 - Wikicommons" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6c/Russian_Berdan_Type_II_Model_1870.jpg" title="Fusil Berdan type 2 - Wikicommons" width="500" height="70" /><p class="wp-caption-text">Fusils Berdan (types 1 et 2) - Wikicommons</p></div>
<p>La réalité de ces livraisons d&#8217;armes est sujette à débat, et bon nombre d&#8217;universitaires ne les considèrent pas dignes de foi. Le seul témoignage existant est celui du moine japonais Ekai Kawaguchi présent à Lhassa à l&#8217;époque, et qui affirme que deux grosses caravanes chargées d&#8217;armes russes sont arrivées deux mois après le retour de la mission diplomatique de Dorjiev (lui-même restant en Russie). Il dit également avoir eu en main une arme portant une marque de fabrique américaine mais avec une inscription en russe. La description de ces armes correspond à celle des fusils Berdan, armes alors en cours de remplacement au sein de l&#8217;armée russe. Trente mille fusils avaient été achetés en 1868 auprès d&#8217;un fabriquant américain, chacun d&#8217;entre eux portant une mention en russe et un numéro de série, une deuxième série ayant été directement produite par les arsenaux russes. Ces armes étant de toute façon destinées à la vente à l&#8217;étranger ou à la destruction, Kouropatkine pouvait donc les expédier discrètement sans problème ni dépense puisque le transport revenait à Dorjiev. Peut importe puisque même si le Tibet a reçu ces armes, elles n&#8217;ont jamais été utilisées lors de l&#8217;invasion britannique de l&#8217;expédition Younghusband. D&#8217;ailleurs quand Kouropatkine apprend que le colonel britannique vient de partir pour le Tibet, il dépêche immédiatement une mission de reconnaissance à Lhassa. Guidée par Ulanov qui meurt en route, la mission a aussi pour tâche de trouver une nouvelle route via l&#8217;Asie centrale. Kouropatkine avait aussi envisagé l&#8217;envoi de troupes mais la guerre russo-japonaise éclate en février 1904 et le contraint à délaisser le Tibet. Quand la mission Ulanov arrive finalement à Lhassa, le Dalaï-lama est en exil en Mongolie et les Britanniques sont rentrés chez eux. Elle prend toutefois contact avec de haut-dignitaires dont le régent et les incitent à se tourner vers la Russie. En 1906, Dorjiev tentera d&#8217;obtenir une escorte armée pour le Dalaï-lama auprès du nouveau ministre de la guerre, mais le ministère des affaires étrangères s&#8217;y oppose. Ce n&#8217;est qu&#8217;en 1912 que trois Bouriates servant de gardes du corps à Agvan Dorjiev serviront d&#8217;instructeurs.</p>
<p>Dans un encart suivant l&#8217;article, Alex McKay ajoute que les Tibétains ont très bien pu cacher ces armes comme ils avaient dû le faire pour de l&#8217;artillerie d&#8217;origine inconnue dans les années 1930. Toutefois, de tels envois auraient dû passer par le nord, donc par des territoires échappant à tout contrôle et infestés de brigands. On peut donc se demander comment une telle manne aurait pu arriver intacte.</p>
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		<title>Le cadre conceptuel de la guerre de Galdan : le gouvernement bouddhiste au Tibet, en Mongolie et chez les Mandchous / Ishihama Yumiko</title>
		<link>http://lecatablog.wordpress.com/2011/03/25/cadre-conceptuel-guerre-galdan-gouvernement-bouddhiste-tibet-mongolie-mandchous-ishihama-yumiko/</link>
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		<pubDate>Fri, 25 Mar 2011 20:18:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En dépit de l&#8217;aura de philosophie pacifiste et détachée des contingences matérielles que le bouddhisme a chez les Occidentaux, il y a eu aussi des fanatiques. Cet article nous montre comment un prince mongol a foutu la merde en Asie, mais aussi comment le bouddhisme tibétain constituait l&#8217;univers mental commun des dirigeants. En 1645 naît [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2095&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>En dépit de l&#8217;aura de philosophie pacifiste et détachée des contingences matérielles que le bouddhisme a chez les Occidentaux, il y a eu aussi des fanatiques. Cet article nous montre comment un prince mongol a foutu la merde en Asie, mais aussi comment le bouddhisme tibétain constituait l&#8217;univers mental commun des dirigeants.<span id="more-2095"></span></p>
<p>En 1645 naît un prince mongol dzoungare nommé Galdan Khan qui est plus tard reconnu comme une incarnation. Il étudie au Tibet avant de revenir au pays en tant que gelugpa. En 1688 il déclenche une guerre en attaquant ses compatriotes Kalkha (les Dzoungares et Khalkha étant des sous-groupes mongols). L&#8217;empereur Kangxi demande au Ve Dalaï-lama d&#8217;intervenir pour calmer les choses, ce qui est une pratique habituelle étant donnée l&#8217;influence de ce dernier sur les Mongols. Le Dalaï-lama s&#8217;exécute, ce qui débouche sur une conférence de paix sous la médiation d&#8217;un représentant de l&#8217;empereur et de l&#8217;abbé de Ganden, en présence du Jetsun Dampa (plus haute autorité bouddhiste mongole). La conférence prend fin après que les deux groupes ont juré de faire des efforts pour la paix. Au nouvel an suivant, Dzoungares et Khakha proposent de conférer des titres honorifiques à l&#8217;empereur qui refuse. Mais peu après, Galdan écrit une lettre au représentant chinois où il se plaint de l&#8217;attitude du Jetsun Dampa et l&#8217;accuse de s&#8217;être assis sur un siège à la même hauteur que celui du représentant du Dalaï-lama. Pour Galdan, c&#8217;est un crime de lèse-sainteté. Le Jetsun Dampa fait également parvenir une copie de la lettre à l&#8217;empereur, qui se contente d&#8217;abord d&#8217;observer. Mais lorsque Galdan envahit le territoire des Khalkhas et détruit le temple d&#8217;Erdeni Zuu, il semble clair que les choses n&#8217;en resteront pas là. Kangxi tente bien de le raisonner, en pure perte. Il informe donc le Dalaï-lama que les Khalhas sont sous protection impériale et lui réclame un ambassadeur qui pourra rétablir la paix. Le Dalaï-lama choisit l&#8217;abbé de Jampaling. Notons qu&#8217;en réalité, c&#8217;est le régent Sangye Gyatso qui le choisit car il a dissimulé la mort du Ve Dalaï-lama aux yeux de tous. L&#8217;empereur est très surpris quand le régent lui suggère de liquider le chef des Khalkhas et le Jetsun Dampa car ce ne sont pas des idées auxquelles l&#8217;a habitué feu le Dalaï-lama (qu&#8217;il pense toujours en vie). Galdan ayant pénétré en Chine pour poursuivre ses ennemis, l&#8217;empereur n&#8217;a plus d&#8217;autre choix que de le punir. Il rappelle toutefois que tant qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;hostilité manifeste, il est toujours temps de se rattraper. En pure perte. Galdan est donc battu, mais peut repartir en promettant de ne plus entrer en Chine. C&#8217;est un vœu pieux puisqu&#8217;il recommence à faire parler de lui après avoir fait assassiner un représentant impérial. Cette fois Kangxi se fâche et lance une attaque massive qui pousse Galdan à se suicider en 1697.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 480px"><br />
<span style="text-align:center; display: block;"><a href="http://lecatablog.wordpress.com/2011/03/25/cadre-conceptuel-guerre-galdan-gouvernement-bouddhiste-tibet-mongolie-mandchous-ishihama-yumiko/"><img src="http://img.youtube.com/vi/ncjuhJznv-w/2.jpg" alt="" /></a></span><p class="wp-caption-text">À force de devoir faire le gendarme chez les Mongols, Kangxi a besoin de se détendre avec ses copains de la Cité interdite © The Dormitory Boys</p></div>
<p>Dans toute cette histoire, chacun n&#8217;a eu de cesse de se référer au concept de gouvernement bouddhiste. Quelle que soit la langue et l&#8217;interlocuteur, on le retrouve, servant de référence idéologique. Au sens propre, le chösi (törüshasin en mongol, doro shajin en mandchou) signifie &#8220;l&#8217;État et la religion&#8221;. Le sens évolue pour désigner un gouvernement suivant les enseignements du Dalaï-lama et de son école. Lorsque Kangxi demande au Dalaï-lama de calmer les choses, l&#8217;un et l&#8217;autre agissent en conformité avec le concept. Lorsque les Mongols proposent de décerner un titre à l&#8217;empereur, c&#8217;est parce qu&#8217;ils reconnaissent ses efforts conforme à ce qu&#8217;ils attendent d&#8217;un gouvernement bouddhiste. Si Galdan s&#8217;agace de voir un lama mongol trôner à la même hauteur que l&#8217;envoyé du Dalaï-lama, c&#8217;est parce c&#8217;est pour lui une atteinte à la dignité de ce dernier. Par conséquent, ses campagnes contre les fautifs sont un juste châtiment toujours conformes au principe du gouvernement bouddhiste. On constate dès lors que si le gouvernement bouddhiste est un idéal commun aux pays de Haute-Asie, les interprétations de ce qu&#8217;il doit être divergent. Quand plus tard Kangxi s&#8217;apprête à repousser Galdan en dehors de Chine, la raison officielle est qu&#8217;il veut seulement clarifier sa vision du gouvernement bouddhiste. Les rapports de ses envoyés (qui ne sont donc censés être lus que par l&#8217;empereur) mentionnent aussi ce concept, preuve que ce n&#8217;est pas une idée en l&#8217;air. Entre les deux incursions de Galdan, le régent Sangye Gyatso propose à Kangxi un titre honorifique le mettant en parallèle avec le Dalaï-lama, ce qui est une marque de profond respect autant qu&#8217;un renvoi d&#8217;ascenceur. Kangxi refuse parce que ce n&#8217;est pas le bon moment, alors qu&#8217;il est pleinement conscient de l&#8217;honneur qui lui est fait. Et quand il est obligé d&#8217;employer la force brute, il ne manque pas de rappeler qu&#8217;il a accueilli et honoré le Dalaï-lama à Pékin, qu&#8217;il a forcé un ancien régent à rendre son sceau à la demande de ce dernier, qu&#8217;il a banni l&#8217;école Nyingma pour lui. Être perçu comme un ennemi du bouddhisme par un trublion des steppes est donc la goutte d&#8217;eau qui fait déborder le vase.</p>
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		<title>Les relations politiques, économiques et religieuses entre la Mongolie et le Tibet / L. Chuluunbaatar</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Mar 2011 20:56:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Que peut-il y avoir de plus rigolo que de décrypter un nom tibétain en translittération wylie ? Réponse : reconnaitre un nom tibétain déformé par la langue mongole puis retranscrit en caractère latin ! Cet article revient sur les circonstances des liens tibéto-mongols, en particuliers ceux qui datent du XVIe siècle. Si la Mongolie a [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2092&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Que peut-il y avoir de plus rigolo que de décrypter un nom tibétain en translittération wylie ? Réponse : reconnaitre un nom tibétain déformé par la langue mongole puis retranscrit en caractère latin ! Cet article revient sur les circonstances des liens tibéto-mongols, en particuliers ceux qui datent du XVIe siècle.<span id="more-2092"></span></p>
<p>Si la Mongolie a toujours été en contact avec la Chine et l&#8217;Asie centrale, ses premiers contacts avec le Tibet datent des débuts de l&#8217;empire de Gengis Khan (lire à ce sujet <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2009/01/16/turrell-wylie-mongols-conquete-tibet/">La première conquête mongole du Tibet réinterprétée par Turrell V. Wylie</a> et <a href="http://lecatablog.wordpress.com/2009/03/16/seyfort-ruegg-cho-yon/">Chö-yön, yön-chö et chöne/yönne : historiographie et sémantique d’un concept socio et politico-religieux tibétain par D. Seyfort Ruegg</a>). La chute de la dynastie Yuan (mongole) en Chine interrompt les relations avec la Mongolie (<a href="http://lecatablog.wordpress.com/2009/04/05/turrell-wylie-ming-tribut-lama/">celles avec la Chine continuent quelque peu</a>). La région est en effet politiquement fragmentée, ce qui arrange beaucoup de monde qui ne souhaite pas avoir à courber une deuxième fois l&#8217;échine devant des envahisseurs étrangers. Pourtant, les princes mongols restent en liaison directe avec le Tibet et en tirent un grand prestige (et réciproquement). Le XVIe siècle est l&#8217;occasion pour plusieurs écoles du bouddhisme tibétain en lutte entre elles de rechercher des protecteurs puissants et aguerris : les Gelug (école des Dalaï-lamas et Panchen-lamas) sont alliés au Phagmodru, eux-mêmes sous-école Kagyü, tandis que leurs ennemis Karma-Kagyü s&#8217;allient aux puissants princes du Tsang. Chacun a besoin d&#8217;un soutien financier et militaire pour pouvoir l&#8217;emporter. Après tout, les Mongols sont des experts militaires et beaucoup de Tibétains sont fatigués des conflits incessants et ne dédaigneraient pas profiter de leur stature religieuse pour élargir leur clientèle. À l&#8217;époque, Altan Khan est un chef mongol qui souhaiterait développer les échanges entre la Chine et ses voisins mais qui se heurte à l&#8217;isolationnisme de la dynastie Ming. Le Tibet lui apparait donc comme un point de départ potentiel pour contrer la domination chinoise, mais aussi et surtout pour accroitre son influence politique et sa réputation parmi les siens. Il commence donc par annexer la région du Kokonor (ou lac Qinghaï), porte d&#8217;entrée pour le Tibet et rencontre un haut-lama de la cour de Pékin qui lui fait miroiter une possible alliance.</p>
<p>En 1570, trois délégations sont envoyées auprès d&#8217;Altan Khan et les moines qui en font partie reçoivent des titres honorifiques. L&#8217;un d&#8217;entre eux évoque Sönam Gyatso, réincarnation de l&#8217;abbé de Drepung et Sera. Altant l&#8217;invite donc en 1574 en lui envoyant de nombreux cadeaux pour les trois grands monastères gelugpa des environs de Lhassa. Sönam Gyatso accepte à la condition que la rencontre se fasse sur la frontière. Altan n&#8217;y voit aucun inconvénient et propose le Kokonor où il fait bâtir le monastère de Thegchen Chökhor Ling / Chabchiyal. La rencontre se fait le 15/05/1578 devant plus de dix mille moines et laïcs rassemblés pour l&#8217;occasion. Les Mongols adoptent officiellement le bouddhisme tibétain et Altan décerne à Sönam Gyatso le titre de Dalaï-lama. Dalaï désigne une accumulation d&#8217;eau formant une masse (d&#8217;où l&#8217;océan) et exprime l&#8217;idée que le lama sera un rassembleur des différentes écoles tibétaines. Le IIIe Dalaï-lama (ses deux précédentes incarnations le devenant à titre posthume) obtient de plus le droit de se déplacer librement dont jouissaient les lamas servant de précepteurs impériaux de Pékin. Des cadeaux luxueux sont aussi échangés. Quoi qu&#8217;il en soit, le Dalaï-lama est désormais une figure incontournable de la Haute-Asie jusqu&#8217;à l&#8217;essor de la dynastie Qing. Il repart avec une centaine de jeunes destinés à former le cœur du futur clergé mongol et servant éventuellement de garantie de soutien de la part des princes mongols (nan mais on est jamais trop prudent, hein). À la demande de la dynastie Ming, il s&#8217;efforce de faire cesser les attaques contre la Chine. La nouvelle alliance ne convainc pas tout le monde car Altan doit contraindre certains des siens à renoncer formellement à résister aux moines. Le IIIe Dalaï-lama ne rentre pas tout de suite à Lhassa et rend visite à plusieurs seigneurs locaux. Il faut dire que le Tibet central est alors aux mains des Karma-Kagyu. La mort d&#8217;Altan Khan en 1581 ne marque pas la fin de sa politique qui est reprise par son fils. Ce dernier rappelle le Dalaï-lama pour qu&#8217;il célèbre les funérailles en 1586&#8230; avant de décéder lui-même deux ans plus tard. Ses élèves commencent donc à chercher son incarnation et la trouvent opportunément en la personne du petit-fils d&#8217;Altan Khan (méga coïncidence, dis-donc !) qui devient dès lors Yönden Gyatso. Il ne part pour le Tibet central qu&#8217;à quatorze ans (1602), pour y recevoir des enseignements. Son &#8220;règne&#8221; voit la construction de l&#8217;Erdeni Zuu, plus célèbre temple bouddhiste de Mongolie. Son décès en 1616 (Chuluunbaatar le fait mourir à 47 ans en 1660, alors que le Ve Dalaï-lama règne sur le Tibet depuis dix-huit ans !) provoque une guerre entre Gelug et Karma-Kagyü gagnée grâce à l&#8217;intervention du clan d&#8217;Altan. Comme quoi c&#8217;est bien d&#8217;être prévoyant. Le XVIIe siècle voit diverses fédérations mongoles se constituer et s&#8217;effondrer très vite. Le Ve Dalaï-lama, lui, affermit son pouvoir sur le Tibet central. L&#8217;essor fulgurant des Mandchous qui finissent pas s&#8217;installer au pouvoir en Chine marque la fin du pouvoir militaire mongol, mais les relations avec le Tibet persistent, en particulier avec l&#8217;apparition de la lignée des Jetsun Dampa, pendant mongol des Dalaï-lama. Le Ier d&#8217;entre eux sera instruit par le Ve Dalaï-lama qui lui enverra plusieurs autres maîtres.</p>
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		<title>Une évaluation critique du traité tibéto-népalais de 1856 / Tirtha Prasad Mishra</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Mar 2011 14:20:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Tibet a toujours eu des relations plus ou moins conflictuelle avec son voisin méridional, le Népal. Bien qu&#8217;éclaté en de nombreux royaumes rivaux, celui-ci a bénéficié de traitements de faveurs grâce à sa puissance militaire. Lorsqu&#8217;au milieu du XIXe siècle survient un bouleversement politique népalais, par contrecoup la politique étrangère tibétaine s&#8217;en trouve bouleversée. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2088&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le Tibet a toujours eu des relations plus ou moins conflictuelle avec son voisin méridional, le Népal. Bien qu&#8217;éclaté en de nombreux royaumes rivaux, celui-ci a bénéficié de traitements de faveurs grâce à sa puissance militaire. Lorsqu&#8217;au milieu du XIXe siècle survient un bouleversement politique népalais, par contrecoup la politique étrangère tibétaine s&#8217;en trouve bouleversée.<span id="more-2088"></span></p>
<p>Les relations tibéto-népalaises sont très anciennes, probablement plus que les sources écrites existant aujourd&#8217;hui. Au XVIIe siècle, elles connaissent une première révolution lorsque les deux pays signent un traité commercial au bénéfice exclusif du Népal : Katmandou obtient le droit d&#8217;ouvrir trente-deux marchés à Lhassa et d&#8217;y nommer un représentant (le nayak) sans que le Tibet ne puisse percevoir de droits de douane. Pire, Lhassa doit céder son droit de battre monnaie. Le Népal est désormais en position clairement dominante, d&#8217;autant plus que deux autres royaumes du pays y gagnent également quelques droits. Histoire de bien pousser son avantage, Katmandou se permet de n&#8217;alimenter son voisin qu&#8217;avec des pièces de mauvais aloi. Sans surprise, les Tibétains apprécient peu le procédé et accumulent de la rancœur. Au XVIIIe siècle, le conflit opposant les rois Newars de Katmandou à leurs rivaux Gurkhas fait chuter les échanges entre les deux pays. Une fois les Gurkhas au pouvoir, ils s&#8217;empressent de revendiquer les droits de leurs prédécesseurs mais se heurtent au problème des pièces de mauvais aloi : les Tibétains n&#8217;en accepteront de nouvelles que si leurs voisins rachètent les précédentes à leur valeur faciale. Pendant des années, les deux pays sont incapables de trouver un accord. En 1788, le Népal envahit donc le Tibet et le contraint à signer un nouveau traité lui accordant de nouveaux droits. Rebelote en 1791, mais cette fois la Chine intervient et renverse la situation : le Népal doit signer un nouveau traité mettant fin à son droit de frappe et à ses privilèges tout en étant obligé d&#8217;envoyer une mission à Pékin tous les cinq ans. Jusqu&#8217;en 1853, les désaccords seront résolus par une commission bilatérale, l&#8217;amban (représentant de l&#8217;empereur à Lhassa) intervenant de temps à autre. La deuxième moitié du XIXe siècle verra le Népal profiter de la faiblesse de la Chine pour revenir en force. La période voit les rois de Katmandou réduits au rôle de figurants, la réalité du pouvoir revenant à la famille Rana qui instaure une dynastie de premier ministres héréditaires. Pékin est aux prises avec la révolte des Taiping et avec la domination croissante des pays européens, le XIe Dalaï-lama est mineur (il mourra précisément en 1856), le gouvernement tibétain divisé par le conflit entre le régent et le kashag. La situation est idéale pour Jang Bahadur Rana qui prétexte que des marchands népalais n&#8217;ont pas été bien traités pour réclamer un crore (dix millions) de roupies et la cession de deux territoires. Le Tibet se contente de promettre que les marchands népalais seront bien traités à l&#8217;avenir. La porte est ouverte pour l&#8217;invasion. Battu, le Tibet doit signer le fameux traité au palais des Rana. L&#8217;amban ne peut rien faire, mais réussit quand même à faire reconnaitre la prééminence de la Chine.</p>
<p>Le traité comporte dix clauses qui, sans surprise, ne bénéficient qu&#8217;au Népal. Il restera en vigueur pour presque un siècle et survivra à l&#8217;expédition britannique de 1904 et à l&#8217;invasion chinoise de 1908. Il impose notamment le paiement annuel de mille roupies (le Tibet veillera scrupuleusement à ne donner aucun prétexte à un durcissement ultérieur et paiera jusque dans les années 1950), que le premier ministre népalais maintiendra plutôt que d&#8217;être payé en une seule fois pour bénéficier des intérêts. C&#8217;est un somme dérisoire pour lui mais elle lui permet de renforcer la fierté nationale encore balbutiante. Le Népal se place donc en protecteur du Tibet (prenant ainsi la place de la Chine) et doit théoriquement l&#8217;aider en cas d&#8217;agression extérieure. C&#8217;est un vœu pieux car le Népal ne bougera pas lors des invasions qui suivront et aidera même la Grande-Bretagne à accomplir la sienne. Pire, le royaume fit payer au Tibet le manque à gagner de ses commerçants lors desdites invasions. Les marchands en question peuvent désormais vendre tout ce qu&#8217;ils veulent au Tibet et bénéficient de l&#8217;extraterritorialité (la loi népalaise continue à s&#8217;appliquer au marchands népalais, et en cas de litiges une commission ce qui laissent leurs confrères tibétains particulièrement amers (les Népalais tenteront pourtant d&#8217;aplanir les différends). De même ils ne paient aucun droit de douane jusqu&#8217;à ce que les Britanniques forcent l&#8217;entrée du Tibet (mais ils profiteront par la suite de la route commerciale ouverte par ceux-ci). Les interventions permanentes des représentants népalais provoquent d&#8217;ailleurs encore un conflit en 1883 au sujet du commerce de riz et de sel, sans que rien ne change. Ces représentants (jamais d&#8217;origine Newar) sont chargés de défendre les intérêts de leurs compatriotes et ont la responsabilité de les aider à écouler les produits de contrebande du premier ministre népalais. La seule réponse possible des Tibétains est donc de faire la sourde oreille et de ne plier que devant les menaces. Ceci ne doit pas masque le fait que des relations cordiales ont toujours existé, des Népalais contribuant ainsi à résoudre des problèmes diplomatiques. La situation change au début du XXe siècle, quand les rois népalais reprendront le pouvoir aux Rana, quand l&#8217;entrée en scène des Britanniques réduit leur influence. Malgré tout, tant le Tibet que le Népal cherchent à maintenir les relations existantes : pour l&#8217;un le traité est une marque d&#8217;indépendance, pour l&#8217;autre c&#8217;est la marque d&#8217;une gloire qu&#8217;il ne veut pas voir disparaitre. La prise de contrôle communiste et l&#8217;indépendance indienne changent par contre radicalement la donne : souhaitant échapper à l&#8217;emprise de Nehru, le roi népalais renverse son gouvernement démocratique et se tourne alors vers la Chine de Mao. Il signe alors un nouveau traité en 1956 qui abroge tous les traités précédents en matière de relations tibéto-népalaises.</p>
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		<title>La révolution culturelle au Tibet : l&#8217;incident de Nyemo de 1969 / Melvyn Goldstein</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Mar 2011 12:23:45 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Voilà un bouquin très court mais que j&#8217;ai eu du mal à finir (la rhétorique marxiste me gonfle autant que la théologie). On the Cultural Revolution in Tibet: The Nyemo Incident of 1969 de Melvyn Goldstein a été publié en 2009 chez University of California Press et nous présente un épisode sanglant et confus de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2073&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà un bouquin très court mais que j&#8217;ai eu du mal à finir (la rhétorique marxiste me gonfle autant que la théologie). <em>On the Cultural Revolution in Tibet: The Nyemo Incident of 1969</em> de Melvyn Goldstein a été publié en 2009 chez University of California Press et nous présente un épisode sanglant et confus de la révolution culturelle au Tibet.<span id="more-2073"></span></p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 185px"><img alt="On the Cultural Revolution in Tibet: The Nyemo Incident of 1969 / Melvyn Goldstein" src="http://archive.thebuddhadharma.com/issues/2009/summer/images/revoltlrg.jpg" title="On the Cultural Revolution in Tibet: The Nyemo Incident of 1969 / Melvyn Goldstein" width="175" height="264" /><p class="wp-caption-text">On the Cultural Revolution in Tibet: The Nyemo Incident of 1969 / Melvyn Goldstein</p></div>
<p>L&#8217;auteur est un universitaire connu mais controversé car il collabore avec de nombreux universitaires chinois et est donc souvent perçu par les nationalistes tibétains comme un pro-chinois (donc forcément hostile à leur cause). Il commence par nous présenter la genèse de la révolution culturelle et la manière dont elle s&#8217;est propagée au Tibet. Pour faire court, le grand timonier commençait à en avoir assez de voir ses sous-fifres la ramener un peu trop et souleva les masses juvéniles contre les caciques du parti. But de l&#8217;opération : déstabiliser toutes les structures et les clientèles traditionnelles pour s&#8217;assurer une domination sans partage. Le grand Mao invita donc les masses révolutionnaires à pourchasser les éléments bourgeois et capitalistes qui devaient se dissimuler jusque dans les plus hautes sphères de l&#8217;État (&#8220;bombarder les quartier généraux&#8221;). Très vite, de nombreuses factions révolutionnaires apparurent et commencèrent à se bouffer le nez en s&#8217;accusant mutuellement d&#8217;être contre-révolutionnaire. À Lhassa, les autorités en place observaient la situation du reste du pays avec une grande inquiétude. Il était difficile d&#8217;oublier que l&#8217;Armée populaire de libération n&#8217;était présente au Tibet que depuis les années cinquante et que la dernière grande révolte suivie de la fuite du Dalaï-lama datait de moins de dix ans. Dans un tel contexte, la perspective de violences révolutionnaires risquant de déstabiliser la région n&#8217;enchante pas vraiment le pouvoir local. Des décisions sont donc prises pour entraver l&#8217;afflux de ces jeunes gardes rouges fanatisés, qui ne manquent pas de s&#8217;en plaindre à Pékin. Il faut dire que si les responsables du parti s&#8217;accommodent facilement des principaux objectifs de la révolution culturelle (annihiler les vieilles traditions et enseignements), ils sont nettement moins enthousiastes à l&#8217;idée de se faire renverser par des masses juvéniles qui les soumettraient à des séances d&#8217;autocritique. Malgré l&#8217;opposition de l&#8217;administration de la province, les récriminations des révolutionnaires finissent par être entendues en Chine, et les cadres du parti sont contraints de les laisser agir. Deux factions stables finissent par se constituer : les Gyenlo (les &#8220;rebelles&#8221;) dont l&#8217;objectif est de traquer les bourgeois au sein des cadres du parti ; les Nyamdre qui ont une approche plus conservatrice et soutiennent lesdits cadres. L&#8217;hostilité entre ces deux groupes débouche sur une véritable guerre civile. La polarisation est telle que les bâtiments ne sont plus occupés que par une seule faction à la fois. Des combats violents sévissent quotidiennement entre les uns et les autres. L&#8217;armée, quant à elle, est censée observer une position neutre et doit séparer les combattants, ce qui vaut à ses soldats de se faire sévèrement casser la figure par l&#8217;une ou l&#8217;autre des factions. Il est utile de signaler qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;un clivage Tibétains/Chinois car les deux se retrouvent au sein de chaque groupe (les cadres de haut niveau comptant semble-t-il proportionnellement plus de Chinois). Des tentatives Gyenlo de susciter des groupes de sympathisants au sein de l&#8217;armée poussa celle-ci à se rapprocher officieusement des Nyamdre. Malgré le soutien de Pékin et la convocation forcée de négociations par Mao et son entourage, la base de chaque groupe refusait de baisser les armes. Les Gyenlo étant bien moins nombreux à Lhassa que leurs adversaires, et ayant subi une attaque militaire en règle au temple du Jokhang, décidèrent de tenter leur chance dans les campagnes voisines d&#8217;où les Nyamdre seraient peut-être plus facilement délogeables. Le comté de Nyemo situé entre Lhassa et Shigatse fut une des cibles retenues. </p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><iframe width="740" height="350" frameborder="0" scrolling="no" marginheight="0" marginwidth="0" src="http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;msa=0&amp;msid=208507027718372437301.00049e4cd4aa5a79d12de&amp;ll=29.483241,90.11261&amp;spn=0.209204,0.44632&amp;t=p&amp;z=11&amp;output=embed"></iframe><br /><small><a href="http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;msa=0&amp;msid=208507027718372437301.00049e4cd4aa5a79d12de&amp;ll=29.483241,90.11261&amp;spn=0.209204,0.44632&amp;t=p&amp;z=11&amp;source=embed" style="text-align:left">View Larger Map</a></small><p class="wp-caption-text">Les environs de Nyemo</p></div>
<p>Le comté de Nyemo offrait un potentiel intéressant en raison du mécontentement croissant de la population rurale.  Les réformes démocratiques de 1959 avaient mis fin à la religion organisée mais laissait aux Tibétains le droit de pratiquer à titre individuel. De même, les anciennes familles aisées perdirent tous leurs biens qui furent redistribués aux pauvres. Très appréciées dans un premier temps, ces mesures échouèrent à changer la société puisque les nouveaux bénéficiaires vendirent leur bétail juste acquis faute de savoir le gérer. Leur situation aurait pu s&#8217;améliorer si la compétition entre cadres du parti et la falsification croissante des rapports de production n&#8217;avaient pas eu comme conséquence une hausse continue des impôts en nature. La faction Gyenlo était pleinement consciente de la situation et de l&#8217;intérêt qu&#8217;elle aurait à utiliser ce mécontentement à son profit. C&#8217;est à Phusum, village du comté de Nyemo, que résidait une jeune ex-nonne nommée Trinle Chödrön. Peu instruite, elle avait continué à vivre dans son ancien couvent jusqu&#8217;à la mort de sa supérieure. Trinle Chödrön avait été particulièrement perturbée par les réformes démocratiques et les séances d&#8217;autocritiques imposées aux élites monastiques. Le décès de sa supérieure conjugué à l&#8217;interdiction récente de toute pratique religieuse privée, au déclassement de sa propre famille (rétrogradée du statut de petit paysan à celui de paysan aisé, donc coupable d&#8217;exploitation selon les principes révolutionnaires) et la menace de collectivisation semble lui avoir fait perdre raison aux dires de son propre frère. Elle commença donc à agir de manière incohérente au point que tout le monde la considérait comme définitivement folle. Sa santé se détériora progressivement, et son frère dut l&#8217;emmener voir en cachette un lama pour savoir si elle était possédée par un démon. Ce lama confirma que Trinle Chödrön était possédée et pratiqua un rituel servant auparavant à introniser les lamas médiums, lui conférant ainsi une stature religieuse qu&#8217;elle n&#8217;avait jamais eu. Il lui transmit également l&#8217;idée que le Dalaï-lama avait perdu son pouvoir parce qu&#8217;il n&#8217;avait pas su s&#8217;occuper de son peuple, en conséquence de quoi c&#8217;est à Mao que revenait la charge de veiller au bien-être matériel du peuple. Trinle Chödrön mit du temps avant de se décider sur ce qui la possédait : elle affirma tour à tour que c&#8217;était le Bouddha historique (impensable pour tout membre du clergé), un groupe de divinités sans nom, et finit par choisir Ani Gongme Gyemo. Cette divinité était la tante du célèbre roi Gesar dont l&#8217;épopée racontait comment il avait détruit les ennemis du bouddhisme. Lors de ses transes, Trinle Chödrön se met à faire des prophéties qui lui valent une renommée croissante et attirent de plus en plus de croyants. Cela ne l&#8217;empêche absolument pas de rejoindre les rangs des Gyenlo et de louer la parole de Mao. Aussi étrange que cela puisse paraître, il est possible qu&#8217;elle n&#8217;ait vu en eux qu&#8217;une possibilité de renverser les cadres détestés et de servir la cause paysanne. Lorsque les Gyenlo comprirent à qui ils avaient à faire, ils ne se posèrent aucune question : pour renverser les cadres Nyamdre il leur fallait gagner le soutien de la population, et pour cela il fallait promettre des baisses d&#8217;impôts et s&#8217;allier avec la nonne. Certains membres de la faction s&#8217;inquiétèrent de cette alliance contre nature, mais le pragmatisme l&#8217;emporta.</p>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 760px"><iframe width="740" height="350" frameborder="0" scrolling="no" marginheight="0" marginwidth="0" src="http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;msa=0&amp;msid=208507027718372437301.00049e4cd4aa5a79d12de&amp;ll=33.100745,90.791016&amp;spn=12.869071,28.564453&amp;t=p&amp;z=5&amp;output=embed"></iframe><br /><small><a href="http://maps.google.fr/maps/ms?hl=fr&amp;ie=UTF8&amp;msa=0&amp;msid=208507027718372437301.00049e4cd4aa5a79d12de&amp;ll=33.100745,90.791016&amp;spn=12.869071,28.564453&amp;t=p&amp;z=5&amp;source=embed" style="text-align:left">View Larger Map</a></small><p class="wp-caption-text">D'autres incidents de 1969.</p></div>
<p>Désormais soutenue par les révolutionnaires, Trinle Chödrön put recevoir ouvertement les fidèles des environs. En octobre 1968, les Gyenlo commencèrent à envisager une attaque des locaux du parti au siège du comté. Conscients de leur faiblesse numérique, il ne leur fallut pas longtemps pour comprendre que le seul moyen de mobiliser la population était de faire appel à la médium. Pour eux, la religion était la &#8220;bombe atomique&#8221; tibétaine. Trinle Chödrön exécuta alors  une cérémonie publique où elle encouragea l&#8217;assistance à rejoindre les Gyenlo. Les jours suivants, des centaines de paysans attaquèrent et prirent le siège du comté. Grisés par le succès de &#8220;l&#8217;armée des dieux&#8221; de Trinle Chödrön, les dirigeants Gyenlo décidèrent d&#8217;attaquer les bâtiments militaires du comté et de chasser les quelques Nyamdre qui pouvaient se trouver encore dans la région. La renommée de Trinle Chödrön était à son maximum et favorisa l&#8217;apparition de plusieurs médiums (une trentaine) affirmant être possédés par des héros-guerriers compagnons de Gesar. Ces médiums constituèrent la garde rapprochée de Trinle Chödrön et appliquèrent à ses ennemis les châtiments qu&#8217;elle leur avait réservés. En mai 1969, Trinle Chödrön diffusa un pamphlet où elle énumérait ses idées. Le texte en est difficile à comprendre car l&#8217;auteur pense que les traducteurs chinois ne comprenaient pas le vocabulaire et les allusions bouddhistes. Il reprend toutefois l&#8217;idée que la nonne est destinée à remplacer le Dalaï-lama et que Mao est le leader incontesté du pays à qui il doit apporter le bien-être matériel. En juin 1969, un homme rendant visite à Trinle Chödrön fut le premier à se faire tuer. Dans les jours suivants un climat d&#8217;hystérie et de terreur se répandit au fur et à mesure que la nonne punissait tout ceux qui lui avaient causé du tort ou avaient remis en question son statut (y compris des religieux respectés qui considéraient ses transes comme une imposture). De nombreux villageois (entre quinze et vingt) furent ainsi mutilés (les mains tranchées) ou tués, leurs familles devant fuir dans la montagne pour échapper à un destin aussi funeste. C&#8217;est à ce moment que les Gyenlo prirent peur en apprenant la venue d&#8217;un détachement militaire et lancèrent l&#8217;armée des dieux contre lui. Les soldats étaient désarmés (ils avaient pourtant réclamé des moyens de défense à leur supérieurs) et furent capturés rapidement. L&#8217;armée des dieux investit alors le bâtiment administratif du district de Bagor et en massacra tous les occupants. Quelques jours après, l&#8217;armée des dieux fut lancée contre les quelques militaires et cadres Nyamdre qui se trouvaient encore à Nyemo. Malheureusement pour eux, l&#8217;attaque fut un échec car les militaires s&#8217;étaient solidement retranchés et avaient riposté, tuant plusieurs assaillants et causant la panique chez des villageois qui se pensaient protégés par les pouvoirs de leur nonne. Plusieurs décidèrent de rentrer chez eux sans attendre. S&#8217;attendant sans surprise à des représailles, les villageois se préparèrent à la venue de l&#8217;armée. Celle-ci vint comme prévue mais n&#8217;attaqua pas et repartit, ce qui redonna un peu confiance aux villageois. Dans les faits, ce retrait s&#8217;explique par la nécessité d&#8217;attendre des renforts. Dans le camp Gyenlo, c&#8217;est l&#8217;alarme. La priorité est désormais de couper tous les liens avec l&#8217;armée des dieux. Comme la liaison entre les deux groupes s&#8217;effectuait via un unique cadre tibétain, la chose est relativement facile. À partir du 19 juin, l&#8217;armée avance enfin vers les villages abritant l&#8217;armée des dieux, qui est submergée. Bon nombre de villageois doivent fuir dans les montagnes, non sans maudire les soi-disants médiums qui ne peuvent plus entrer en transe. Le 21, Trinle Chödrön et quelques proches sont capturés dans une grotte. Un ancien soldat rapporte qu&#8217;il avait interdiction de tuer ou blesser grièvement les prisonniers. La nonne lui semble terrorisée mais ne pipe mot. Mis à part ces prisonniers spéciaux, l&#8217;administration choisit l&#8217;indulgence pour tout ceux qui accepteront de se rendre et de reconnaitre publiquement leurs fautes s&#8217;ils n&#8217;ont pas été trop compromis. Officiellement, les villageois ont été abusés par de faux médiums et les événements sont qualifiés d&#8217;incident contre révolutionnaire et non de rébellion. Pour le seul mois de juin, 54 personnes ont été tuées dont 15 soldats, 7 cadres locaux et 32 activistes. Près de 500 personnes avaient pris part aux événements, et 105 ont été punies : 34 ont été exécutées, 28 incarcérées, 43 placées sous surveillance publique. Trinle Chödrön est amenée à Lhassa où elle reste jusqu&#8217;en 1970 avant d&#8217;être exécutée avec son entourage. Les dirigeants Gyenlo ne sont inquiétés qu&#8217;après cela, quand un Nyamdre est nommé en 1971 à la tête des militaires de la région autonome tibétaine. Les Gyenlo de Nyemo sont donc alors convoqués en classe d&#8217;étude, en réalité une prison où ils durent se confesser. L&#8217;année suivante, leur faction était déclarée groupe de crime organisé. Les condamnations ne furent révisées qu&#8217;avec la libéralisation des années 1980. Le comté de Nyemo dut payer de très lourds impôts sur la base de 1967, année de mauvaises récoltes, ce qui provoqua des pénuries alimentaires. Le retour des cadres Nyamdre s&#8217;accompagna de vengeances envers les Gyenlo.</p>
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		<title>Les rituels de redistribution de richesse dans l&#8217;économie politique traditionnelle du Tibet et du Bhoutan / John A. Ardussi</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Feb 2011 16:23:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Rincevent</dc:creator>
				<category><![CDATA[Tibet and her neighbours : a history / Alex McKay]]></category>
		<category><![CDATA[économie]]></category>
		<category><![CDATA[bouddhisme]]></category>
		<category><![CDATA[culture]]></category>

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		<description><![CDATA[Comment s&#8217;acheter la tranquillité ? Je suppose que c&#8217;est la question qui tracasse les dirigeants du monde entier depuis toujours. L&#8217;auteur nous présente ici un rituel typiquement tibétain de charité de masse. La connaissance de l&#8217;économie du Tibet ancien est assez lacunaire : les sources écrites utilisées pour étudier l&#8217;histoire du pays ont en effet [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=lecatablog.wordpress.com&amp;blog=7155732&amp;post=2070&amp;subd=lecatablog&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Comment s&#8217;acheter la tranquillité ? Je suppose que c&#8217;est la question qui tracasse les dirigeants du monde entier depuis toujours. L&#8217;auteur nous présente ici un rituel typiquement tibétain de charité de masse.<span id="more-2070"></span></p>
<p>La connaissance de l&#8217;économie du Tibet ancien est assez lacunaire : les sources écrites utilisées pour étudier l&#8217;histoire du pays ont en effet toutes été produites par le clergé, qui n&#8217;a jamais accordé à ce sujet une grande importance. Il est donc impossible de dresser des statistiques à partir d&#8217;allusions discrètes émaillées dans diverses biographies. Pourtant, un rituel est abondamment évoqué dans ces mêmes textes et les quelques détails donnés permettent de s&#8217;en faire une bonne idée. Le rituel en question s&#8217;appelait mangye (mot ayant le sens de partage et de distribution), et est présenté comme un rituel de charité bouddhiste au cours duquel sont offert à des foules importantes de l&#8217;or et de l&#8217;argent en lingot ou en pièces, du grain, des pierres précieuses (turquoise, ambre, perles), des habits (soie, brocards, laine), de la nourriture (notamment le thé, du beurre, du sucre, de la tsampa). Des fortunes entières peuvent ainsi être remises en circulation. </p>
<p>La date la plus ancienne qui ait été évoquée est 779. Aux dires de l&#8217;auteur, le rituel a pris place lors de la consécration du monastère de Samye (le premier du Tibet) à laquelle assistaient de nombreux membres de la cour et des sujets. Après que les maîtres Padmasambhava et Shantarakshita ont été honorés, un festival s&#8217;ouvre au cours duquel ont lieu une course hippique, des jeux, des danses, un concours de chant, ainsi qu&#8217;une distribution de cadeaux. L&#8217;historicité de ce texte n&#8217;est pas certaine, mais il reflète probablement une pratique en vigueur du vivant de l&#8217;auteur, soit le XIIe siècle. Dans les textes écrits jusqu&#8217;au XVIIIe, on perçoit de mieux en mieux une hiérarchisation des cadeaux, ainsi qu&#8217;une préoccupation du sort de la paysannerie puisqu&#8217;un prince de Gyantse exonère ses serfs d&#8217;impôts pendant trois ans. À la mort de son frère en 1478, plus de 30 000 personnes reçoivent quelque chose. La distribution n&#8217;est pas limitée à la localité du donateur : en 1593, les funérailles d&#8217;un lama Drukpa-kagyü s&#8217;accompagnent d&#8217;envois de colis à des monastères de tout le Tibet ainsi qu&#8217;aux foyers de trois districts voisins. Pour beaucoup de donateurs, le rituel est l&#8217;occasion d&#8217;étendre leur influence, comme ce jeune deba (roitelet) du Tsang qui imite les anciens empereurs tibétains en invitant le clergé à son palais pour leur y distribuer de nombreux cadeaux. Son règne prospère et ses ambitions prennent fin lorsque les troupes du Ve Dalaï-lama à qui Gushri Khan vient de confier le pouvoir prennent sa province et le mettent à mort en 1642. À partir de cette date, les registres consignant les détails de ces distribution ne mentionnent plus que les bénéfices reçus puisque les donateurs sont de plus en plus majoritairement les souverains étrangers : empereurs de Chine ou princes mongols. Les distributions ordonnées par les Dalaï-lama et Panchen-lama sont particulièrement généreuses : en 1646 le Ier Panchen-lama provoque une pénurie de thé à Lhassa parce qu&#8217;il en a trop distribué dans le Tsang ! Il faut attendre l&#8217;année suivante pour que des princes mongols en envoient pour le festival de la Mönlam Chenmo (la grande prière) de Lhassa. À partir de cette date, ce festival sera presque exclusivement financé par des protecteurs laïcs (souvent étranger).</p>
<p>Le XVIIIe siècle voit le Tibet culminer avec le soutien de la dynastie Qing. La stabilité et la relative prospérité permettent même aux autorités d&#8217;envoyer des cadeaux aux pays étrangers avec lesquels elles ont des relations : Assam, Ladakh, Bhoutan, Sikkim, Népal. Le rituel prend donc une coloration plus politique, mais ça n&#8217;empêche pas les distributions traditionnelles de se poursuivre. Les familles riches financent d&#8217;ailleurs de la même manière distributions privées, locales et &#8220;nationales&#8221;, celles-ci étant même un enjeu de compétition au sein de l&#8217;élite. La charité bouddhiste mise en avant ne doit donc pas masquer le fait que ce rituel vise aussi à assurer une certaine cohésion sociale entre les donateurs et les récipiendaires. Surtout, le mangye est une occasion rare de faire circuler biens et revenus dans une économie figée où la richesse est concentrée dans les monastères sous la forme d&#8217;objets rituels. En remettant une partie de ces richesses en circulation, l&#8217;élite religieuse compense sa domination sociale et économique. Ironiquement, ce sont ces distributions de richesse dans un circuit fermé qui ont fini par attirer les Occidentaux ayant entendu parler d&#8217;un mystérieux pays de l&#8217;or au-delà du Népal. La Chine réagira en tentant de renforcer son emprise sur le pays. Les pays voisins pratiquent aussi ces redistributions massives de richesse puisqu&#8217;on en a des témoignages pour le Bhoutan. Le contexte en est cependant légèrement différent : le pays n&#8217;a connu un début de centralisation qu&#8217;au XVIIe siècle, et le rituel est utilisé pour promouvoir une &#8220;unité nationale&#8221; qui n&#8217;existe pas vraiment tant la population est dispersée et cloisonnée par les innombrables vallées.</p>
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