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Les rois absolus : 1629-1715 / Hervé Drévillon 26/11/2013

Posted by Rincevent in Mes lectures.
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Fi donc, messieurs-dames ! On aurait pu me faire accroire que le Grand Siècle eût pu être quelque peu moins violent que la période précédente. Las ! Il n’en était rien. Il était bien temps que je me plongeasse dans la lecture de l’ouvrage dénommé Les rois absolus : 1629-1715. Rédigé par le sieur Hervé Drévillon qui le fit paraître par la Maison Belin en l’an 2011, ce beau livre m’éclaira aussi sûrement que ce bon Colbert fit la lumière sur les malversations de monsieur Fouquet.

Les rois absolus : 1629-1715 / Hervé Drévillon

Les rois absolus : 1629-1715 / Hervé Drévillon

C’est à un rythme de paresseux que j’ai lu ce livre. La période étudiée couvre une partie du règne de Louis XIII et tout celui de son fiston le roi soleil. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la période fut agitée. En 1629 les guerres de religion viennent tout juste de s’achever par la soumission des derniers bastions protestants à l’autorité du roi et de son principal ministre Richelieu. Deux figures éminentes de notre histoire dont la cohabitation ne fut pas aisée mais qui apprirent à se côtoyer et à travailler de concert. Après des décennies de massacre, l’heure est à l’apaisement. L’édit de Nantes est toujours en vigueur, même si ses dispositions sont appliquées a minima. On cherche donc avant tout à panser les plaies et à oublier. L’activité militaire cède la place au débat et aux échanges réfléchis. La couronne reste catholique mais n’utilisera plus la force pour imposer son Église. Du moins pas dans l’immédiat. À l’intérieur, le royaume est encore affaibli, les revenus de la monarchies proviennent de plus en plus d’impôts extraordinaires qui le sont de moins en moins et pèsent de tout leur poids sur les paysans. De plus, Louis XIII doit garder les grands du royaume à l’œil pour éviter toute sédition. Pour lutter contre leur influence régionale, le pouvoir court-circuite ses propres institutions et rogne de plus en plus sur les privilèges et prérogatives des institutions locales, qu’il s’agisse des gouverneurs (très souvent des grands princes), des petits parlements locaux ou des corps de ville, pour les remplacer par des hommes répondant directement au roi. Une telle politique ne va pas sans susciter de nombreuses et importantes révoltes recevant parfois le soutien d’élites locales agacées par leurs pertes de pouvoirs. L’agitation fut telle qu’elle perturba parfois gravement la perception des impôts, au point de pousser les percepteurs à la faillite. Le mouvement culmina avec les Frondes (fronde parlementaire, mais aussi nobiliaire) opposées aux empiètements du pouvoir royal et inquiète des pertes de revenus provoquées par la multiplication des offices vénaux qui dévaluaient ceux qui existaient déjà et réduisait d’autant les droits qu’il faudrait désormais se répartir. Néanmoins, les offres de ralliement au roi et la crainte de perdre encore plus de revenus dissuadèrent de plus en plus de nobles et d’officiers de persévérer dans leur opposition, surtout si cela conduisait à s’allier avec l’Espagne.

Une fois la Fronde essoufflée et balayée, le tout jeune Louis XIV laisse Mazarin gouverner encore un peu puis décrète à sa mort qu’il gouvernera seul. Le système ne connait pas de remise en cause profonde, tout au plus quelques actions spectaculaires comme l’arrestation du surintendant Fouquet qu’on accuse de tous les maux. Pourtant, les choses changent progressivement avec un encadrement croissant du royaume par les agents du roi, à qui rien ne doit échapper. Car Louis XIV est un roi de gloire, laquelle passe par la guerre, laquelle doit être financée, ce qui impose d’assurer des rentrées d’argent, et pour ça il faut développer le contrôle policier de la population. L’époque voit donc l’État utiliser les ressources de la science pour renforcer son autorité : des légions d’ingénieurs parcourent le pays et procèdent à des relevés pour en repérer les point facilement défendables et organiser un réseau de forteresses, la ceinture de fer si chère à Vauban (si chère tout court, même). On note quand même qu’on tolère de moins en moins la brutalité des soldats en dehors du champ de bataille, et l’encadrement semble s’efforcer de limiter les déprédations infligées à une population fiscalement très éprouvée. Cela va de pair avec un long processus d’intériorisation des émotions et du contrôle de soi qui se diffuse depuis Versailles. Le gouvernement évolue aussi dans la mesure où les administrations deviennent pérennes et survivent aux changements de ministres, y compris l’armée et la marine, pour adopter des procédures quotidiennes qui renforcent la stabilité de l’ensemble. La société, ou du moins ses élites, hésite entre deux voies à suivre : faut-il faire fortune pour acquérir l’honorabilité, ou doit-on se servir de son honneur pour agrandir sa fortune ? Telle est la question qui se pose aux officiers et à la noblesse de robe ou d’épée. Les premiers tentent d’accumuler revenus et privilèges afin de s’intégrer à la seconde, quand la seconde s’interroge en constatant sa perte d’influence et envisage de compenser ce mouvement en se lançant dans les affaires. Les garanties très incertaines d’un État fauché et volontiers magouilleur (Colbert ne croyant d’ailleurs qu’aux rentrées d’argent au détriment de sa circulation) dissuada les élites d’investir dans le commerce outre-mer. Enfin, sur le plan religieux il y eut deux phases différentes : au cours de la première Louis XIV s’efforça d’imposer son autorité au clergé, quitte à se brouiller avec le pape ; puis il opéra un profond revirement et utilisa son autorité pour soutenir l’Église catholique, ce qui mena à la révocation de l’édit de Nantes en 1685. L’exclusion qui frappa les protestants et les exactions dont ils furent victimes ont provoqué de nombreuses conversions et beaucoup de départs en exil. 200 000 quittèrent le royaume et le reste dut entrer dans la clandestinité ou renoncer à sa foi.

Afin d’apaiser l’Espagne, on marie Louis XIV à l’infante Marie-Thérèse. Au début du règne, les frontières de la France sont très morcelées et comptent beaucoup d’enclaves en terre étrangère, autant de point difficiles à défendre et encore plus à reprendre. L’idée de Vauban est qu’il faut se constituer un pré carré facile à protéger et dont on aura pas à sortir trop souvent. Louis XIV se sert pourtant des droits de son épouse sur la couronne d’Espagne pour déclencher une guerre, la guerre de Dévolution, afin d’étendre son pré carré. Ce n’est que la première d’une longue suite de guerres qui l’opposeront à ses voisins, ce qu’on ne manquera pas de lui reprocher. Préférant la conquête à l’attitude défensive, Louis XIV enchaîne plusieurs conflits : guerres de Hollande, de la ligue d’Augsbourg, de succession d’Espagne… La volonté d’intégration des conquêtes au royaume (par exemple en nommant des élites locales francophones, et en y créant des cours souveraines) se heurte à l’agression continue du voisinage qui s’accompagne hélas de quelques reflux. Les effectifs des armées françaises connurent un essor sans précédent puisqu’elles dépassèrent les 450 000 hommes. Du jamais vu. Pour arriver à ce résultat, il fallut instaurer une quasi conscription pour l’infanterie en intégrant progressivement les milices provinciales aux régiments royaux, et en obligeant tous les gens de mer (issus presque tous des populations littorales) à s’enregistrer auprès d’une administration centralisée. Comme ce n’était malgré tout pas suffisant pour contrôler les pays occupés, la couronne planifia pour la première fois une occupation violente appliquant une politique de la terre brûlée afin de priver ses ennemis de soutiens humains et matériels. Cette décision marqua durablement les esprits. Le poids économique de cette politique de conquête fut extrêmement lourd pour la population, avec une nouveauté : les opérations n’étaient plus financées par les populations locales mais par tout le royaume. La pression fiscale cumulée aux enrôlements massifs et aux aléas climatiques précarisa énormément de foyers. Cet état se répercuta dans toute la société : la population ne pouvant plus produire assez, les propriétaires fonciers ne pouvaient pas non prélever autant qu’avant, ce qui coïncida avec un effondrement des prix de certains offices.

L’atelier de l’historien nous propose ici de découvrir comme d’habitude l’historiographie et les sources de la période, mais aussi des débats sur certains points, comme le degré de centralisation, les rapports entre intérêts publics et privés ou encore le poids de la guerre dans la monarchie absolue.

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Commentaires»

1. Une poule sur un mur - 27/11/2013

Merci pour votre "rythme de paresseux" , l’ensemble de cette collection est remarquable.

2. Rincevent - 27/11/2013

Merci beaucoup pour votre commentaire !

Mon rythme a hélas l’inconvénient qu’une fois la lecture terminée, j’ai déjà un peu oublié ce que racontaient les premiers chapitres. J’ai toujours peur de faire des compte-rendu décousu ou à la plaque, du coup. ^^

Sinon, c’est effectivement une collection fantastique.


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