jump to navigation

Le temps de la guerre de cent ans : 1328-1453 / Boris Bove 04/03/2013

Posted by Rincevent in Mes lectures.
Tags: , , , , , ,
trackback

Après m’être baladé dans le beau XIIIe siècle, je suis allé faire un tour aux XIVe et XVe siècles. Autant vous dire qu’en ce temps là on avait plus de chances de finir au bout d’une corde que de se taper une discussion avec Jo le rigolo. Comme son titre l’indique, Le temps de la guerre de cent ans : 1328-1453 de Boris Bove, publié en 2009 chez Belin, nous fait découvrir une période assez noire de l’histoire de France.

Le temps de la guerre de cent ans : 1328-1453 / Boris Bove

Le temps de la guerre de cent ans : 1328-1453 / Boris Bove

Décidément, j’avais bien des lacunes en la matière. Encore une fois ce tome m’a fait comprendre bien des choses. En dépit de son titre, le livre ne se limite absolument aux aspects politiques et militaires de la période, et nous présente ce qui est résolument un temps de crise majeure : guerre franco-anglaise, guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, épidémies fulgurantes au premier rang desquelles arriva la terrible peste de 1347, crise économique et agraire, etc. Tout est passé en revue, et on s’ennuie pas. Il est peu étonnant que les contemporains, et même leurs descendants, aient eu autant de mal à comprendre ce qui leur tombait dessus tant l’enchainement et l’association d’un phénomène à l’autre entraina les conséquences les plus terribles. Au début de la période, la France sort de presque deux siècles de croissance économique et démographique permis par des défrichements massifs. Mais l’essor démographique aboutit à une situation de surpopulation qui fragilisa les habitants en réduisant la productivité agricole. Qu’on y ajoute des tricheries monétaires de la part du pouvoir, des problèmes climatiques récurrents, deux gros problèmes dynastiques (capture du roi Jean II et folie de Charles VI) qui attisèrent la convoitise outre-Manche, et on obtient un édifice fragile qui s’écroule en peu de temps. Il y eut pourtant des périodes de rémission, mais qui ne durèrent pas.

Il est amusant de voir comment la première partie de la période a vu les rois de France s’asseoir à contrecœur sur les prémices de l’absolutisme pour devoir négocier avec les représentants du pays. Contraints à la guerre pour des raisons dynastiques et de souveraineté (les rois d’Angleterre revendiquant le trône de France, plus pour emmerder leur voisin que par réel intérêt, et défendant farouchement leurs possessions en Guyenne), la monarchie française doit lutter pour imposer des impôts permanents d’autant moins bien acceptés qu’ils sont mal utilisés. Une vive réorganisation et la politique de la terre brûlée donne de bons résultats et persuade les sujets du roi exaspérés par l’insécurité de payer. Le conflit franco-anglais s’apaise et permet une relance économique, mais l’absence de traité de paix aura de graves conséquences pour la suite. En effet, le premier incident dynastique venu sème le chaos dans la haute noblesse qui profite de la faiblesse du roi et s’entretue pour s’assurer le contrôle d’un maximum de ressources. Il faudra attendre le roi suivant, la lassitude de tous et la vive impression des Bourguignons d’avoir été pris pour des cons par les Anglais pour voir enfin le rétablissement du royaume. Au final, la France est devenue un royaume à l’administration renforcée, aux élites de plus en plus jugulées, un royaume qui a reconnu l’importance et l’utilité d’un impôt royal permanent.

Il est tout aussi intéressant de relativiser la légende noire de ce temps. Certes les contemporains évoquaient avec émotion la violence qui leur semblait frapper aveuglément et partout, pourtant il s’avère que les victimes directes ou indirectes des chevauchées ont été assez peu nombreuses. Bien moins que celles de la peste (qui emporta au mieux 35% de la population, peut-être jusqu’à 65% !) et d’autres épidémies. L’art semblait s’en faire l’écho en montrant de nombreuses scènes macabres peu répandues jusque-là. Il ne faut pourtant pas s’imaginer une France dépressive et morbide, car cela correspond plus aux inquiétudes religieuses des élites commandant les œuvres d’art. Le morbide ne nous révèle finalement que l’intériorisation croissante du christianisme, et surtout qu’il n’apparait qu’au sein de l’élite plus encline à la dépression. Parmi les choses qui m’ont frappé, on peut citer aussi le fait que les grandes révoltes du type Jacquerie ont été le fait de la classe moyenne voire aisée, comprenant parfois des nobles, qui était la seule à avoir suffisamment à perdre pour se dresser contre le pouvoir. De même, la violence que décriaient tant les gens d’alors se retrouve bien peu dans les archives judiciaires : point de chaos, mais une permanence de la criminalité ordinaire. Ceux qui volent ou tuent sont des pères de famille et des travailleurs, et non des mendiants ou des déracinés. Pour la plupart, ceux-ci le font dans le cadre des relations sociales médiévales où se laisser insulter revient à reconnaitre le bien-fondé de l’agression. Ce qui est totalement différent et ne change rien à la réalité des groupes de soldats devenus pillards lorsque la guerre cesse.

L’atelier de l’historien nous présente toujours des débats relatifs à la période : l’abondance des sources et la manière de les approcher, la perception de la crise des XIVe-XVe siècles au fil du temps, la personne de Jeanne d’Arc et sa place dans le roman national, enfin un chapitre illustrant les nouvelles approches de l’histoire par le biais de l’étude de l’alimentation au Moyen-Âge. À noter qu’en fin d’ouvrage on retrouve toujours généalogies, glossaires et index, ainsi que d’intéressantes notices biographiques sur diverses personnalités de la période.

About these ads

Commentaires»

1. Lindly - 05/03/2013

Un beau résumé, bien écrit. On ressent le plaisir du lecteur à avoir parcouru cet ouvrage. Communicatif !

2. Rincevent - 05/03/2013

Merci de votre visite et ravi que ça vous plaise. ^^


Vous avez quelque chose à dire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :